Supporter par procuration

30
mars
2020

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Catégorie : Editos

jeune garçon avec un ballon sur une plage

Les temps changent. La façon de supporter aussi. Loin de moi l’idée de faire l’ancien combattant, mais il faut tout de même se rendre à l’évidence, la façon de vivre le football aujourd’hui n’est pas la même qu’il y a quarante ans. Je me souviens de cet engouement autour de l’As Saint Étienne dans les années 70, où dans ma petite cité HLM des Sablons au Mans, chaque gamin descendait avec son maillot vert. Peu importe qu’il soit officiel ou non, le « merchandising » n’était pas encore dans l’air du temps, un simple maillot de couleur verte était largement suffisant pour faire illusion. La France entière vibrait aux exploits de ces petits hommes verts qui retournaient les pires situations devant des clubs légendaires. Rarement une équipe ne symbolisait autant l’espoir de victoire justifiant la couleur de son maillot.

Mais en cas d’élimination on pouvait soutenir le FC Nantes ou le SC Bastia. Aujourd’hui, je suis resté un supporter des verts bien qu’habitant à une quarantaine de kilomètres de Nantes, mais lorsque mon équipe joue l’Europe c’est dans l’indifférence totale du côté de la Loire Atlantique. Les gens sont supporters de l’équipe locale et basta. Il n’y a plus la solidarité, d’union sacrée autour des clubs français, même l’indice UEFA n’est pas source de motivation. Et il faut bien le reconnaître j’ai changé également, car une qualification européenne du FC Nantes me laisserait tout aussi impassible.

L’avènement d’Internet, amenant une foultitude d’émissions style « talk show » et l’omniprésence des matchs de football à la télévision ont amenés l’amoureux de ce sport à devenir un simple consommateur, se gavant de ballon rond jusqu’à l’indigestion. Il est exigeant quant au spectacle proposé, il préférera sans doute un grand classique étranger à une éventuelle purge franco française. Mais toutefois il peut regarder le match d’une équipe qu’il exècre dans l’espoir d’y trouver  une once de réjouissance dans le malheur du club qu’il aime détester. Il appartient à la plus grande équipe du monde, le FC Procuration. Il est anti (presque) tout, il n’aime pas Lyon, il vomit Paris ou Marseille suivant de quel bord il est. Il sévit principalement sur les réseaux sociaux.  

En octobre. 2019, le derby gagné par Sainté 1-0 en toute fin de match face à l’ennemi héréditaire, à proposé des envolées lyriques étonnantes. Aujourd’hui la haine de l’autre se décline via Twitter, Instagram ou Facebook de préférence sous forme de « chambrage » ou autres blagues plus ou moins douteuses. Nombreux sont les Marseillais qui se sont réjouis de la défaite des Gones en célébrant le but de Robert Beric comme s’il était un des leurs et qu’il venait de marquer pour l’OM. Et ceci en oubliant l’espace de 90 minutes qu’ils détestent habituellement les verts. La notoriété controversée de Jean Michel Aulas n’y est pas pour rien. On connaît l’antagonisme qu’il y a entre les deux « Olympiques ». En faisant une sortie médiatique hasardeuse sur l’arrivée de Claude Puel, son ancien entraîneur, sur le banc de Saint Etienne, le tout sur un ton condescendant n’arrange pas son cas, je cite : « (Remplacer l’entraîneur) est effectivement à la mode, on va dire, tout à fait révolutionnaire, un changement complet d’attitude. J’espère qu’ils ne l’ont pas fait seulement pour nous battre, parce qu’ils vont être déçus ». Soit dit en passant, tout ça pour céder aux mêmes sirènes deux jours après la défaite chez le voisin en virant son technicien Sylvinho… Audiard aurait dit qu’« il faut reconnaître que cet homme est un gabarit exceptionnel et que si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ». 

Nous vivons une époque étonnante où l’individualisme est de mise, malgré l’omniprésence des réseaux sociaux qui sont censés nous rassembler. Et la défaite de l’autre peu procurer une satisfaction jubilatoire comme un plaisir inavouable qui adoucit parfois la défaite de sa propre équipe. Le revers est plus doux si l’ennemi perd aussi.

Définitivement, le FC Procuration n’a pas finit  de créer des émules, il est le club le plus titré et a encore de beaux jours devant lui.

 

Crédit photo : Vanessa Bumbeers

Auteur : Remuald Gaudès

Je me tiens « Au Premier Poteau » pour écrire mon amour des stades, des joueurs, des supporters et tous ceux qui servent le foot populaire.

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