Van Gaal : Le roi du coaching au palais de l’ennui

12
juillet
2014

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Catégorie : Coupe du Monde 2014

L’Argentine a décroché sa place pour la finale. Un homme semblait pourtant en mesure de changer le cours de l’histoire : Louis Van Gaal

Mercredi soir, au terme d’une des demi-finales de coupe du monde les plus insipides de l’histoire, l’Argentine a décroché sa place pour la finale. Probablement encore traumatisées par le tour de force opéré par les allemands la veille, les deux équipes se sont livrées à un round d’observation de 120 minutes qui ne pouvait se terminer que par une séance de tir au but. Un homme semblait pourtant en mesure de changer le cours de l’histoire : Louis Van Gaal.

A l’aube du mondial, rares étaient ceux qui croyaient aux chances de la sélection batave. Plutôt à l’aise en qualification, les néerlandais avaient cependant enregistré le forfait de Kevin Strootman quelques mois avant le début de la compétition. Privé de son rouage essentiel au milieu de terrain, Van Gaal doit s’adapter et met en place un 3-5-2, s’attirant par la même occasion les foudres de la presse batave. Après une série de matches amicaux poussifs, certains spécialistes pensent même que le parcours des vices champions du monde pourrait s’arrêter dès les phases de poule.

C’est finalement avec ce système de substitution que les Oranjes torpilleront l’Espagne championne du Monde. Tout au long de la compétition, cet équilibre précaire entre la jeune arrière garde néerlandaise et les fulgurances de la triplette Van Persie – Robben – Sneijder sera sublimé par le sens du coaching de Louis Van Gaal. Malmené face à l’Australie, le coach néerlandais repasse en 4-3-3 et permet à son équipe de s’imposer 3-2. Contre le Chili, ce sont les remplaçants Leroy Fer et Memphis Depay qui offriront la première place du groupe aux Pays-Bas. Face au Mexique, la lumière viendra des nombreux repositionnements de la caisse à outil Dirk Kuyt, ainsi que de l’entrée de Klaas Jan Huntelaar, auteur d’un but et d’une passe décisive. Et comment ne pas évoquer la séance de tire au but face au Costa Rica, où, rentré à la 120ème, Tim Krul offre une place dans le dernier carré aux siens en détournant deux pénaltys.

L’Argentine a décroché sa place pour la finale. Un homme semblait pourtant en mesure de changer le cours de l’histoire : Louis Van Gaal

Mais la gestion exceptionnelle du banc ne cachait-elle pas aussi des lacunes tactiques ? Face à l’Argentine, les Pays Bas ont cadré leur première frappe à la 98ème minute, une statistique qui en dit long sur la frilosité des bataves lors de cette Demi-finale. Alors, à chaque changement opéré par Louis Van Gaal, on se mettait à rêver à un nouveau dispositif ultra offensif, à un milieu densifié par l’apport d’un joueurs plus créatif ou encore à l’entré de Tim Krul, la superstar des quarts. Pourtant rien ne se passa comme prévu et malgré le coaching ambitieux de Van Gaal, ce sont bien les argentins qui joueront dimanche la cinquième finale de leur histoire.

Dès le début de la seconde période, Van Gaal remplace Buno Martins Indi par Daryl Janmaat. A ce moment là du match, on pouvait supposer que le futur entraîneur de Manchester United souhaitait repasser en 4-4-3 en faisant glisser Dirk Kuyt au milieu et en positionnant Janmaat à son poste de prédilection, sur le côté droit de la défense néerlandaise. Pourtant, si Janmaat s’est bel et bien positionné sur le côté droit, on retrouve finalement Kuyt sur le côté gauche alors que Blind s’est repositionné plus bas afin de compenser la sortie de Martins Indi. Interrogé sur son coaching, Van Gaal expliquera à l’issu de la rencontre que ce changement n’était que la conséquence logique du carton jaune de Martins Indi. Le joueur du Feyenoord ayant commis plusieurs fautes grossières en première mi-temps, Louis Van Gaal n’a pas souhaité prendre le risque de terminer le match à 10. Un changement dans l’ambiance générale de cette drôle de demi-finale, lors de laquelle les deux équipes ne se sont pas autorisées à prendre le moindre risque.

A l’heure de jeu, on pense que Van Gaal a finalement trouvé la parade. Le sélectionneur néerlandais sort Nigel De Jong et offre à Jordy Clasie ses premières minutes en Coupe du monde. Le petit milieu de terrain du Feyenoord est connu pour son sens de la passe, en témoigne cette superbe ouverture adressée à Van Persie face à l’Equateur en match de préparation. Une solution inédite, dans l’optique de redynamiser une équipe grâce à l’apport d’un créateur. Malheureusement, le pari sera perdant, Clasie ayant eu un impact insignifiant sur le jeu de son équipe. Dans son analyse d’après match, Van Gaal a relaté que la sortie de Nigel De Jong était justifiée par l’état physique de son milieu, lequel revenait tout juste de blessure. Il a admis néanmoins qu’en faisant confiance à Clasie, il espérait que son équipe montre plus d’adresse dans les derniers mètres. Pari raté, donc.

L’espoir de faire la différence grâce à un changement s’amincissait. Dès l’heure de jeu, il ne restait plus qu’un seul changement à

Louis Van Gaal pour changer l’issu du match. Alors qu’on semblait tranquillement se diriger vers une séance de tirs au but, personne ne savait si le coach néerlandais allait rééditer l’un des coups de poker les plus brillants de l’histoire de la coupe du Monde. La réponse à cette question interviendra à la 96ème minute lorsque Van Persie cèdera sa place à Huntelaar. Un changement poste pour poste visant à soulager un RVP à la peine physiquement. Tim Krul restera donc sur le banc ce soir.
Ses trois changements effectué, Van Gaal pouvait se concentrer sur la préparation de l’inéluctable séance de tire au but. Et c’est avec étonnement que l’on a vu s’avancer le premier tireur néerlandais, Ron Vlaar. Les coachs soulignent régulièrement l’importance du premier tireur, marquer le premier tir au but permet de lancer la séance et décharge par la même occasion les autres tireurs d’une certaine peur de l’échec. Alors qu’on pouvait imaginer qu’il allait être demandé à Huntelaar, Sneijder ou Robben de s’élancer en premier, c’est finalement le gaillard d’Aston Villa qui prend le ballon. Auteur de 120 minutes de très grande qualité, Van Gaal aurait décidé d’utiliser la confiance emmagasinée par son défenseur tout au long de la partie. Le choix s’avère une nouvelle fois perdant et Ron Vlaar voit sa frappe hésitante repoussée par Romero.

A l’issu du match, Van Gaal a expliqué son choix en déclarant : “J’ai demandé à deux joueurs de tirer le premier penalty avant de finir sur Ron Vlaar.“. En effet, selon lui, deux joueurs auraient refusés de prendre leurs responsabilités en tirant le premier pénalty. On peut néanmoins affirmer qu’ils semblaient être davantage de deux joueurs à être techniquement plus qualifiés que Ron Vlaar pour transformer un pénalty.

Par ses choix, Louis Van Gaal s’est affirmé au fil des matches comme le meilleur coach de cette Coupe du Monde 2014. Un coaching qui a permis à son équipe d’atteindre la demi-finale. Il semble également difficile de condamner ses décisons face à l’Argentine tant les joueurs semblaient tétanisés par l’enjeu. Dans un match où l’enjeu a pris le pas sur le jeu, le coaching gagnant avait-il sa place ?

Auteur : Nicolas Grellier

Aime la Tribune Loire, les renards des surfaces et Zdenek Zeman.

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