Trejo, la saison du meilleur Oscar ?

09
août
2015

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Catégorie : Ligue 1

Focus sur le 10 toulousain. Enfin prêt à tout casser?

Le footballeur est un acteur. Parfois bon, parfois moins. Et quelques fois brillant. Les souvenirs de stade des spectateurs sont faits de buts, d’émotions, d’actions rêvées et d’éclairs de génie. Depuis 2 ans le fantôme de l’idole toulousaine de la fin des eighties, Beto Marcico, est de retour dans l’enceinte du Stadium municipal de Toulouse. Son nom : Oscar « Chocota » Trejo. Leurs points communs : argentins, meneurs de jeu, formés à Boca Junior et un sens du jeu peu commun que les supporters du TFC peuvent admirer dans le « petit Wembley ». Un toucher de balle soyeux, des crochets voluptueux et un « toque » qui n’est pas sans rappeler celui de Riquelme ou Pastore, et qui s’accompagne donc des mêmes critiques dans un football moderne obsédé par les chiffres et l’efficacité. A 27  ans, pour sa troisième saison au TFC, le milieu argentin n’a toujours pas convaincu et se retrouve à un tournant de sa carrière. Entre ombre et lumière. L’artiste argentin va t-il enfin occuper le devant de la scène en prenant définitivement les rênes du jeu toulousain ? Ou va-t-il s’effacer lentement tel un vulgaire figurant de second rang laissant ainsi le spectre de Beto hanter le stadium pour quelques années encore ? Pour cette reprise de la saison de ligue 1, focus sur le joueur toulousain à suivre.

Un parcours européen compliqué

Son parcours est celui de milliers de footballeurs argentins contraints à l’exil, l’Argentine étant un des trois pays qui exportent le plus de footballeurs dans le monde. A peine formés, déjà envoyés vers le vieux continent. Après la crise financière du début des années 2000 qui a laissé un pays en ruine, en Argentine la priorité n’est plus au nivellement vers le haut du championnat. Les clubs ont besoin de renflouer leurs caisses et la filière exportatrice bat son plein. A 18 ans Trejo quitte donc Boca Juniors et Buenos Aires pour l’Europe : direction l’Espagne, qui elle ne connaît pas encore la crise… Mais l’eldorado européen sera moins idyllique que prévu. Entre plusieurs changements de clubs (Mallorca, Elche, Rayo Vallecano et Sporting de Gijón), des allers-retours entre Liga et Liga Adelante (deuxième division) et des soucis financiers avec un agent peu scrupuleux, Chocota découvre les aléas du football (5 clubs en 7 ans). Mais sur le terrain Trejo régale ses publics successifs par des gestes d’une classe folle, des dribbles chaloupés et un jeu souvent à une touche de balle qui met sur orbite ses partenaires. Et quelques buts, rares mais souvent beaux, comme un marque de noblesse. Car nous l’avons dit Chocota est de la race des seigneurs, un esthète qui joue le buste droit et la tête haute.

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Focus sur le 10 toulousain. Enfin prêt à tout casser?

.A Toulouse, la même histoire qu’en Espagne

Le public toulousain a pu voir à l’œuvre Chocota pendant deux saisons et le résultat est plutôt mitigé. Quand ses défenseurs louent son esthétisme, sa vision du jeu, ses crochets courts, tels des cadrages débordements, ses détracteurs critiquent son manque d’impact, de grinta, sa lenteur, ces passes qui semblent faciles et pourtant loupées… Depuis l’été 2013 le meneur argentin aura alterné le bon et le moins bon et n’aura jamais fait preuve de constance dans ses sorties, comme s’il ne maîtrisait pas totalement son rôle. Pourtant dés sa première saison au club, le coach Alain Casanova a toujours défendu son joueur face aux critiques en affirmant qu’il avait un potentiel énorme. Mais dans une équipe au jeu souvent poussif, et à un poste de milieu relayeur, il n’a que trop peu convaincu, glissant peu à peu sur le banc de touche au fil de la saison. Trop souvent spectateur, pas assez acteur du jeu, il a souvent été comme hors champ, sur le terrain comme en dehors. Quand son coéquipier Uros Spajic apprenait le français en moins de 6 mois, Chocota avait encore besoin d’un traducteur en conférence de presse plus d’un an et demi après son arrivée. Comme son compatriote Carlos Tévez qui n’a jamais fait d’efforts pour maîtriser la langue de Shakespeare lorsqu’il jouait en Premier League, sa maîtrise de la langue de Molière fut donc longue et laborieuse. Car le football est un travail comme un autre, mais semé d’inconnues, et les joueurs le savent. Comment expliquer cet investissement relatif ? Le sentiment de n’être que de passage, d’accomplir son travail sur le pré avant d’aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs ? Comme un désir d’être (in)compris ? La possibilité avortée d’un départ vers l’Olympiakos de Michel, un autre esthète des années 80, au mercato d’hiver 2014 le confortera dans son incompréhension de son environnement toulousain.

L’espoir de la fin de saison dernière

La deuxième saison fut identique à la première jusqu’au mois de mars 2015, lorsque face à la situation désespérée d’un TFC presque condamné à la Ligue 2, Alain Casanova céda son poste à Dominique Arribagé. Replacé en meneur de jeu axial dans un 4-4-2 en losange, derrière le duo d’attaquants Ben Yedder-Braithwaite, Trejo a immédiatement aimanté le jeu de l’équipe pour mieux l’éclairer. Au cinéma l’angle de prise de vue détermine le champ visuel, ce qui sera à l’intérieur du cadre. Et dans la mise en place d’Arribagé, Chocota est au centre de ce champ, à sa meilleure place. Sur les derniers mois de la saison il a ainsi grandement contribué au maintien inespéré du TFC en Ligue 1, maîtrisant parfaitement son rôle et faisant étalage de toute sa palette technique à chaque match.

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Focus sur le 10 toulousain. Enfin prêt à tout casser?

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Depuis la reprise et les matchs amicaux d’avant-saison la tendance se confirme : Trejo est l’homme en forme du TFC. De la banlieue toulousaine (premier match amical à L’Union) à l’Allemagne (dernier match contre Augsbourg), en passant par le pays Basque français et espagnol (contre la Real Sociedad et Alavés), Chocota a pu faire étalage de son talent et de son influence nouvelle sur le jeu toulousain. Il semble enfin à son aise dans son rôle de meneur de jeu dans le dispositif d’Arribagé et a sans doute pris conscience qu’il était à un moment clé de sa carrière, à 2 ans de la fin de son contrat. Deux possibilités s’offrent maintenant à lui. Prendre la lumière et montrer aux spectateurs de Ligue 1 l’artiste qu’il est réellement. Où alors disparaître lentement de la scène footballistique de notre championnat sans laisser une trace de son passage. On lui souhaite donc de chasser le fantôme de Marcico du Stadium. Il peut s’inspirer d’un film à succès des années 80 : SOS Fantômes. Car le public du stadium aimerait bien connaître de nouveaux fantômes argentins… En 2016, la sortie de SOS Fantômes 3 est prévue… Un signe ?

Auteur : Benjamin Laguerre

Toulousain en exil. Chroniqueur littéraire des livres sur le football.

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