YelloPark : Un truisme fait d’embûches

28
septembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

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Une bombe à retardement dont nous attendions l’explosion, voici l’allégorie qui peut représenter l’annonce – faite mardi dernier – officialisant le lancement du projet du nouveau stade du FC Nantes. Car en effet, les envies de nouveau stade de Waldemar Kita et les discussions entre ce dernier et les élus locaux n’étaient plus un secret. Mais l’officialisation a tout de même créé un séisme chez la communauté nantaise.

L’arrivée imminente d’un nouveau stade au FC Nantes n’était rien d’autre qu’une évidence pour les supporters des Canaris. Néanmoins la tournure que prend actuellement ce projet nous permet de comprendre que les suiveurs historique du club n’y étaient probablement pas prêts. Car mardi matin, lors de conférence de presse qui rassembla W. Kita (président du FCN), J. Rolland (maire de Nantes) et les représentants de la société Réalités, les passionnés nantais ont du faire face à l’annonce de nouvelles quelques peu décevantes… Ainsi, c’est un projet d’enceinte loin de faire rêver la sphère nantaise qui fut présenté en parallèle de l’annonce de la démolition du stade actuel. Et pour couronner le tout, ce nouveau stade existera grâce à un hideux montage financier orchestré par l’homme d’affaire polonais, Waldemar Kita. Voici un tour d’horizon de ce projet à la fois bancal et astucieux qui va diviser, si ce n’est déjà le cas !

Le modèle économique moderne pour objectif

Nantes avait raté le wagon « Euro 2016 », il ne ratera pas celui des « JO 2024 ». Car oui, Waldemar Kita et Johanna Rolland n’ont pas hésité à cocher l’échéance parisienne sur leurs calendriers respectifs. Date à laquelle chacun pourra y trouver un avantage à la réception de matchs de football lors de la compétition. D’abord financier pour monsieur Kita mais aussi touristique pour la maire de la ville qui accueillera de nombreux touristes étrangers. Nantes va donc rejoindre Lyon, Lille, Bordeaux ou encore Nice dans la liste des clubs français ayant changé d’enceinte récemment. Une liste qui s’ajoute à celle des clubs ayant rénové leur stade (Lens, Saint-Etienne, Marseille, Toulouse). Nantes n’est ainsi plus en marge et suit le mouvement des grands clubs français, modèle actuel impulsé par l’accueil de l’Euro 2016 en France.

C’est également un tout autre modèle que le FC Nantes a décidé de suivre, celui du football consommateur. Les stades sont de plus en plus inscrits dans un projet global de consommation. Les nouvelles enceintes qui ont vu le jour ces derniers mois ont été pour la plupart positionné au centre de certaines zones commerciales. Comme l’atteste l’exemple lillois avec son stade Pierre Mauroy situé dans un espace commercial de Villeneuve d’Ascq notamment. Pire, à Marseille, ce sont les infrastructures commerciales qui se sont construites autour du stade Vélodrome. Cette stratégie a pour simple objectif d’inscrire le stade dans une logique de consommation où le supporter sera pris d’avantages pour un consommateur que pour un passionné de football. Résultat d’une société de consommation envahissante, le match de football est donc vu comme une simple sortie culturelle telle que pourrait l’être une séance de cinéma par exemple. Le supporter vient donc sur les lieux pour y faire ses achats aux abords du stade dans les commerces adjacents avec pour finalité de visionner un match de football tout en y consommant encore à l’intérieur du stade par le biais des restaurants, buvettes et boutiques de produits dérivés. Un stade en point d’orgue d’un parcours d’achat, Nantes ne ratera pas l’occasion de le faire. Ainsi, il est prévu la construction de nombreux commerces autour de ce futur stade. Et pour continuer dans la lancée du suivisme, il ne faudra pas s’étonner d’y retrouver les services modernes tel que le Wi-Fi par exemple, plaçant ainsi le supporter comme un réel spectateur et ne laissant qu’une place très minime au football populaire. La disparition de la – petite – place dédiée au football populaire chez le FCN, c’est là l’un des plus gros danger que va créer ce stade qui se voudra être une référence en termes de modernité, selon Kita.

Un montage financier abérrant

Pour finir, il faut souligner que si ce stade est construit, c’est bien pour permettre au FC Nantes de voir plus loin, en Europe par exemple. Car si le FC Nantes souhaite un stade labellisé de niveau 4 – le plus haut niveau – sur l’échelle de l’UEFA, c’est que le club de l’Ouest compte recevoir des compétitions européennes. Or, il est clair que l’Euro ne repassera pas en France avant belles lurettes et qu’une finale de coupe d’Europe ne se fera pas dans un stade de 40 000 places. C’est donc certain, le FC Nantes veut s’installer durablement en haut du classement du championnat français et ainsi y jouer l’Europe. Un pari donc très risqué quand on sait que le FC Nantes n’est pas à l’abri d’une saison manquée et donc d’une relégation qui serait mortelle avec son nouveau stade sur le dos. Ce projet sportif et structurel demande donc un gros investissement à monsieur Kita pour qu’il puisse tout d’abord pérenniser son club qui devra louer le nouveau stade pour la somme de 4 millions d’euros annuellement (contre 140 000 euros actuellement à la Beaujoire).

 

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Le FC Nantes locataire de son nouveau stade, pas tout à fait. En effet, pour l’instant, le FC Nantes est le locataire du Stade de la Beaujoire qui appartient à la ville de Nantes. Ce stade et le terrain qu’il occupe vont ainsi être vendus à la nouvelle entreprise « YelloPark », entreprise créée pour l’occasion. En rachetant le terrain, la nouvelle société va donc pouvoir y détruire la Beaujoire pour y construire le futur stade et toutes les infrastructures qui sont dans le projet (logements notamment). En dirigeant et finançant ce nouveau stade, la société « YelloPark » va donc être propriétaire du nouveau stade. Le FC Nantes, qui occupera quant à lui les lieux, sera donc locataire et versera annuellement à la société un loyer de 4 millions d’euros. Jusqu’ici rien de surprenant, or, lorsqu’on étudie les différents acteurs de la société « YelloPark », on constate qu’elle est la création de deux sociétés qui sont « Flava Group » et « Réalités ». Parmi ces deux entreprises, l’une se chargera de la conception du projet (Réalités, entreprise immobilière) et l’autre se chargera du financement du projet, à savoir Flava Group l’entreprise de… monsieur Waldemar Kita. Ainsi, nous pouvons donc constater que monsieur Kita sera donc le propriétaire du futur stade que le FC Nantes louera. Une technique subtile qui amènera à une situation très cocasse : Kita devra de l’argent à Kita. Une stratégie qui permet donc de contourner les dangers des sommes à payer auprès des propriétaires mais qui enfonce le FC Nantes dans une totale dépendance envers la fortune de Kita. Car si Kita ne peut plus assurer financièrement, le FC Nantes et le stade couleront… De quoi causer de réels problèmes. Là aussi, le projet pari donc sur la fortune de Kita, qui à tout moment pourra lâcher le FC Nantes tout en continuant à en tirer de l’argent si le club est racheté et s’il domicilie toujours au sein du futur stade. Malin le Kita.

Un réel intérêt de la ville ?

Il y a de ça bientôt 10 ans, quand il était question de créer un nouveau stade ou de rénover la Beaujoire, la ville de Nantes – alors sous la politique de Jean-Marc Ayrault – refusait l’opportunité, jugeant le projet trop cher. Une décision souvent regrettée par Johanna Rolland qui succéda à JMA. Or, le projet n’avait jamais été relancé par la ville malgré les demandes de Kita, alors locataire de la ville dans le stade de la Beaujoire. Le président nantais l’avait donc très vite compris, la ville ne pourra être en capacité de l’aider financièrement, il a donc dû composer sans et y instaurer son fameux montage financier dont nous vous parlions auparavant.

La chose faite, la ville se reprit d’intérêt pour ce fameux projet de stade qui pourrait bien redorer l’image de la ville. Une ville qui soigne son image depuis peu avec des installations sportives de grandes classes comme avec la construction de la salle métropolitaine de la Trocardière (troisième gymnase le plus moderne de France à sa création, derrière Bercy et le Vendéspace). Mais il semblerait que le stade ne soit pas le principal atout de ce projet « YelloPark » lorsqu’on le regarde du point de vue des dirigeants de la métropole nantaise. En effet, Kita et l’entreprise ”Réalités” souhaite accompagner le complexe sportif de nombreux commerces mais surtout de nombreux logements, d’un marché et d’un groupe scolaire. La question de ces logements est probablement celle qui intéresse le plus la ville qui semblerait en recherche active de projets immobiliers pour y créer de nombreux logements sociaux. C’est ainsi ce qui devrait être instauré autour du futur stade, pour faire face à la forte pression qu’impose la loi SRU sur les communes… D’ailleurs, Nantes ne le cache pas et exprime publiquement cet intérêt trouvé dans le projet : « Les règles du PLH sont claires : 25% minimum. On en a besoin pour loger les Nantais et notamment les jeunes … » (P. Bolo, maire adjoint de Nantes, sur Twitter). Le même monsieur Bolo enfoncera le clou par la suite en tweetant cette phrase : « D‘abord parce que c’est l’intérêt général que de pouvoir assurer le droit de tous à un logement adapté », phrase qui laisse prédire que le stade passe après pour la ville de Nantes. Un projet pas vraiment axé sur le football donc …

Un trait sur l’histoire

La Beaujoire a fait rayonner Nantes. Le club aura tout connu dans fameux stade, les titres de 1995 et 2001, la Ligue des Champions avec des réceptions de Turin ou de Manchester notamment et la Ligue 2 … L’emblématique stade sera donc rasé en 2022, emportant avec lui les milliers de souvenirs des supporters nantais qui se disent pour la plupart attristés de voir ce monument du sport nantais disparaître. Néanmoins, ils continueront à venir sur le site de la Beaujoire puisque le projet devrait vraisemblablement se faire sur le lieu actuel. De plus, cette croix sur 38 ans d’histoire sera compensée par la création d’un musée dans le futur stade. Un projet en cours depuis quelques années déjà et qui ne manquera pas d’évoquer la Beaujoire.

 

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C’est alors que se pose la question se demandant pourquoi le FC Nantes et la ville de Nantes n’ont pas tout simplement rénové la Beaujoire qui propose une architecture loin d’être obsolète. Ainsi, la décision de créer un nouveau stade au lieu de rénover la Beaujoire fut prise pour des raisons financières. N’étant plus aux normes de l’UEFA, la rénovation du stade aurait coûté plus 100 millions d’euros. Un montant jugé trop élevé pour le président Kita qui a déjà lâché plus d’1 million d’euros cet été pour changer les sièges du stade de la Beaujoire Louis Fonteneau, de son nom complet. Ainsi, le président Kita a donc décidé de créer un nouveau stade de 40 000 places (contre 36 000 pour la Beaujoire). Un nouvel écrin qui coûtera plus de 200 millions d’euros et qui pourra se vanter d’être « le plus beaux stade de France » à en écouter Waldemar Kita en conférence de presse. Un nouveau stade avec seulement 4000 places de plus, c’est bel et bien ce que va faire monsieur Kita… En réalité, si la Beaujoire devait être rénovée, elle descendrait à une capacité de 32 000 places (contre 56 000 à sa création). Ce nouveau stade sera donc fort de 8000 places de plus que si la Beaujoire avait été simplement rénovée. De plus, Nantes a-t-il besoin d’un stade plus grand qui pourrait sonner creux lorsque l’on sait que l’affluence moyenne par saison ne dépasse jamais les 30 000 supporters ? Ce projet de nouveau stade semble donc plutôt incohérent.

Le projet est lancé, et à moins d’un retournement de situation comme à Saint-Etienne il y a de ça quelques années, le FC Nantes devrait connaître un troisième stade après Marcel Saupin et la Beaujoire – Louis Fonteneau. Tout reste encore à découvrir, en partant de la future architecture pour aller jusqu’au futur naming… De quoi faire jacter les nantais jusqu’en 2022 !

 

Crédits photos : Pacophotographie

Auteur : Bastien Blandin

Je suis au journalisme ce qu'était Landreau au foot dans les années 2000: un jeune nantais passionné, qui veut faire son chemin dans le milieu.

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  • Raoul Volfoni

    Le montage financier n’est pas Kita + Kita, c’est Kita plus Joubert + tour de table, que la ville se réjouisse de voir des logements pousser parait cohérent et que ce ne soit pas un simple stade, correspond aux logiques économiques actuelles (le foot, surtout à Nantes, ne suffit pas à financer un tel projet). Quant aux souvenirs, heureusement ils ne partiront pas avec la Beaujoire !
    Bref des erreurs et des étonnements qui n’ont pas lieu d’être, à moins de rejeter en bloc le foot business, ce qui peut absolument se défendre mais devrait alors s’énoncer plus clairement dans un tel article.

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