World Cup 94 : la conquête des stades

14
juin
2018

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

Pasadena

Deuxième épisode de notre série sur les stades de la coupe du monde. Après la France et le “virage raté”, zoom sur un pays qui accueillera de nouveau l’événement en 2026 avec le Mexique et le Canada: les Etats-Unis.

 

La World Cup 1994 fût la première organisée ailleurs qu’en Europe où en Amérique du Sud, où s’étaient déroulées les précédentes éditions depuis la création de la coupe du monde en 1930. Si aujourd’hui le choix des Etats-Unis pour l’édition 2026 suscite des réactions négatives, le pays de l’Oncle Sam était encore moins “légitime” il y a 24 ans. Depuis le soccer a pris son envol outre-atlantique, la MLS est loin d’être un championnat pour joueurs en pré-retraite comme a pu l’être le Qatar, et les stades se remplissent à chaque journée de championnat. A y regarder de plus près, ce dernier point n’est pas si surprenant au regard des chiffres de la coupe du monde de 1994 qui détient encore le nombre de spectateurs pour l’ensemble d’une compétition: plus de 3 500 000 personnes ont assisté aux matchs de la compétition, soit une moyenne de 69 000 spectateurs par match.

Les clichés ont parfois la peau dure, et la coupe du monde aux Etats-Unis fût sans réelle surprise celle du gigantisme à l’américaine, les stades sélectionnés en étant certainement la partie la plus visible. 9 stades ont été retenus à travers le pays, 2 seulement avaient une capacité inférieure à 60 000 places (Foxborough et Washington avaient des enceintes de 53 000 places), le plus grand étant le Rose Bowl de Pasadena avec une capacité d’un peu plus de 90 000 places. Aucun de ces stades ne fût construit spécialement pour l’événement, car si le football aux Etats-Unis était peu développé, les organisateurs ont su capitaliser sur les infrastructures déja existantes. Se sont ainsi des stades omnisports qui ont été choisis, accueillant normalement des rencontres de football américain et/ou de baseball. Cela souligne bien à quel point le choix des USA est aussi (surtout?) celui d’une première étape dans la stratégie de la FIFA de conquête de l’immense marché américain alors encore hermétique à la folie du ballon rond. Symboliquement cette conquête passe ainsi par ces grandes enceintes américaines forteresses des sports rois locaux, que la FIFA espère bien convertir au football durant cet été 1994. Notons d’ailleurs le Pontiac Silverdome fût le premier stade “indoor” de l’Histoire des coupes du monde.

Les 9 stades de la World Cup ne ressemblent donc pas vraiment à la “norme” de l’époque des enceintes sportives, et sont caractéristiques de tout un mode de vie et d’un urbanisme à l’opposé des principes européens. Sur le vieux continent, à cette époque en tous cas, les stades sont en effet assez bien intégrés au tissu urbain et accessibles en transport en commun. En revanche, quiconque recherche des images des stades de la coupe du monde sera frappé par les immenses parkings les entourant, et leur distance par rapport aux centres-villes. Il s’agissait bien évidemment, au moment de leur conception, de pouvoir accueillir les dizaines de milliers de spectateurs, dans un pays où la voiture est reine et les transports en commun traditionnellement peu développés. En France, ces questions d’accessibilité et de situation de la ville ont été mises en exergue à l’occasion de l’Euro 2016, à Bordeaux et Nice par exemple, où les stades historiques ont été remplacés par de nouvelles enceintes situées en périphéries et beaucoup moins accessibles sans voiture.

Un autre point singulier avec les stades de cette coupe du monde, réside dans leur localisation à travers le pays: sur la côte Ouest, sur la côte Est ainsi que dans le centre du pays, ce qui signifiait pour les joueurs des variations de températures conséquents entre le climat atlantique de Boston, la sécheresse du Texas, ou l’humidité de Floride. Certaines équipes ont par ailleurs du se déplacer de San Francisco à Dallas pour les matchs de poule, des distances toutefois similaires à ce que vont vivre certaines sélections cet été en Russie.

Quel héritage pour les stades américains plus de 20 ans plus tard? Tout d’abord, le record d’affluence a marqué les esprits, de même que les images de stades remplis dans un pays n’ayant pas de culture footballistique, souvent mises en avant pour souligner la réussite de l’événement. Néanmoins, le football est reparti de ces stades aussi vite qu’il y est arrivé. Le Giants Stadium a été démoli en 2010, de même que le Pontiac Silverdome 7 années plus tard. L’Histoire de ces stades étant peu marquée par le football, ces démolitions n’ont pas été particulièrement relayées en Europe. Quelques stades ont accueilli des franchises de MLS dans les années suivantes, comme les LA Galaxy au Rosebowl Stadium de 1996 à 2003. Aujourd’hui, aucune des franchises de MLS ne joue dans un stade ayant accueilli la World Cup 1994: la très grande partie d’entre eux évolue dans des enceintes d’une capacité comprise entre 20 000 et 30 000 places, plus de deux fois moins que la capacité moyenne des neufs stades de 1994. Les LA Galaxy ont eux rejoint un stade non seulement plus petit, mais surtout dévoué au football.

Le gigantisme de l’été 1994 ne fût donc qu’une façade, certainement réussie, mais qui est restée sans lendemain pendant plusieurs années. Néanmoins, le choix américain d’utiliser les stades existants était certainement une très bonne initiative pour donner de la visibilité à ce sport, plutôt que de construire des enceintes dédiées qui seraient certainement restées vides pendant plusieurs années par la suite. Il est difficile de qualifier la manière dont la World Cup a réellement eu un impact sur le développement du soccer outre-atlantique, elle reste néanmoins souvent mise en avant pour sa réussite, bien qu’aucun stade n’ait été construit, ce qui semble pourtant souvent être une idée obsessionnelle dans la tête de nombreux organisateurs d’événements sportifs.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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