Yann M’Vila, trajectoire flottante

24
janvier
2013

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Catégorie : Mercato

Yann M'Vila a vu sa suspension levée par Antonetti

Suite à sa signature récente dans le club Russe de Rubin Kazan, APP revient sur le parcours de Yann M’Vila depuis ses débuts étant jeunes au FC Mantes.

Décollage quasi parfait

Né en 1990 à Amiens, la route entre Yann M’Vila et le ballon rond semble toute tracée. Fils d’un footballeur ayant joué au Congo avant d’arriver en France en 1983, le cadet d’une famille de quatre enfants baigne dans le football depuis ses premiers pas. Ce n’est pas un hasard si Yohan, son frère ainé, est lui aussi devenu footballeur professionnel même s’il a choisi de son côté de représenter les couleurs Congolaises. Martyrisant ses premiers ballons à l’âge de six ans, le jeune Amiénois d’origine attire tout naturellement les regards de l’Amiens SC, le « grand » club tout proche. Il y restera de ses 9 à 14 ans avant de s’installer en région parisienne chez ses grands-parents. Quelques mois au FC Mantes (club de Mantes-la-Jolie) suffisent au gamin pour se faire repérer par un recruteur du Stade Rennais qui lui fait immédiatement intégrer le centre de formation Breton à la fin de l’année 2004.

Le jeune milieu défensif impressionne rapidement ses pairs et les observateurs par son abattage et sa qualité de passe. Considéré comme un des leaders d’une belle génération Rennaise, M’Vila remporte avec les Rouge et Noir le championnat de France des 18 ans en 2007 ainsi que la coupe Gambardella en 2008, performance ponctuée d’un but en finale. Les étapes vont s’enchaîner sans accroc. Premier contrat professionnel signé en 2008, une saison 2008-2009 en CFA pour s’aguerrir, puis le baptême du feu en L1. Le 16 aout 2009, Fréderic Antonetti le fait entrer en jeu en lieu et place d’Ismaël Bangoura. Titularisé une semaine plus tard à domicile face à l’OM, M’Vila répond présent et l’ascension se poursuit. Déjà mis en avant par certains observateurs, le Stade Rennais cherche à protéger son joyau qui termine cette saison de L1 avec 33 matchs disputés comme titulaire au compteur, tout ça à 20 ans.

Contrat professionnel à 18 ans, premier match en L1 à 19 ans, titulaire en L1 à 20 ans, premier but en championnat et premier capitanat à 21 ans, le jeune milieu récupérateur est un modèle de précocité. De plus, le jeune Rennais aligne également des performances de haute volée avec les sélections françaises de jeunes, qu’il côtoie depuis ses 16 ans. Titulaire indiscutable avec le maillot frappé du coq, il dispute notamment l’Euro puis la Coupe du Monde des moins de 17 ans en 2007 avant de mener en tant que capitaine l’équipe de France en demi-finale de l’Euro des moins de 19 ans. Espoirs, équipe de France A, présélectionné pour la Coupe du Monde, M’Vila fait partie du voyage pour l’Euro 2012 et semble à l’orée d’une grande carrière.

Zone de turbulences

 Devenu entre temps papa à 18 ans puis une seconde fois en 2010, Yann M’Vila passerait presque pour un vieux briscard sur les pelouses. Mature, expérimenté, intelligent, ces adjectifs sont rarement associés à un jeune de 20 ans, qui plus est footballeur dans un pays encore marqué par le désastre de Knysna. M’Vila parait être le gendre idéal et le joueur idéal pour les coachs. Bon joueur, bon père de famille, bon communicant, le Rennais semble armé pour continuer sa progression. Plusieurs éléments vont pourtant faire vaciller le jeune homme. Dégringolade en cinq actes.

Aout 2011: À l’issue du match amical opposant la France et le Chili au stade de la Mosson, l’international tricolore décide de sortir en boîte de nuit avec un ami. Ils rencontrent deux jeunes femmes avec qui ils conviennent de relations tarifées dans un hôtel. Le réveil est douloureux, les deux hommes s’aperçoivent que les deux jeunes femmes leur ont dérobé deux montres, des ordinateurs portables et des portables. M’Vila porte plainte et obtiendra gain de cause puisque celles-ci ont été condamnées. Mais à quel prix ? L’image de l’international français s’en voit une première fois écornée.

Avril 2012 : Séisme dans le foot français. Quevilly, le « petit club » vient d’éliminer Rennes en demi-finale de coupe de France et prive les Bretons d’un voyage au Stade de France. Le coup est rude pour les troupes d’Antonetti et la frustration gagne le groupe. Lors d’un entrainement, Yann M’Vila se fait insulter par des «supporters» (si tel est le mot) Rouge et Noir comme tous ses coéquipiers à son arrivée au stade. Le jeune homme sort alors de sa voiture et se produit une altercation verbale que les agents de sécurité viennent stopper. Cet incident qui peut apparaitre comme mineur va pourtant faire baisser sa cote de popularité et tendre ses rapports avec les soutiens du Stade Rennais.

Mai 2012 : Un jeune homme de 17 ans porte plainte contre M’Vila. Ce jeune homme ? Le petit ami d’une des deux petites sœurs du Rennais. Il l’accuse de l’avoir frappé à plusieurs reprises au cours d’une soirée où il aurait été emmené de force au domicile du footballeur professionnel. Gardé à vue pendant 24 heures, Yann M’Vila parle de trahison, de somme d’argent empruntée non rendue et de « quelques gifles ». Le parquet de Rennes ne donne pas suite et l’affaire se règlera à l’amiable. L’image du joueur elle, prend un nouveau coup.

Juin 2012 : L’Euro 2012 bat son plein. L’Espagne et la France sont opposées en quart de finale. 78ème minute de jeu, Laurent Blanc décide de tenter le tout pour le tout et remplace M’Vila par Giroud. Le Rennais sort sans serrer la main du Montpelliérain ni celle du sélectionneur Cévenol. « J’étais loin, le contexte du match faisait qu’il y avait énormément de frustration et de tension au moment de ma sortie » se défend le milieu défensif à l’aéroport du Bourget où il est le seul avec Alou Diarra à ne pas snober les supporters venus les saluer. Un bon geste au cours duquel lui est reproché un précédent mauvais geste. Le paradoxe M’Vila. Docteur Yann et Mister M’Vila, deux facettes diamétralement opposées dans sa personnalité. L’épisode du «non-serrage» de mains est noyé par les frasques de Ben Arfa ou encore de Nasri et sa célébration après son but face à l’Angleterre. Au pays des aveugles, les borgnes sont rois et le geste du Rennais passe quasi inaperçu du fait de la multitude de polémiques crées lors de cet Euro 2012. La Commission de Discipline de l’Equipe de France lui inflige un rappel à l’ordre et remplit encore un peu plus son dossier de «casseroles».

Octobre 2012 : Au lendemain de l’Euro 2012, la France a les yeux tournés vers l’équipe de France Espoirs. Celle-ci joue un barrage décisif contre la Norvège avec pour enjeu la participation à l’Euro 2013. Laurent Blanc décide de laisser Yann M’Vila, qui évolue pourtant depuis deux ans avec les A à la disposition d’Erick Mombaerts, sélectionneur des Espoirs. Le Rennais doit apporter son expérience et ainsi booster le groupe Bleu. La France remporte l’aller au Havre 1-0 grâce à Varane mais ne se met pas à l’abri. Le retour en Scandinavie se solde par une défaite 5-4 des Bleuets bien pâles auteurs d’une prestation d’ensemble médiocre. Quelques jours plus tard, l’affaire éclate. M’Vila et quatre de ses coéquipiers ont fait une virée nocturne à Paris dans la nuit du 13 au 14 octobre, à savoir le lendemain de la victoire lors de la manche aller. Censé être le grand frère de la sélection Espoirs, M’Vila se voit sanctionner à la fois par son club (exclusion temporaire du groupe professionnel) et la FFF (suspension de toute sélection nationale jusqu’au 30 juin 2014).

Partie sur les chapeaux de roue, la trajectoire de Yann M’Vila a pris du plomb dans l’aile au fil des incidents qui ont émaillé l’année 2012. Son niveau de jeu en a pâti et s’est lui aussi dégradé au fil des évènements au point que son statut de titulaire à Rennes soit remis en cause. À seulement 22 ans, le jeune joueur se trouve pourtant déjà à un moment charnière de sa carrière et le nombre de jokers qu’il a dans son jeu s’est considérablement réduit…

Atterrissage forcé ou nouveau départ ?

 Désirant capitaliser sur son joueur, le Stade Rennais a toujours affirmé que Yann M’Vila était transférable, contre une offre adaptée. La valeur de l’international a pourtant chuté imitant la courbe de sa popularité, mais aussi de ses performances sur le terrain. Pisté à la fois pas les Queen Park Rangers, Tottenham et le Rubin Kazan, M’Vila n’a d’autre choix que de partir tant la situation semble bloquée. Challenge sportif en Angleterre (se maintenir dans l’un des plus grands championnats pour QPR, se qualifier pour la Ligue des Champions pour les Spurs) ou salaire nettement augmenté au Rubin Kazan, le désormais ex-Rennais a choisi, ce sera le compte en banque grassement garni du côté de Kazan. Certes, c’est un peu caricatural d’associer le Rubin Kazan aux billets et Tottenham à l’enjeu sportif, mais le club Russe est actuellement 7ème du championnat et on ne peut pas s’empêcher d’imaginer M’Vila s’enterrer là-bas sous les billets de banque. C’est un choix de carrière discutable, comme tous les choix, mais avant tout un choix osé. C’est un pari. Étant donné le parcours du jeune homme, on connait sa détermination et sa force mentale. L’homme est touché, le joueur au creux de la vague, mais on l’imagine capable de revenir plus fort et pourquoi pas connaitre des succès sous le maillot bleu à moyen terme. Début de réponse dans quelques mois…

Auteur : Franck Chantereau

Accro au football depuis toujours. Le beau jeu, c'est bien ; la victoire c’est mieux. Les deux, c’est le Graal.

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