Souvenirs de Mondial : un été 98 à Geoffroy-Guichard

05
mai
2018

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

stade-geoffroy-guichard

C’est avec la coupe du monde 1998 qu’est née l’expression « être un footix », désignant des personnes ayant commencé à s’intéresser au football qu’à l’occasion du mondial plus par opportunisme que par réel amour du ballon rond. Pourtant, peut-on reprocher à quiconque ayant fêté ses 8 ans cette année là d’avoir réellement découvert le football à cette occasion ? Mon père avait pu se procurer des pass pour voir l’intégralité des matchs de la Coupe du Monde à Saint-Etienne, et c’est pendant ce mois de juin 1998 que j’ai découvert l’immense plaisir d’assister à des rencontres au stade, tout en m’ouvrant sur le monde.

 

Comme bien souvent, le football est une histoire de famille : mon grand-père avait chez lui deux cassettes que j’ai souvent regardé, une sur Platini et une sur l’épopée des Verts, tandis que mon père (qui était plutôt supporter nantais dans sa jeunesse), m’a raconté à plusieurs reprises leurs pérégrinations pour aller voir des matchs à Nantes ou au Parc des Princes depuis le centre de la France où ils habitaient. Ayant moi même grandi entre Lyon et Saint-Étienne j’aurais pu mal tourner, mais fort heureusement j’ai rapidement été guidé vers le bon endroit.

Mon premier match dans un stade remonte au mois de Novembre 1997, cadeau d’anniversaire de mes 7 ans, pour un amical France-Écosse à Geoffroy-Guichard. Quand quelques mois plus tard mon père a en sa possession des pass pour aller assister à tous les matchs de la Coupe du Monde dans le Chaudron, c’est tout naturellement (j’imagine) qu’il y voit une occasion en or de parfaire mon éducation footballistique.

6 matchs se tiendront dans le Forez : Yougoslavie-Iran, Chili-Autriche, Espagne-Paraguay, Écosse-Maroc, Pays Bas-Mexique, et un huitième de finale qui restera comme un des moments forts de la compétition, le fameux Argentine-Angleterre… auquel je n’ai malheureusement pas assisté, la faute aux hooligans anglais particulièrement « en forme » cet été là, qui ont sagement poussé mon père à ne pas prendre de risque. Tout comme Espagne-Paraguay, qui a accouché d’un triste 0-0, pour lequel ce sont mon oncle et mon cousin qui ont pu profiter des places.

L’intérêt des 4 matchs que j’ai pu voir ne tient pas réellement dans le contenu des rencontres, dont j’ai peu de souvenirs. En revanche, je me rappelle très bien de tout ce qui entourait chacune de ces rencontres : en tribunes, à proximité du stade… Cette atmosphère je ne l’ai retrouvé qu’en 2016 dans les rues de Paris où défilaient Autrichiens, Islandais, Portugais et européens de tous bords les jours de matchs au Parc des Princes ou à Saint-Denis.

En tant que Français il m’est pourtant difficile, baignant dans cette ambiance, de ne pas prendre partie et de rester simplement un spectateur neutre. La première étape pour chacun de ces matchs était donc de choisir son camp : j’ai ainsi été Yougoslave (dans la tribune des supporters iraniens.. !), Chilien, Marocain puis Mexicain en l’espace de 10 jours. Avec à chaque fois le même rituel : le maquillage du drapeau sur les joues (par la même maquilleuse qui étaient devant la tribune Charles Paret), et l’achat de l’écharpe de l’heureux élu. C’est à cette époque que j’ai commencé à collectionner les écharpes : des 4 de 98, je suis passé à presque 50 vingt ans plus tard, quasiment toutes achetées/offertes dans la ville du club.

Je n’ai aucune idée des modalités qui me poussaient à choisir tel ou tel pays, mais ce n’était pas seulement un affichage : lorsque malgré leur victoire 3-0 contre l’Écosse les Marocains sont éliminés de la compétition la faute à un but litigieux inscrit par les norvégiens dans le même temps contre le Brésil, j’étais au bord des larmes avec eux. De longs mois après, je chantais dans la cour de l’école les chants que j’avais appris au stade : des « CHI-LE, CHI-CHI, LE-LE, VIVA CHI-LE » ont ainsi résonné dans une école élémentaire d’un petit village du Sud de la Loire…

Il me semble qu’il ne faut pas minimiser l’ouverture sur le monde que peut constituer ce genre d’expérience, bien évidemment conditionnée en partie par le milieu social des parents. Mais même si cela ne durait que 90 minutes, rencontrer (ou fréquenter) des yougoslaves, des iraniens ou des mexicains lorsque l’on a 8 ans et que l’on habite loin des grandes villes, et de voir que nous vivons les choses de la même manière n’est pas anodin dans la construction de notre personnalité et de notre identité.

Il a beaucoup été question lors de cette Coupe du Monde du fameux « blacks-blancs-beurs » de l’équipe de France, qui a été débattu et remis en question des dizaines de fois, mais qu’importe la véracité de cette expression, il serait dommage d’occulter que pendant cet été 1998 nous avons été un pays uni, comme rarement nous l’avons été depuis, à l’exception malheureuse des lourds moments de deuil. On pourrait croire qu’à 8 ans, ces considérations d’ouverture sur le monde et d’unité nationale nous dépassent complètement. En réalité, la candeur de l’enfance ne fait que valoriser ces moments qui n’en restent que davantage inscrits dans votre mémoire, et au fil du temps ces images deviennent un idéal de vie comme seule la beauté du football permet de construire.

Auteur : Raphaël G.

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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