Uruguay : Terre de foot

11
février
2019

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Catégorie : Culture foot

Eduardo_Galeano_Uruguay

Coincé entre les mastodontes brésiliens et argentins, l’Uruguay peine à se faire sa place sur un planisphère. Pourtant ce petit pays est à l’origine de grands hommes qui font partie de l’Histoire du ballon rond.

Lorsqu’on évoque l’Amérique du Sud, on pense aux plages de Rio de Janeiro, aux quartiers colorés de Buenos Airs ou encore aux montagnes de Colombie. Mais il y a un pays que la majorité des gens oublient, niché entre le Brésil et l’Argentine, ce petit territoire de moins de 3 500 000 habitants est pourtant la terre de grands personnages dans l’histoire du football. Alors entre les joueurs de légendes, les agents, et les journalistes, qui sont les grands hommes qu’a engendré l’Uruguay ?

Des auteurs de légendes

22 Juin 1986, Stade Azteca. Sous les yeux de presque 115 000 spectateurs, Diego Maradona rentre une fois de plus dans la légende du football en inscrivant un but d’anthologie face aux anglais lors de la coupe du monde au Mexique. Si 16 ans plus tard ce but a été nommé « but du siècle » par la Fifa, c’est aussi grâce à l’aspect émotionnel apporté par celui qui commenta l’action le journaliste uruguayen Victor Hugo Morales. « Oh saint Dieu, vive le football ! Quel but ! Diegoal ! Maradona ! Je pleure, excusez-moi ! Maradona, dans une course mémorable, dans le meilleur match de tous les temps ! Cerf volant cosmique, de quelle planète êtes-vous venu ? » hurlait le natif de Carona, une petite ville d’environ 4 500 habitants. Adoré par les argentins, il est considéré comme le plus grand commentateur hispanique de tous les temps et fait définitivement parti de l’Histoire de notre sport grâce à sa voix inimitable qui lui a permis de mettre des mots sur l’une des plus belle actions de jeu que l’on ait pu voir.

Si la voix de Victor Hugo Morales est devenue une légende, celle de Constancio Vigil est quasiment inconnue, pourtant cet homme, lui aussi uruguayen, est à l’origine du plus grand magazine sportif d’Amérique du sud, El Gráfico. Fondé en 1919, cette revue mensuelle était considérée comme la bible du football en Argentine, certains numéros étaient vendus à quasiment 600 000 exemplaires et diffusés dans tous les pays hispaniques du continent (au Brésil on lisait Placar). De fait, on constate qu’une fois encore c’est un uruguayen qui a œuvré pour l’histoire du football.

« J’étais une vrai merveille mais seulement la nuit quand je dormais. »

Eduardo Galeano

Pendant des années, les colonnes d’El Gráfico ont mis en lumière bon nombre d’auteurs écrivant sur le ballon rond, mais aucun d’entre eux n’écrivait mieux le football qu’Eduardo Galeano. Si cet auteur est principalement connu pour son œuvre Les Veines ouvertes d’Amériques latines vendu à plus d’un million d’exemplaires, il était aussi un grand amoureux du football : « Comme tous les uruguayens j’ai voulu être footballeur, je jouait très bien, j’étais une vrai merveille mais seulement la nuit quand je dormais. » écrivait-il dans Le Football, ombre et lumière, une œuvre où il décrit ce sport comme une grande messe païenne pouvant déchaîner tant de passions universelles. Eduardo Galeano, décédé en 2015, laisse derrière lui des écrits sur l’Histoire de l’Amérique du sud, son football et bien d’autres œuvres qui sont aujourd’hui des références en terme de littérature sud-américaine.

Des guerriers Charrua

Dans l’histoire de l’Uruguay, les Charrua ont un rôle très important. Ce peuple amérindien, exterminé lors des révolutions d’Amériques latines représente l’identité du pays et particulièrement de la sélection uruguayenne de football. Cet esprit de sacrifice, de persévérance et de combat mènera les joueurs vers bien des trophées comme la toute première coupe du monde ou celle de 1950 avec le fameux Maracanazo. Pourtant très peu de joueurs ont des origines amérindiennes car c’est principalement l’immigration européenne qui compose la population de ce pays. Le seul joueur actuel ayant des origines amérindiennes est Edinson Cavani. En effet le goleador du PSG est habité par cet esprit Charrua qui le pousse à tout donner pour le maillot qu’il a sur le dos. Passionné de chasse et de pêche, il a aujourd’hui pour projet de racheter les terres de ses ancêtres confisqué par les conquistadors. C’est en quelque sorte le Salvador moderne d’Uruguay.

 

Edinson_Cavani_Uruguay

 

Mais avant lui de nombreux hommes ont brillé sous le maillot de la Céleste ou en club. On peut citer Obdulio Varela alias « El negro jefe » capitaine de la sélection nationale lors du Maracanazo ou encore Abdón Porte, grand joueur du Nacional (un des deux grand clubs en Uruguay) qui se tira une balle dans le cœur lorsqu’il comprit qu’il avait perdu sa place de titulaire. Enfin, plus récemment Diego Lugano fut l’un des grands capitaines de la sélection, c’est lui qui a tout appris aux grands joueurs actuels comme Suarez, Cavani,  ou Godin.

Bien-sûr si cette équipe brille depuis maintenant une dizaine d’année, ce n’est pas uniquement grâce à ses joueurs mais plutôt à un homme qui a relancé la Céleste alors qu’elle était au plus bas. Arrivé en 2006 Oscar Tabárez met en place « el proceso » pour encadrer les jeunes et créer un groupe soudé. Il met un point d’ordre sur le contexte social, culturel et historique de son pays pour que ses jeunes footballeurs comprennent les valeurs de l’Uruguay. Aujourd’hui, à 71 ans, le Maestro est atteint d’une maladie neurologique et va laisser derrière lui un héritage tellement immense qu’on peut déjà affirmer qu’il y aura un avant, et un après Tabárez.

La phase cachée de l’iceberg

Cependant, tout n’est pas si rose à Montevideo. En effet la capitale uruguayenne a aussi abrité le doyen des agents de joueurs : le “maléfique” Juan Figer, grand inventeur de la tiers propriété (TPO), c’est-à-dire lorsqu’un agent ou une entreprise possède les droits d’un joueurs. A 85 ans, celui que l’on surnomme « le champion d’échecs » a géré les transferts des plus grands joueurs de la planète comme Pelé, Neymar ou encore Maradona d’une manière plus ou moins légale. On pourrait aussi parler de Paco Cassal, alias « Paco Mafia » qui contrôle une majeur partie du football sud-américain. Cet uruguayen d’origine espagnole possède absolument tout : les joueurs, les droits TV, les droits de presse et bien d’autres choses encore lui permettant d’arriver à ses fins. Ces deux businessmen sont des gangsters modernes naviguant chaque jour aux limites de la déontologie.

L’Uruguay est définitivement un pays de football. Malgré sa petite population, ce pays a vu de nombreux hommes briller dans le monde du ballon rond, que ça soit sur le terrain, en tribune ou en loge pour gérer des affaires litigieuses. Comme disait Eduardo Galeano : « Un homme peu changer de femme, de parti politique ou de religion mais il ne change pas de club de football ». Ce sport est ancré dans le mode de vie des uruguayens et le restera pendant encore de nombreuses années.

 

Crédit Image

  • Eduardo Galeano en La Calle Los Apamates de Sabana Grande, par QuinteroP le 7.12.2017, creative commons

  • Uruguay and Costa Rica match at the FIFA World Cup 2014-06-14, par Danilo Borges le 15.06.2014, creative commons

Auteur : Barnabe Devaux

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