Vahirua, l’ambition tahitienne

24
septembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

vahirua

La Ligue 1 a cela de particulier qu’elle nous offre souvent la possibilité de découvrir des joueurs exotiques. C’est le cas de Marama Vahirua, l’ancien attaquant du FC Nantes. Exotique, il l’est par ses origines tahitiennes et ses fameux coups de pagaies célébrant ses buts, mais aussi par son style de jeu alliant panache et sens du collectif, ainsi que pour sa carrière aboutie en métropole. Vahirua n’a rien perdu de son exotisme ni de son panache puisqu’il regorge d’idées ambitieuses pour le devenir du football tahitien.

 

Icône tahitienne

Fort de sa carrière honorable en Métropole, Marama Vahirua est une véritable icône en Polynésie française. Le joueur de poche tahitien (1m72) a en effet débuté son parcours professionnel en 1998, au FC Nantes, avant de défendre les couleurs de Nice, Lorient, Nancy et Monaco. Avec les Canaris, Vahirua remportera un titre de champion de France, en 2001. A ce jour, il est le seul joueur tahitien à y être parvenu. Avant lui, très peu de ses compatriotes polynésiens sont venus tenter leur chance en Ligue 1. On peut bien sûr citer Pascal Vahirua, qui n’est autre que le cousin de Marama, que les plus anciens ont vu évoluer sous les couleurs l’AJ Auxerre, du SM Caen et du Tours FC. Errol Bennet, l’oncle de Vahirua, était également venu fouler les pelouses de Ligue 1, au Paris SG, dans les années 70. Sans succès, puisqu’il n’y sera resté que 6 mois sans réussir à s’adapter au football métropolitain. Il faut dire que le football professionnel est encore peu développé sur la petite île située au large de l’océan Pacifique et que les perspectives d’évoluer en métropole ou encore Europe sont faibles. La réussite de Marama Vahirua au plus haut niveau du football français en est d’autant plus retentissante.

Plus encore que son parcours, c’est le style de Vahirua qui fait sa notoriété. Sur les bords de l’Erdre  comme dans les travées du stade du Moustoir, on garde un souvenir d’une tendresse infinie envers le joueur. D’abord parce qu’il s’agit d’un personnage attachant et d’une humilité devenue rare dans le football actuel. Rarement Vahirua n’a posé problème dans un vestiaire ou s’est emporté publiquement contre un de ses entraîneurs, coéquipiers, adversaires ou arbitres. Malgré ce tempérament calme, le joueur possède une personnalité forte. La Beaujoire se souviendra toujours des deux coups de pagaies avec lesquels le tahitien célébrait ses buts tout comme les micros de Canal + n’oublieront pas sa propension à rouler « r », qui attendrit encore plus le personnage. Mais surtout, Vahirua est un bon footballeur. Ce n’est pas par hasard que le FC Nantes s’est intéressé à lui à fin des années 90. L’attaquant colle parfaitement à ce qu’on appelle le jeu à la nantaise, basé sur la mobilité et la disponibilité de joueurs offensifs capables d’effectuer des transmissions de balle rapides. Il sait en effet se mettre au service du collectif pour faire marquer ses partenaires, à tel point que Frédéric Antonetti, son entraîneur à l’OGC Nice, le repositionnera en numéro 10. Et puis, Vahirua a souvent gratifié les spectateurs de Ligue 1 de superbes buts grâce à des qualités techniques nettement supérieurs à la moyenne. Les lobs, les reprises acrobatiques ou les simples finitions tout en touché de balle sont l’apanage de l’ancien lorientais. Autant de qualités qui font du joueur l’étendard du football tahitien. Ajoutons également qu’il a joué pour l’équipe de Tahiti, notamment lors de la Coupe des Confédérations de 2013, histoire de parfaire sa carrière.

 

Le Mondial et la Ligue 1 dans le viseur

Au fil de ses expériences dans le football professionnel, Vahirua s’est enhardit sur et en dehors du terrain. Aujourd’hui âgé de 37 ans, il n’a pas vraiment raccroché les crampons, ni perdu l’ambition. Celle de continuer à jouer, évidemment, mais surtout celle de faire grandir le football tahitien. De retour sur son île, il vient de s’engager avec l’AS Dragon, le club phare de Tahiti. Il apportera notamment son expérience au club pour jouer la Ligue des Champions OFC, l’équivalent de notre Champions League en Océanie, qui en a fait son objectif. Ceci étant, Vahirua n’est pas dupe. A 37 ans, il sait parfaitement qu’il lui sera difficile d’enchaîner les matchs et que le temps qui passe joue contre lui. Il débarque donc à l’AS Dragon avec d’autres perspectives en tête. La première, c’est celle de jouer le rôle d’entremetteur. Grâce à sa carrière en métropole, Vahirua connaît beaucoup d’anciens joueurs professionnels qui tendent vers la fin de carrière. L’AS Dragon compte alors sur lui pour les convaincre de venir terminer leurs carrières dans le cadre idyllique de la Polynésie française. Ce projet est en bonne voie puisque Marama a déjà convaincu Grégory Pujol, son ancien coéquipier au FC Nantes, et Reynald Lemaître, qui a fait les beaux jours de Caen, de Nancy et de Guingamp. Ce qui plaît également à Vahirua dans le projet de l’AS Dragon, c’est la formation. Il a déjà pris en charge plusieurs stages pour jeunes joueurs depuis son retour sur l’île. A l’AS Dragon, il aura la responsabilité de l’école de football. Le club a également pour projet de lancer un centre de formation et compte bien s’appuyer sur l’expérience de footballeur professionnel de sa nouvelle recrue. Ces initiatives résultent d’un objectif ambitieux : permettre aux jeunes du club d’intégrer un centre de formation ou une équipe de Ligue 1, en métropole.

En parallèle de cette nouvelle aventure, Vahirua lorgne aussi sur le poste de Président de la fédération tahitienne de football. L’ancien buteur de L1 travaille, en ce moment même, sur la constitution d’une équipe qui lui permettrait de candidater. L’arrivée d’anciens de L1 dans le championnat tahitien donnerait probablement du poids à sa candidature. Vahirua a cependant d’autres cordes à son arc. Toujours par souci de développer la formation, il aimerait que la fédération concentre ses efforts sur la préformation des jeunes joueurs afin de favoriser leur intégration dans un club professionnel métropolitain. Son souhait porte sur la mise en place d’une véritable passerelle entre les clubs tahitiens et ceux de L1. De par son parcours dans le football professionnel métropolitain, il en connaît les exigences, notamment en termes d’investissement et d’hygiène de vie, et prévoit de structurer la formation des jeunes joueurs tahitiens de façon à assurer leur compatibilité avec la Ligue 1. Dans l’esprit de Marama Vahirua, cet ambitieux projet doit permettre à de nombreux jeunes de progresser rapidement en jouant en métropole. L’objectif étant de hausser le niveau de l’équipe de Tahiti grâce à ces joueurs évoluant en Ligue 1. Le futur candidat à la présidence de la fédération tahitienne considère en effet que l’évolution récente du format de la Coupe du Monde, qui se jouera à 48 équipes dès 2026, est une opportunité inespérée pour Tahiti d’y participer. Il souhaite alors que les joueurs qui porteront le maillot tahitien dans les années à venir évoluent dans un des grands championnats d’Europe comme la Ligue 1. C’est dans cette optique que s’inscrit sa volonté de prendre la tête de la fédération afin de développer la formation des jeunes et les transferts vers le championnat français. Une ambition tout à fait louable qui pourrait révolutionner le football tahitien.

Véritable modèle pour tous jeunes joueurs tahitiens, Marama Vahirua est bien décidé à faire profiter toute l’île de son expérience du football professionnel métropolitain. Il jouit d’une excellente côte de popularité du fait de sa carrière marquante pour tous les polynésiens. Seulement, aussi ambitieux et bienfondé soit-il, son projet de densifier la formation tahitienne afin de bâtir une équipe de Tahiti à la compétitivité grandissante doit franchir certaines étapes. La première est déjà immense puisqu’il s’agira, pour l’ancien niçois, d’être élu à la tête de la fédération tahitienne de football. Or, les coulisses du football n’ont à avoir avec le terrain. Les coups portés y sont plus violents et les feintes, tactiques et combinaisons inhérentes au terrain laissent parfois place aux manœuvres malsaines. Reste donc à savoir si le panache et le statut de Marama Vahirua lui permettra de mettre en œuvre son valeureux projet.

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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