Unaï le clivant

16
décembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

emery

Alors que le Paris Saint-Germain vient de traverser sa première (toute) petite crise de résultats de la saison, ces deux défaites consécutives ont permis de remettre en lumière à la fois les vautours attendant le moindre faux pas d’Emery et ses joueurs pour les critiquer, n’ayant pas le courage de le faire quand les résultats sont bons, mais aussi les Emerystes qui, dans la lignée des Bielsistes, défendront bec et ongles le coach basque, créant un clivage et un manichéisme pitoyable entre les deux courants de pensée. Et si l’on essayait de mettre un peu de perspective sur le sujet Unai Emery et le PSG ?

Aborder le traitement médiatique et les critiques (positives et négatives) sur Unai Emery, c’est avant tout parler des critiques sur un coach étranger. Comme Bielsa ou Oscar Garcia récemment, Unai Emery entend les mêmes réserves et les mêmes louanges venant des mêmes journalistes ou consultants. Dans sa vision manichéenne tant chérie, la presse française a créé deux courants de pensée qui s’affrontent à chaque nomination à la tête d’une équipe de ligue 1, les “pros étrangers” et les “pros français”. Ce mode de fonctionnement s’est amplifié d’année en année, à mesure que le nombre de coachs étrangers en France augmentait, ce qui n’a pour conséquence que l’affaiblissement de la qualité des analyses, les deux visions défendant leur cause sans mise en perspective. Le cas d’Emery est l’exemple parfait de cette guéguerre puérile puisqu’il a eu le tort de succéder à Laurent Blanc, coach français remercié après sa meilleure saison à Paris. Si Emery n’a rien à voir avec l’éviction de Blanc, il paye cependant le fait de remplacer (à l’époque) le seul coach français à la tête d’un grand club européen et l’un des rares ayant une vraie philosophie de jeu, bien loin du sacro-saint pragmatisme, présent jusqu’au plus haut sommet du football français.

 

A qui la faute ?

 

Si Emery n’est évidemment pas coupable du limogeage de Blanc, il subit, depuis, la comparaison avec son prédécesseur. Depuis son intronisation sur le banc du Paris SG, Unai paye finalement l’erreur de ses dirigeants de remplacer un coach ayant d’excellents résultats et ayant créé l’identité de jeu encore mise en place aujourd’hui. Sans rien enlever à la qualité d’entraîneur de l’espagnol, force est de constater que son bilan à la tête du PSG n’a pas de quoi faire rougir grand monde. Mais à qui la faute ? À Unai, pour ne pas avoir su faire encore mieux que Laurent Blanc ou aux dirigeants pour leur impatience et le profil d’entraîneur choisi ? Que les Qataris aient été vexés de perdre un quart de Champions face à un Man City quelconque et propriété du rival Emirati est une chose, mais souhaiter, dès lors, tout bouleverser au sein du club et changer du tout au tout une politique sportive jusqu’ici cohérente en est une autre. Échaudés par la passivité montrée par les parisiens et leur entraîneur contre Manchester, Nasser et le Cheikh Al-Thani ont décidés de changer complètement de braquet en faisant d’Unai Emery l’homme du renouveau. Un coach triple vainqueur de l’Europa League, réputé gros travailleur, fin tacticien et adepte de la “verticalité” pour contrecarrer le PSG ronronnant de Laurent Blanc. Mais un tel bouleversement était-il nécessaire ? Vouloir apporter une amélioration aux résultats et au jeu de l’équipe ne peut être qu’une bonne chose, mais un coach au management plus proche de celui de son prédécesseur pour rester dans la continuité du travail fait auparavant aurait permis au club de gagner du temps. Au sein d’un effectif composer de joueurs aimant avoir le ballon dans les pieds, avoir la possession et maîtriser le match au milieu du terrain, à l’image du duo Motta-Verratti, véritable ADN du PSG made in Blanc, que viendrait faire un coach adepte de la verticalité ? Comment demander à Motta de jouer vite vers l’avant alors qu’à 34 ans il ne l’a encore jamais fait, lui le milieu formé à la Masia ? L’incompréhension entre les joueurs et Emery durant les premiers mois est on ne peut plus compréhensible, sa nomination à la tête du Paris Saint-Germain beaucoup moins.

Moi-même très critique envers Emery (réclamant même son départ en fin de saison dernière), ce n’est pas les qualités d’entraîneur que je remets en cause mais l’association PSG-Emery qui ne fonctionnera pas, à mon sens. L’entraîneur basque n’est pas un mauvais entraîneur comme on pourrait le croire en écoutant ses détracteurs. Il n’est juste pas le profil d’entraîneur susceptible de réussir au PSG. Le projet du Paris Saint-Germain est de gagner la Ligue des Champions, et le plus vite possible. Pour cela, il faut un entraîneur avec l’expérience nécessaire pour la remporter, une expérience qu’Emery ne possède pas encore (tout comme Laurent Blanc par ailleurs). Gérer un club et des stars de la dimension du PSG est une autre nouveauté dans la carrière d’Emery, qui fait à Paris un apprentissage accéléré de la gestion d’egos, bien loin du dogmatisme dont il a fait preuve jusqu’ici. Paris n’est pas Séville ou Valence et une étape supplémentaire au sein d’un club comme la Roma ou Chelsea aurait permis à Unai d’avoir des résultats plus rapidement à Paris. Du côté parisien, sa nomination était très surprenante et dangereuse puisque le club souhaite donc gagner la Champions League avec des joueurs (pour la plupart) et un entraîneur ne l’ayant jamais gagnée.

 

Une erreur de casting ?

 

Résultats des courses, le PSG made in Emery semble encore en rodage, un an et demi après son arrivée. Le PSG a perdu le titre de champion et a marqué l’histoire avec cette tristement célèbre remontada. Si les supposées incompréhensions lors des premiers mois semblent s’atténuer (comme le laissent supposer les récents propos de Verratti), la qualité de jeu n’en reste pas moins très inconstante, bien loin de la suprématie en place sous Blanc. Emery a bien apporté sa touche (qui ne passe pas uniquement par un 4-2-3-1 comme on voudrait nous le faire croire) avec un jeu allant bien plus vite vers l’avant, mais, encore une fois, est-ce une bonne chose au vu des qualités de l’effectif, notamment au milieu ? Le trio Rabiot-Verratti-Draxler qui s’est imposé est on ne peut plus offensif, les trois joueurs préférant avoir le ballon et attaquer, que défendre. Alors à quoi bon se projeter rapidement ? Plus le ballon va vite vers l’avant, plus vite il revient et l’équipe sera amenée à défendre. Les joueurs parisiens n’aimant pas cela, pourquoi ne pas adopter davantage un jeu de position et de possession pour que les joueurs défendent le moins possible ? Excellent cette saison au niveau des résultats, le PSG d’Unai Emery n’est pour autant pas assez souverain dans le jeu, à l’image de la victoire 3-0 face au Bayern. Bien loin du tout bon ou tout mauvais, le bilan d’Emery à Paris jusqu’à aujourd’hui est bien plus complexe à analyser que ne le laisse penser les débats (toujours très éloignés du jeu) incessants dans les médias.

Auteur : Dylan Houeix

Rédacteur Au Premier Poteau pour servir Edinson Cavani.

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