Yeso Amalfi : De Nice à l’OM, les facéties du génie carioca

18
octobre
2018

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Catégorie : Ligue 1

Yeso-Amalfi

Nichées au bord de la Méditerranée, Nice et Marseille sont deux villes que tout oppose. Pourtant, de Charly Loubet à Pancho Abardonado, en passant par Daniel Bravo, Olivier Echouafni et Renato Civelli, ils sont nombreux à avoir porté le maillot des deux clubs. Le plus illustre d’entre eux reste sans doute à ce jour le fantasque brésilien Yeso Amalfi, star des années 50, aussi imprévisible sur qu’en dehors du terrain. Hommage à un génie du football carioca.

Yeso Amalfi était un artiste. Un artiste qui n’a eu besoin que d’une saison – son unique sous les couleurs rouge et noire (saison 1950/51) – pour marquer l’histoire du club azuréen. En seulement dix-sept matchs de première division et cinq buts, le brésilien s’est distingué comme l’un des principaux artisans du premier titre de champion de l’OGC Nice. Un titre qui inaugurait la décennie la plus faste des aiglons niçois en terme de palmarès. Talentueux et fantasque, arrivé de Palmeiras après être passé par Sao Paulo, Boca Juniors et Penarol, cet attaquant de 25 ans enflamme les foules et cristallise rapidement les passions. Alliant le génie du jeu et un sens certain de la mise en scène, Amalfi est adulé par les médias à l’image des « stars » contemporaines. Le tout en une seule saison, le temps de construire son image, d’asseoir sa valeur sportive et de négocier son transfert vers le Torino. Le temps pour la Côte d’Azur de vibrer à l’heure brésilienne.

Joueur de génie, élégant, technicien surdoué, dribbleur hors pair grand spécialiste du coup du foulard, Amalfi a aussi marqué la légende par sa personnalité hors norme. Il aimait les plaisirs de la vie, les jolies femmes et n’oubliait jamais son peigne dans la poche de son short, histoire de se refaire une beauté durant le match. Capable de s’allonger au beau milieu du Stade du Ray en attendant que le ballon lui parvienne, il restera l’un des grands hommes de la décennie la plus faste de l’histoire de l’OGC Nice. Doté d’une technique éblouissante, il aimait se montrer facétieux durant une partie, se permettant de se mettre debout en équilibre sur le ballon pour regarder au loin avec sa main sur le front comme un indien quand ses coéquipiers ne se démarquaient pas.

Pourtant, à ses débuts, les commentaires dans France Football furent mitigés : « Certes la classe, la félinité, l’autorité dans la conduite de balle, la précision dans les passes, mais aucun effort, un joueur immobile, qui a fini le match avec sa chemisette intacte » pouvait-on lire. « O Deus do Estàdio » ou « Rei da noite » ? Dieu du stade ou roi de la nuit ? titrera encore la presse le concernant. Une sensation de génie facile sur le terrain jumelé à une certaine nonchalance et un amour immodéré pour les plaisirs nocturnes qui, de Garrincha à Ronaldinho, caractérise nombre de joueurs brésiliens.

Au total, la vedette brésilienne, si décisive pour l’équipe selon les observateurs, n’aura joué qu’une vingtaine de matchs sous les couleurs niçoises ne marquant que 6 buts. Mais son rayonnement sera aussi décisif sur le terrain qu’en dehors. Cette inconstance incitera même un journaliste parisien à le nommer « Monsieur 20 minutes » pour signifier son temps d’investissement dans une rencontre. Tel était Yeso. Un fantaisiste. Un sacré tempérament, aussi. Mais quand il en avait envie, le milieu offensif brésilien était capable de toutes les merveilles. Plus d’un demi-siècle plus tard, les anciens le citent encore parmi les plus grands talents passés par Nice.

Après être passé par l’Italie (Torino), Monaco, et les clubs de la capitale (RC Paris et Red Star), il pose ses valises dans la cité phocéenne au cours de la saison 1957/1958. Ainsi, 40 ans avant Enzo Francescoli et Chris Waddle, le public marseillais a pu admirer tout le talent et les tribulations de l’artiste brésilien à l’attitude détonante pour l’époque. En souffrance en ce temps là, l’OM va lutter toute la saison pour terminer à une peu glorieuse 16ème place. L’équipe est vieillissante, Domingo, Johansson et Roger Scotti n’ont plus le rythme des matches de haut niveau. Après une succession d’échec à domicile, l’OM s’améliore néanmoins au cours des matchs retours grâce à malgré tout à l’expérience de ses anciens et avec l’intégration de quelques jeunes comme Leonetti et Vescovali. Ardemment voulue par le président Zaraya, l’arrivée en Décembre 1957 de Yeso Amalfi dans les rangs olympiens va s’avérer déterminante. Au terme de matchs de tout premier ordre face à Monaco (2-1), à Sochaux (1-2), et lors de l’ultime journée face à Sedan (1-1) au Vélodrome, le petit brésilien permettra à l’OM de sauver sa place parmi l’élite. Un OM à cette époque bien moribond qui va malheureusement se préparer à des lendemains qui déchantent. La légende rapporte souvent cette anecdote de la buvette de l’Huveaune où certains reprochaient à Yeso de ne pas trop se dépenser à l’entraînement, surtout dans les footings. Il prit alors un morceau de sucre, le jeta en l’air, jongla pied droit, pied gauche, le fit remonter sur son front avant de délicatement le faire tomber dans son café. « Quand les autres feront pareil, Yeso commencera à courir » dit-il avec son inimitable accent carioca. Certes, Amalfi était un individualiste, un fantaisiste, mais il savait défendre les causes qu’il épousait, comme celle de sauver un OM au bord du gouffre.

À sa mort, en Mai 2014, peu avant le début de la Coupe du Monde au Brésil, les hommages furent nombreux et unanimes, à Nice comme à Marseille. Encore aujourd’hui, on évoque ses exploits et sa désinvolture avec une tendresse particulière. Sur les bords de la Méditerranée, personne n’oubliera le talent et les facéties de celui qu’on appelait communément « Le beau Yeso ».

Photo : © OGC Nice

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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