Women’s Soccer France : une voix du foot féminin

25
août
2016

Auteur :

Catégorie : Football féminin / Interviews

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APP s’est assis avec Lisa Durel de Women’s Soccer France. Lisa nous raconte ses débuts dans le foot, la création de Women’s Soccer France et la nécessité d’avoir, en France, une telle plateforme.

Commençons par le commencement : comment es-tu tombée dans le foot ?

Ce qui est assez drôle, c’est que c’est très récent. Étant abonnée à Yagg, je connaissais un peu le foot féminin de loin et j’avais déjà lu des articles sur l’USWNT, notamment Megan Rapinoe. De loin, je connaissais cette joueuse mais je n’avais jamais regardé de foot féminin. Quand j’étais gamine, je regardais les compétitions masculines avec mon père, un peu comme tout le monde (la Coupe du monde 98, je m’en souviens évidemment). Je regardais et je soutenais un peu la France par défaut et, une fois que c’était fini, je ne me creusais pas plus la tête. Et, un jour, je jouais à Star Wars The Old Republic avec une amie, il était très tard et elle m’a dit « écoute, si tu n’as rien à faire, il y a France – Allemagne, quart de finale de la Coupe du monde féminine ». Heureusement, je ne faisais rien ce jour-là.

J’ai regardé le match, on a perdu mais je suis restée sur ma faim parce que je me suis dit « Waw, elles en veulent ! Elles ont quelque chose, elles se battent et c’était un beau jeu ! ». Je suis tombée sous le charme et je me suis dit que je ne pouvais pas m’arrêter là. Le geste de Claire Lavogez qui rate son PK et qui mord le maillot de Houara, j’ai trouvé cette image tellement belle que j’ai un peu oublié l’aspect sportif.

« OK. Qu’est-ce que je fais ? Je regarde qui maintenant ? ». Je me suis souvenue de Yagg et j’ai regardé les États-Unis. J’ai bien fait et je crois que je me souviendrai toute ma vie de la finale. Elle restera à jamais gravée dans ma mémoire parce que je ne connaissais personne à part Pinoe. Wambach ? Zéro, alors qu’elle est depuis devenue mon role model.

Pendant la finale, mon stream a planté et j’ai rafraîchi la page. En 110 secondes de pub, j’avais raté 2 buts. Et puis je vois Carli Lloyd armer sa frappe au milieu de terrain, sans y croire. Et ça rentre. WAW. Quand je revois ce geste technique j’en ai des frissons.

Ensuite Wambach rentre vers la 79e. Carli Lloyd approche et donne le brassard avec insistance. Je ne savais pas si c’était quelque chose de courant. Quand les américaines gagnent, Abby Wambach est partie en courant, prendre sa femme dans ses bras pour l’embrasser. Je savais que cette image ferait le tour du monde et j’en étais très émue – quelques semaines auparavant, le mariage gay était autorisé dans tous les états des USA.

Je suis de nature un peu curieuse donc je me suis un peu intéressée aux joueuses. J’ai lu un article sur la passation du brassard de Carli à Abby pour sa dernière finale et j’ai vu tout le respect qu’il y avait. Ca m’a soufflée. Puis j’ai vu l’interview d’Abby seule pendant 7 minutes sur Fox Soccer. Ces 7 minutes ont changé ma vie. Littéralement.

D’un côté, j’avais la page Wikipédia qui me disait que j’avais devant moi la meilleure joueuse du monde, qui avait marqué le plus de buts au monde, hommes et femmes confondus. Et là, j’avais ce discours extraordinaire d’une femme extrêmement humble qui disait que c’était la dernière Coupe du monde de sa carrière et que c’est la seule chose qui lui manquait. Mais jamais elle n’a parlé d’elle. Elle a parlé de son équipe, de ses fans, de ses coéquipières. Et quand elle parle de ses fans, elle dit que ce sont eux qui ont fait de son aventure quelque chose d’extraordinaire, avec ses équipières, passé et présent. Ça m’a émue. C’est comme ça qu’a vraiment commencé mon intérêt pour le foot féminin.

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Tout a donc commencé fin juin, début juillet avec la Coupe du monde au Canada. On pourrait dire que le tournoi a été une sorte de révélation pour toi et c’est vraiment l’équipe américaine qui t’a marquée. Mais comment es-tu passée de spectatrice à actrice du foot féminin sur la toile ?

Je suis devenue littéralement obsédée par cette équipe avec l’intuition que j’avais trouvé en elle des role models qui me manquait cruellement. Au bout d’un moment, il a fallu que je fasse quelque chose, ça ne pouvait plus durer (rires). Ma meilleure amie qui est aussi mon associée sur le site m’a poussée à faire un blog. Au début, je ne savais pas si ça marcherait. J’ignorais s’il y avait un réel intérêt en France pour le football féminin et encore moins pour les Américaines. Mais je trouvais nécessaire de créer un endroit où les gens pourraient se rassembler pour voir le message d’Abby et des américaines – et des joueuses inspirantes, tout simplement– en français et en parler.

Du coup, j’ai lancé Women’s Soccer France. Au départ, c’était quelque chose d’assez égoïste et solo. C’était pour pouvoir me soulager. La seule chose que je sais faire, c’est écrire, parler des émotions, raconter des histoires. On ne voit pas ça chez les concurrents qui restent factuels. J’ai choisi de prendre ce parti et de parler des histoires de ces filles qui peuvent inspirer des nations entières et qui serait ADN du blog. On est en septembre 2015.

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J’ai vu des gamins qui devaient avoir cinq ou six ans. Je leur ai demandé qui était leur joueur préféré. Je m’attendais à ce qu’ils me disent Ronaldo ou un autre joueur. Sans hésiter une seconde, ils m’ont dit Abby Wambach.

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Puis on a appris le départ d’Abby en octobre et on savait qu’elle jouerait son dernier match en décembre contre la Chine. J’ai écrit un papier, un hommage à Wambach en français et en anglais. J’y raconte comment et pourquoi elle a changé ma vie et que mon seul regret était de ne l’avoir jamais vue jouer.

Mon père a lu ce papier et m’a proposé de partir à la Nouvelle-Orléans voir États-Unis – Chine, à ma grande surprise. J’ai pu assister à l’entraînement public où j’ai rencontré Bruno Bini. J’ai fait des vidéos avec Ali Krieger et Ashlyn Harris. Et j’ai vu des gamins qui devaient avoir cinq ou six ans. Je leur ai demandé qui était leur joueur préféré. Je m’attendais à ce qu’ils me disent Ronaldo ou un autre joueur. Sans hésiter une seconde, ils m’ont dit Abby Wambach. C’est là que je me suis rendue compte qu’elle n’a pas seulement inspiré des femmes, elle n’a pas seulement empouvoiré que des femmes, mais elle a inspiré aussi des générations d’enfants. Ça a encore été une révélation.

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Il y a des gens qui veulent entendre ça et qui ne peuvent pas s’identifier à l’équipe française parce qu’il n’y a pas cette médiatisation, il n’y a pas ce layback, il n’y a pas ces personnalités-là, il n’y a pas cette culture de parler aussi ouvertement.

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Quand on est rentrés en France, on a mis en ligne les vidéos de Krieger et Harris et des gens nous ont remerciés. C’était vraiment fort pour moi. C’est là que j’ai compris que ce n’était plus du tout égoïste. Il y avait un vrai besoin et on peut leur apporter ça, c’est vraiment génial. Il y avait une vraie attente et un vrai besoin qui est encore là. Il y a des gens qui veulent entendre ça et qui ne peuvent pas s’identifier à l’équipe française parce qu’il n’y a pas cette médiatisation, il n’y a pas ce layback, il n’y a pas ces personnalités-là, il n’y a pas cette culture de parler aussi ouvertement. Je pense que la principale force de Women’s Soccer France, c’est de connaître et de comprendre la communauté parce qu’on vient de cette communauté. On sait ce qu’elle veut et ça nous aide à améliorer le site en permanence. On passe aussi beaucoup de temps sur le net : je suis community manager et Flora, mon associée, est cheffe de projet. Ca aide beaucoup.

Aujourd’hui, la communauté commence à s’agréger. D’ailleurs, lors du match France – Canada (23/07/2016), j’ai rencontré des followers de la première heure qui sont devenus mes amis. C’est assez extraordinaire de se dire que c’est WoSo France qui a aidé à lier tous ces gens entre eux par leur personnalité et leur façon de voir les choses. Dans ce sens, on a été un média.

Ça me fait vraiment plaisir de voir qu’on parle vraiment à cette communauté, on peut s’échanger des gifs et avoir des posts détendus et faire des playlists ou des shopping lists. Les médias et les concurrents peuvent ne pas nous prendre au sérieux mais ça n’a pas d’importance. À partir du moment où je peux parler à des gens, que c’est ce qu’ils recherchent et qu’ils sont heureux, c’est bon. Avoir une carte de presse ou pas, ce n’est pas important. Les performances c’est bien, mais l’inspiration, à mes yeux, c’est mieux. C’est une question de temps. C’est une question d’évolution des mentalités mais on a déjà une fanbase et ça ne peut que continuer. Et ça avance très vite pour nous : on a pu participer à plusieurs podcasts anglophones – Keeper Notes, qui est basé à Houston et se spécialise avec le Dash et le Dynamo, et Women’s World Football Show -. De même, en marge de l’Euro 2016, je suis intervenue pour parler de l’homosexualité dans le football féminin et l’étrange silence dans les vestiaires. C’est un sujet qui fait partie intégrante des problématiques du football féminin et qui est très mal traité par les médias français. Et là, pour les JO, on a fait quelques minutes à la radio québécoise. C’est vraiment un bonheur et une chance.

Tu as une approche assez particulière par rapport à ce qui se fait en France en général et tu établis une vraie proximité avec les interviewées, un peu à l’américaine.

WoSo France ça a été une espèce de créature qui part, qui vit toute seule et qui vit assez facilement en s’inspirant de plein de choses parce qu’en Amérique du Nord ils ont une façon de médiatiser les filles extrêmement intéressante. Il y a une compréhension des codes de la communication et de la façon de combler les attentes d’une audience qui est hyper importante aux États-Unis et au Canada, mais qu’en France on n’a pas.

En France on fait ce qu’on peut. Il y a des choses qui ont évolué. Nous, nous souhaitons donner la parole à n’importe qui qui est dans le milieu du foot féminin, joueuse, coach, arbitre, joueuse de D1, de D2, de DHR, on s’en fiche, tant qu’elle ou il a quelque chose à dire. Tout le monde peut inspirer les autres à son échelle, pas besoin de s’appeler Abby Wambach. On a eu la chance d’avoir Ali Krieger et Ashlyn Harris très tôt, et maintenant Stéphanie Labbé, Diana Matheson, Joanna Lohman et Josée Bélanger. Je vais bientôt interviewer la gardienne de l’équipe américaine sourde qui a gagné la Coupe du monde. C’est une des équipes les plus titrées au monde mais personne ne s’y intéresse, même aux US. Et pour moi, c’est un problème.

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J’adore mon métier. Mais ma vraie passion ce n’est pas seulement de m’intéresser au foot féminin et aux performances, mais de m’intéresser aux femmes qui ont le pouvoir, qui ont une plateforme, qui s’en servent et qui n’ont pas peur de s’en servir. Arbitres, officiels, personnel de la FIFA, coaches : on a envie de faire parler des gens de plus en plus, et pas forcément des joueuses.

WoSo France c’est aussi un exemple de là où la passion peut te mener. Au début, ce n’est pas que je n’y croyais pas, mais je ne pensais pas que ça partirait aussi loin aussi vite. Woso France m’a permis de côtoyer des gens extraordinaires. Et en ce sens, je suis éternellement reconnaissante envers les lecteurs, les joueuses et nos interlocuteurs qui nous ont fait confiance.

Auteur : Julia Tefit

Tombée dans le foot féminin grâce à la NWSL, je suis avec attention l'équipe de France féminine et l'USWNT.

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