Supporters Nîmois: la victoire du dialogue?

07
janvier
2018

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Catégorie : Coupes Nationales / Dossiers supporters

ultras-nimes

Cet après-midi, 900 nîmois devraient garnir la tribune visiteurs du stade Geoffroy-Guichard à l’occasion des 32èmes de finale de la coupe de France. Pourtant dans un premier temps, le préfet de la Loire avait limité à 500 le nombre de supporters des crocos pouvant rallier le Forez. Fait rarissime dans le monde des tribunes, l’abrogation de cet arrêté constitue une première victoire pour les défenseurs des libertés des supporters.

Le refus de se soumettre à un énième arrêté préfectoral liberticide

Un rapide rappel des faits s’impose dans un premier temps, afin de souligner, une nouvelle fois, l’absurdité de l’arrêté initial. Ce dernier fixe une limite maximale de 500 supporters nîmois autorisés en parcage visiteurs. Le match est pourtant très attendu du côté des gardois, auteurs d’une très bonne première partie de saison (deuxièmes avec 37 points et un match en retard), et revêt un parfum de Ligue 1 que les supporters espèrent retrouver l’an prochain. 17 bus sont ainsi rapidement remplis, soit environ 900 personnes. Dans ce contexte, l’arrêté préfectoral suscite la colère des supporters nîmois, mais également des ultras stéphanois, dont les Magic Fans qui affirment leur « soutien plein et entier aux supporters nîmois souhaitant venir à Saint-Etienne ».

La décision du préfet de la Loire, pour qui ces arrêtés sont une « tradition » comme le rappelle l’Association Nationale des Supporters (ANS), surprend tout autant que les raisons avancées sont fallacieuses. Rappelons à ce titre qu’il n’existe aucune rivalité sportive entre les deux clubs et les supporters de chaque camp, même si certains stéphanois plus âgés ont encore entre la gorge une opposition un peu trop virile à leur goût entre les Verts et les Crocos quelques jours seulement avant la finale de Glasgow. L’arrêté ne met en cause que les supporters stéphanois : saccage du buffet de mariage d’un supporter lyonnais en 2015, cinq stéphanois (parmi des « milliers » comme le précise le document) arrêtés en marge d’un déplacement à Rome avec des boules de pétanque dans une voiture, ou encore des fumigènes allumés à Dijon en septembre dernier. Aucune des motivations de la décision ne concerne de près ou de loin les supporters nîmois, dont les conséquences les affectent pourtant directement.

L’ANS pointe par ailleurs les nombreux biais de cet arrêté : dévoiement de la finalité des arrêtés par le préfet de la Loire, absence de dialogue avec les clubs et les supporters, nombre de supporters choisi arbitrairement (comment trancher parmi ceux ayant déjà pris leur billet ?), quelle gestion des supporters (notamment les familles) décidant de faire valoir leur bon droit en se présentant munis d’un billet hors parcage visiteurs ? Une nouvelle fois, la décision prise par les représentants de l’Etat semble en décalage total avec la réalité des choses.

Ces arrêtés sont malheureusement de plus en plus banals en France, et s’enchaînent semaine après semaine à un rythme de plus en plus soutenu, sans que rien ne semble pouvoir enrayer la dynamique. Pourtant, les Gladiators Nîmes 1991 ont rapidement réagi en annonçant leur refus, et celui de deux autres groupes de supporters, de « se soumettre à cette restriction de déplacement jusqu’à nouvel ordre », chose rare dans le foot hexagonal. Le groupe se défend de toute provocation, et défende leur position comme « une incitation à mettre les pouvoirs publics face à leurs responsabilités ». Les supporters continuent alors de s’inscrire pour le déplacement, et la barre des 1 000 personnes est franchie à la fin du mois de décembre. Les nîmois viendront à Saint-Etienne, coûte que coûte !

Une victoire en demi-teinte et une perspective pour l’instauration de SLO?

Le 2 janvier en fin de journée, le préfet de la Loire publie un communiqué de presse annonçant de nouvelles conditions de déplacement des supporters nîmois à Saint-Etienne : ils sont désormais 900 à pouvoir se rendre à Geoffroy-Guichard, dans le parcage, munis d’une contremarque. Cette avancée est le fruit d’une réunion préparatoire ayant eu lieu le jour même entre le préfet, les forces de sécurité, et les représentants des deux clubs. Et si 2018 était l’année du changement pour le préfet de la Loire… ?

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Derrière ce doux rêve se cache toutefois une petite victoire pour les supporters de clubs français. Petite seulement, car il est important de garder à l’esprit ce que la norme devrait être : une liberté de déplacement totale pour quiconque souhaitant assister à un match de football, ou à défaut, une réunion partenariale comme celle du 2 janvier, programmée après le tirage, et avant un premier arrêté vide de sens… Petite également car ce nouvel arrêté pénalise les nîmois souhaitant se rendre par leurs propres moyens à Saint-Etienne. Néanmoins, et même si officiellement la préfecture justifie son rétropédalage par les engagements pris par le Nîmes Olympique plus que par la pression exercée par les supporters, il demeure difficile de croire que pareille décision aurait été prise si ces derniers s’étaient résignés après la publication du premier arrêté. En refusant la première décision du préfet, les supporters ont su imposer un dialogue avec les autorités locales et les clubs qui fait cruellement défaut aujourd’hui.

Cet épisode ouvre-t-il dès lors de nouvelles perspectives pour la lutte pour le respect des libertés des supporters de football ? Dans un sens oui, car cet exemple de désobéissance civile a contraint l’Etat à faire face à ses responsabilités, et à devenir partie prenante du bon déroulé du déplacement, plutôt que le restreindre. Il constitue en outre un exemple solide des bienfaits du dialogue, et de la capacité de chacun à prendre en compte les impératifs des autres, comme par exemple le soutien affiché à ses fans par le Nîmes Olympique (soutien souvent prôné par les clubs, mais peu suivis d’actions concrètes, alors que le dialogue club/supporters est pourtant primordial). Il a enfin, le temps de quelques jours, rééquilibré le rapport de force entre supporters et pouvoirs publics. Si cet exemple ne saurait toutefois occulter les failles béantes de la gestion des supporters par les autorités, il nous apprend que quand clubs et supporters parviennent à faire front commun, il devient difficile pour des préfets de tenir leurs positions liberticides. Ainsi, pour les mois avenirs qui nous réservent malheureusement d’autres arrêtés privant des centaines de supporters de leur droit inaliénable de circulation, souhaitons que clubs et groupes de supporters sachent s’inspirer du cas Nîmois, afin de démontrer aux pouvoirs publics que le dialogue permanent et intelligent est bel et bien la seule et unique réponse à cette épineuse question. Outre-Rhin, les clubs sont désormais obligés d’embaucher 3 Supporter Liaison Officiers (SLO) jouant le rôle d’intermédiaire entre le club et les supporters, les Nîmois ont peut-être, sans le savoir, posé la première pierre du débat qui amènera à envisager l’introduction de SLO en France, sujet peu pris en considération à l’heure actuelle.

Crédit photo : canal32.fr

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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