Wambach s’en va

01
novembre
2015

Auteur :

Catégorie : Football féminin

Abby Wambach, meilleure buteuse internationale au monde hommes et femmes confondus, a annoncé sa retraite le 27 octobre.

Abby Wambach, meilleure buteuse internationale au monde hommes et femmes confondus, a annoncé sa retraite le 27 octobre. La carrière de l’attaquante américaine prendra fin le 16 décembre à la Nouvelle-Orléans contre la Chine.

Mary Abigail Wambach, 35 ans, 1m80, 252 sélections, 184 buts internationaux

Les  Etats-Unis ont déjà dit adieu à trois de leurs joueuses ce mois-ci (Chalupny, Boxx, Holiday) et maintenant, c’est au tour de Wambach, 35 ans, d’annoncer son départ. Ballon d’Or en 2012, elle est devenue une icône de l’USWNT et a explosé le record du plus grand nombre de but marqués au niveau international. Avec 184 buts en 252 sélections, Wambach a écrasé le record détenu jusqu’en 2013 par Mia Hamm (158). L’attaquante a su aussi se distinguer en inscrivant 77 de ses buts de la tête (41%) du haut de son mètre quatre-vingt. Elle justifie cette performance par la perfection des services qu’elle reçoit de ses coéquipières mais aussi par sa pratique du basketball jusqu’à l’université qui lui a apporté sa précision dans son timing de buteuse.

Wambach rejoint l’équipe américaine en 2001 et côtoie ses idoles qui ont levé le trophée mondial en 1999. Elle fait ses armes aux côtés de Mia Hamm, Julia Foudy, Brandi Chastain ou Kristine Lilly. L’USWNT récolte avec elle l’or olympique deux fois, à Athènes et à Londres (Wambach manque les JO de 2008 à cause d’une jambe cassée). Cueillir l’or de la Coupe du monde aura été une autre affaire. Les américaines finissent troisièmes en 2003 et 2007. L’or leur échappe en 2011 et il aura fallu attendre 16 ans pour que l’équipe soulève à nouveau le trophée malgré son classement à la première ou deuxième place du classement FIFA selon les années (l’Allemagne, grande compétitrice…).

2011, à deux doigts du trophée

L’or n’était pourtant pas loin en 2011… L’USWNT s’incline aux tirs aux but en finale face au Japon. Mais le match dont les Etats-Unis se souviennent aujourd’hui et celui qui a réellement popularisé cette équipe s’est joué avant. La demi-finale contre le Brésil. Riche en rebondissements, le temps règlementaire n’aura pas suffi à départager les Etats-Unis du Brésil de Marta. Les deux équipes entrent dans les prolongations avec un score de 1 partout. Marta marque à la 105e. Les USA semblent partis pour rejouer un match de troisième place pour la troisième coupe du monde d’affilée. 122e minute. La brésilienne Cristiane va faire passer le temps, balle au pied, près du drapeau de corner. Acculée par Rampone, elle tente une passe. Interception de Krieger. Lloyd. Rapinoe. Le centre. Wambach de la tête. But. 2-2. L’USWNT semble avoir accompli un miracle. Le public se déchaîne. Il reste trente secondes et les tirs au but mais on se croirait en finale, quand le match est gagné, que la compétition est terminée et qu’on va remettre le trophée.

.

Abby Wambach, meilleure buteuse internationale au monde hommes et femmes confondus, a annoncé sa retraite le 27 octobre.

.

Les brésiliennes sont dépitées, les américaines sauvées. Wambach a fait le job, et de la tête, comme d’habitude. Malgré la défaite en finale, l’équipe est accueillie au pays comme si elle avait gagné en 2011. Elle incarne alors, pour des millions de personnes, un esprit américain de battant jusqu’à la dernière seconde, jusqu’au coup de sifflet final. Ce fameux but de 2011 a d’ailleurs été nommé meilleur but toutes coupes du monde féminines confondues en 2015.

Une voix du football féminin

En plus de faire trembler les filets, Abby Wambach est devenue une figure de proue de la sélection américaine et une avocate du football féminin en général.

Début 2013, la FIFA annonçait que la Coupe du monde de 2015 au Canada se jouerait sur des pelouses synthétiques. Wambach proposa alors sur Twitter, le jour de l’annonce, de lancer une pétition pour que les matchs soient joués sur des pelouses naturelles. Le gazon synthétique change le jeu : surface plus chaude (pas pratique quand on joue en été) et plus dure ce qui accroît les risques de blessures : on va moins facilement dans les tacles si on veut garder un peu de peau sur les jambes jusqu’au dernier match, les joueuses se fatiguent davantage, récupèrent moins vite et les toutes les équipes doivent s’adapter à une surface sur laquelle elles n’ont pas l’habitude de déployer leur jeu.

Le problème du synthétique pour le tournoi au Canada devint rapidement un combat pour l’égalité hommes-femmes dans le sport : il aurait été inadmissible de voir une Coupe du monde masculine se jouer sur ce type de surface. La pétition lancée à la FIFA est signée par près de 70 joueuses dont les grands noms de la discipline : Carli Lloyd, Alex Morgan, Heather O’Reilly, Nadine Angerer, Caroline Seger, Veronica Boquete, Nadine Kessler ou encore les françaises Abily, Bussaglia, Le Sommer, Renard, Nécib et Bouhaddi. La FIFA et la Fédération canadienne confirment les conditions de jeu de 2015, arguant que la qualité du synthétique d’aujourd’hui n’influence que peu le jeu. « C’est le futur » dit Sepp Blatter. « C’est comme plonger sur du béton » dit Nadine Angerer.

Wambach fait campagne sur les réseaux sociaux et dans les médias. Le problème natural grass versus turf est relayé par les médias et en août 2014, des joueuses déposent plainte contre la FIFA et la Fédération canadienne de soccer face à l’absence de réponse des organisations. La plainte déposée à un tribunal des droits de l’Homme de l’Ontario est finalement retirée en janvier 2015, la FIFA faisant durer la procédure.

Lors de sa conférence au National Press Club le 28 octobre, Abby Wambach a clairement affiché sa volonté de continuer à travailler pour l’avancée des sports féminins en matière de sponsoring, de reconnaissance, de couverture médiatique et contre l’homophobie. Toujours avec les mêmes objectifs depuis des années, il s’agit pour elle d’inspirer la nouvelle génération à travers le sport afin que chaque jeune puisse être sûr de lui-même et authentique.

“Je veux changer le monde. […] Il nous faut davantage de femmes dans la prise des décisions concernant la répartition des fonds, davantage de femmes au sein de la FIFA, dans le comité de direction, qui prendront des décisions qui n’aideront pas que mon équipe, mais la prochaine génération. Honnêtement, je suis ouverte à toute proposition et je souhaite juste faire partie de quelque chose qui aura un impact positif sur les sports féminins.”

À la question “envisageriez-vous de devenir déléguée de la CONCACAF devant la FIFA ?”, elle répond simplement en riant “Bien sûr, je vais le faire !”

.

Abby Wambach, meilleure buteuse internationale au monde hommes et femmes confondus, a annoncé sa retraite le 27 octobre.

.

Wambach a fait son temps

Si Wambach a trouvé le graal lors de la Coupe du monde, on la disait d’ores et déjà sur le déclin. De retour après quelques blessures, il manquait à l’attaquante du Western New York Flash sa touche finale décisive pour sceller les matchs et la question de sa sélection pour le tournoi canadien se pose dès la fin de 2014. Sa stature lui permet toujours de s’imposer dans les airs mais elle manque de nombreuses occasions de buts.

Entre temps, Wambach annonce qu’elle ne jouera pas en club en 2015 : nouvelle polémique. Comment peut-on prétendre représenter son pays dans un tournoi international quand on refuse de jouer en club ? Wambach compte se préparer mentalement et physiquement de son côté pour le mondial et se sait attendue au tournant si elle n’offre pas de prestation satisfaisante. La coach Jill Ellis l’intègre dans la liste pour le Canada mais très vite, de nouvelles questions se posent : Wambach et les autres joueuses ayant passé la trentaine pourront-elles jouer 90 minutes sur du synthétique ? Est-il viable de miser sur Wambach quand d’autres joueuses plus jeunes et plus rapides sont disponibles ? Quel rôle pour la co-capitaine dans ce mondial si elle a peu de temps de jeu ?

Elle débute le tournoi en jouant 90 minutes contre l’Australie comme pour prouver qu’elle a encore du jus. Contre la Suède, elle fait son entrée à la 67e minute. C’est la première fois depuis 2003 que l’attaquante démarre un match de Coupe du monde sur le banc. Wambach met son ego de côté et endosse le rôle de remplaçante pour que l’équipe réussisse. Contre le Nigéria qui avait désespérément besoin de gagner pour rester dans la compétition, elle est titulaire et inscrit le but de la victoire. De quoi faire taire ses détracteurs. Mais à mesure que la compétition avance, elle reçoit moins de temps de jeu au profit de recrues plus jeunes. Elle joue 70 minutes contre la Colombie, puis entre en tant que remplaçante sur les trois derniers matchs autour de la 80e minute.

Pour cette coupe du monde, Jill Ellis a sans doute voulu donner aux vétérans l’occasion de soulever le trophée avant de prendre leur retraite. La présence de Wambach dans la liste s’explique aussi par son leadership. Elle est cette voix sur le terrain qui motive ses coéquipières. C’est elle qui donne le speech d’avant-jeu ou à la mi-temps, dans les vestiaires ou sur le terrain avant de prendre position, qu’elle soit sur la pelouse ou sur le banc. Quand l’équipe peine, on peut parfois la voir debout près du banc comme la coach, donnant de la voix et encourageant ses coéquipières. Elle est cette figure de combativité. Quand elle entre sur le terrain, le mental de l’équipe entière semble changer et on voit plus d’occasions. Quand, elle s’apprête à rentrer en jeu contre le Japon en finale à la 79e, le public scande son nom. C’est dire s’il l’attendait.

.

Abby Wambach, meilleure buteuse internationale au monde hommes et femmes confondus, a annoncé sa retraite le 27 octobre.

.

Un reproche que l’on pourrait tout de même adresser à cette équipe est de changer radicalement de style de jeu quand Wambach joue : davantage de longs ballons pour trouver sa tête, parfois moins de précision, moins de construction. Mais au final, quand Wambach marque, l’équipe gagne presque toujours. Au total, la native de Rochester a marqué dans 126 matchs : 116 victoires, 2 défaites, 8 nuls. 252 matchs joués, 210 victoires. 14 buts en Coupe du monde, juste derrière Marta. Rien que ça.

Place aux jeunes

Wambach quitte donc les terrains avec un beau palmarès. Alors qu’elle emmenait en 2012 l’offense de l’USWNT avec à ses côtés Alex Morgan, son avenir au sein de l’équipe n’aurait été que plus difficile à entrevoir. Le jeu s’uniformise au niveau mondial et Abby Wambach ne semble plus suffire pour mener son équipe à la victoire si jouer plusieurs matchs complets d’affilée s’annonce difficile.

Le départ de l’internationale facilite le travail de Jill Ellis dont la liste de joueuses pour Rio 2016 doit être de 18 joueuses. Des 23 du Canada, quatre quittent les terrains, et une des gardiennes devra être coupée de la liste.

Toutes les championnes de 2015 n’ont cependant pas déjà bouclé leur ticket pour le Brésil. Avec une liste raccourcie, Ellis misera sur des joueuses versatiles, capables d’évoluer à plus d’un poste. Elle enchaîne les tests sur le Victory Tour et compose son équipe pour les années à venir. Avec l’arrivée de la jeune génération, Wambach aurait eu du mal à trouver sa place dans une formation où des Alex Morgan, Christen Press, Crystal Dunn ou, plus récemment, Stephanie McCaffrey proposent un jeu tout en percussion. Pour le jeu aérien, Julie Johnston a prouvé qu’elle s’y connaissait plutôt bien et l’équipe pourra sans doute compter sur des joueuses du gabarit et du talent de Samantha Mewis pour dominer d’une tête les défenses adverses.

Abby Wambach s’en va après avoir presque tout remporté et changé le football féminin en lui apportant la voix sur la scène nationale et internationale dont il avait besoin. Jusqu’à présent, il ne lui manquait que le titre mondial. C’est maintenant chose faite.

Et qui mieux que Carli Lloyd pour définir Wambach : “Two words…Legend and Champion. You will be missed“.

Auteur : Julia Tefit

Tombée dans le foot féminin grâce à la NWSL, je suis avec attention l'équipe de France féminine et l'USWNT.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Football féminin

Plus dans Football féminin
Présentation du meilleur XI de la NWSL version 2015. Une équipe de très haut niveau...
NWSL : le meilleur 11 de départ de la saison 2015

La troisième saison de la NWSL s’est achevée le 1er octobre avec le remake de la finale de 2014. Et...

Rencontre avec Rachel Robert, attaquante de la néo section féminine du LOSC et véritable amoureuse du club nordiste.
Rachel Robert : « Porter le maillot du LOSC nous offre une tout autre visibilité »

Virevoltante, pétillante, parfois râleuse, Rachel Robert est l'une des figures de proue de la néo-section féminine du LOSC. Issue du...

lavogez tonnazzi
L’édito du foot féminin #1

Que s'est-il passé sur la planète "football féminin" cette semaine ?

Fermer