Villaréal et La Corogne : Les colosses aux pieds d’argile

13
janvier
2013

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Catégorie : Europe

Deportivo la Corogne

Destins croisés de deux anciens géants d’Espagne, deux grands d’Europe, retombés dans l’anonymat de la Liga et dont les succès d’antan ont laissé place aux errances des bas de classement et aux relégations.

Remontée en Primera Division lors de la saison 2000-2001 (après avoir fait l’ascenseur suite à une première saison ratée dans l’élite, en 1998-1999), le club de Villaréal n’est alors qu’une modeste équipe qui découvre le haut niveau espagnol. Mais un homme, technicien hors pair, et grand connaisseur du football ibérique, allait révolutionner le jeu du « sous-marin jaune ». Dés cette première saison, Victor Muñoz conduit ses hommes à une brillante 7ème place, qui surprendra l’Espagne entière, ce n’est qu’un début. Bien que les trois saisons suivantes soient ternes, les beaux jours sont encore à venir. En 2003, après un recrutement impressionnant (Reina, Coliccini, Riquelme, José Mari ou encore… Sonny Anderson), les banlieusards valencians remportent la coupe intertoto et décroche leur premier billet pour une compétition européenne : la coupe de l’UEFA. Après avoir éliminé Galatasaray, l’AS Roma et le Celtic, les jaunes s’inclinent uniquement en demi-finale face au voisin du FC Valence. La même saison, ils décrochent une 8ème place en Liga, à nouveau qualificative pour la coupe Intertoto.

gonzalo Rodriguez et Sonny Anderson sous le maillot de Villareal

gonzalo Rodriguez et Sonny Anderson sous le maillot de Villareal

La saison qui arrive (2004 – 2005) marque un nouveau tournant dans l’Histoire du club. L’arrivée de l’entraîneur Manuel Pellegrini, combinée aux recrutements de Diego Forlan (arrivé de Manchester United) ou du latéral Argentin Juan Pablo Sorin encre le sous-marin jaune dans une ère fertile. Pour la seconde année consécutive, le club remporte la coupe Intertoto, en battant l’Atlético Madrid en finale et dispute donc sa seconde campagne européenne. Sortis facilement de leur poule, vainqueur du Dynamo Kiev et du Steaua Bucarest, la défaite en quart de finale face aux hollandais de l’AZ Alkmaar fait alors guise d’échec. Toutefois, en championnat, les joueurs de Pellegrini enflamment les stades espagnols. Inarrêtable, Diego Forlan terminera “pichichi” de la saison, menant Villaréal à la 3ème place de la lIga, derrière les deux intouchables, le FC Barcelone et le Real Madrid. Inconcevable en début de saison, cette performance ouvre les portes de la plus prestigieuse des compétitions. Pour la première fois de son histoire, Villaréal va disputer la Ligue des Champions. À la surprise générale, le “sous-marin jaune” termine à la première place de son groupe, invaincu ! La suite est tout aussi magique. En 8ème, Villaréal élimine les Rangers, puis l’Inter Milan en 1/4 de finale ! La demi-finale face à Arsenal laissera longtemps un goût amer aux valencians. S’il était impensable d’imaginer le club arriver en demi-finale de la Ligue des Champions, l’élimination concédée d’extrême justesse (1-2, 0-0) conforte l’idée que pour “El Submarino amarillo” c’était « l’année ou jamais ».

Forlan a obtenu le titre de Pichichi avec Villareal

Forlan a obtenu le titre de Pichichi avec Villareal

En effet, ayant laissé beaucoup de force dans la campagne européenne, Villaréal ne décroche que la 7ème place de la Liga. Plus laborieuse, la saison suivante verra les joueurs de Pellegrini terminer in-extremis à la 5ème place après avoir longtemps flirté avec la seconde partie de tableau. En 2007-2008, Forlan s’exile du côté de Madrid, il manquera cruellement à ses ex-coéquipiers, son remplaçant, le turc Nihat, se montrant clairement décevant. C’est malgré tout cette saison-là que le club va réaliser sa plus belle performance en championnat, grâce notamment à un Marco Senna (élu meilleur joueur de la saison) éblouissant. Pellegrini sera élu meilleur entraîneur de la saison après que la campagne européenne (UEFA) ne se soit achevé prématurément, en 1/16ème face au futur vainqueur, le Zenith St-Petersbourg. La saison suivante sera la “dernière” au haut niveau pour les jaunes. Éliminés en 1/4 de finale de la Ligue des champions face à…Arsenal (encore), les hommes de Pellegrini décrocheront la 5ème place de la Liga. Saison 2010-2011, si le club parvient à décrocher une belle 4ème place en Liga, le collectif bien rodé et mené par des joueurs talentueux, Nilmar, Rossi, Senna semblent s’essouffler journée après journée…La saison suivante, dans l’incompréhension la plus totale en Espagne, Villaréal s’enfonce inexorablement dans les profondeurs du classement sans jamais pouvoir réagir, une ère de faste se referme, le 13 mai 2012, le club est officiellement relégué en Liga Adelante. Aujourd’hui, Villaréal occupe la 5ème place de son championnat et devrait, en toute vraisemblance, jouer les barrages en fin de saison pour un possible retour en Primera Division.

Le parcours actuel de La Corogne rappelle étrangement celui des valencians, bien loin du faste européen qu’ils ont vécu aux débuts des années 2000, les Galiciens errent entre relégations et remontées…

Plus habitués aux performances nationales que le “sous-marin jaune”, le “Depo” connait une première période faste, entre 1992 et 1997. 3ème en 1992 grâce à des joueurs comme Bebeto ou Mauro Silva, les pensionnaires du Riazor se qualifient pour la première campagne européenne de leur Histoire. Bebeto décroche le titre de pichichi et le gardien Liaño, celui de meilleur gardien. La saison 1993-1994 voit les Galiciens se faire dépasser par le FC Barelone lors de la toute dernière journée de championnat, et perdre le titre à la défaveur du goal-average. En 1994-1995, le Depor termine 2ème et échoue, pour la deuxième fois consécutive en 1/16ème de finale de l’UEFA face au Borussia Dortmund. Mais, la même année, le club décroche le premier titre de son histoire, la Copa del Rey, face au FC Valence, et enchaîne avec la supercoupe d’Espagne, face au Real Madrid. Sous l’égide de John Toshak, le “SuperDepor” réalise une saison moyenne, terminant à la 9ème place, mais échoue seulement en demi-finale de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe face…au Paris Saint-Germain, futur vainqueur. Il faudra, dès lors, attendre l’année 2000 pour voir les Galiciens renouer avec le très haut niveau, après quelques saisons ternes.

Les joueurs du Deportivo après leur victoire en Supercoupe d'Espagne

Les joueurs du Deportivo après leur victoire en Supercoupe d’Espagne

Champion d’Espagne en 2000, vice-champion en 2001 et en 2002, le Depor bénéficie d’un nouveau statut. Désormais favoris lors des compétitions européennes, y compris en Ligue des Champions où ils échoueront deux années consécutives en 1/4 de finale, face à Leeds, puis Manchester, ce qui est alors considéré comme deux véritables échecs, notamment l’élimination face à Leeds. En 2002-2003, le Depor déçoit en ne terminant qu’à la 3ème place de la Liga et en se faisant sortir en seconde phase de groupe de la Ligue des Champions. 3ème, à nouveau, en 2004, le Depor réalise une campagne sensationnelle en Ligue des Champions, malgré la défaite historique face à Monaco (3 – 8), en ne s’inclinant qu’en 1/2 finale face au futur vainqueur, le FC Porto.

La chance semble être passée pour les Galiciens (à l’image de la demi-finale de Ligue des Champions perdue par Villaréal face à Arsenal en 2005), dès la saison 2004-2005, le club ne termine que 8ème et se fait sortir dès la phase de poule de la Ligue des Champions. 8ème à nouveau en 2006 puis 13ème en 2007, le déclin de la génération dorée (Valeron, Makaay, Diego Tristan, Djalminha, Fran, Mauro Silva Nourdedine Naybet) semble définitif. Les joueurs vieillissent inexorablement et le jeu proposé, jadis flamboyant, devient banal et inconsistant. Le 21 mai 2011, après plusieurs saisons dans le ventre mou, le Depor est officiellement relégué en Liga Adelante, il remontera dès la saison suivante en décrochant le titre de champion de segunda division (et en battant Huesca lors des barrages).

Aujourd’hui, le Deportivo La Corogne est dernier du championnat de Primera Division, avec 12 points, les Galiciens semblent déjà distancés et auront bien du mal à se maintenir. Loin des joutes européennes, des titres nationaux et des ambiances folles qui faisaient du Riazor l’un des stades les plus redoutés d’Europe, La Corogne est désormais un club quelconque, qui occupe les profondeurs des classements et qui ne fait plus peur à personne.

Le Depor et Villareal ont en commun des campagnes européennes de première classe, des classements nationaux à faire pâlir de nombreux prétendants, mais, surtout, ils cultivent tous les deux le deuil d’un jeu léché, porté vers l’avant, résolument offensif, qui servait d’exemple, de référence, non seulement en Espagne, mais dans l’Europe entière, à l’image de quelques autres clubs européens, ils n’auront su renouveler les générations, perdant peu à peu de leur splendeur pour sombrer dans l’anonymat auquel le palmarès peut néanmoins, le temps d’un regard en arrière, se substituer.

Auteur : Damien Jaud

Damien, 31 ans, passionné de foot. Ex-joueur de foot. Fan d'esthétisme plutôt que de puissance. Amoureux du foot.

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