Souvenirs de Mondial : Tunisie / Espagne 2006

21
avril
2018

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

Tunisie-Espagne-2006

Depuis sa création en 1928 et sa première apparition en 1930, les différentes éditions de la Coupe du Monde nous ont offert des matchs à couper le souffle. Les exemples sont nombreux. Ces dernières années, beaucoup de nations africaines nous ont donné des frissons. Davantage dans la peau de David que de Goliath, ces dernières nous ont fait croire que l’exploit est possible … au moins le temps d’un match, d’un moment, d’un instant. Focus sur un match qui m’a profondément marqué : Tunisie/Espagne 2006. Une rencontre où tous les amoureux du ballon rond sont passés par toutes les émotions. Une rencontre qui a changé à jamais mon rapport avec le football.

Rendez-vous vers le futur. En 2006, l’Allemagne organise la 18ème édition de la Coupe du monde. J’avais douze ans et des rêves pleins la tête. A ce moment précis, mon esprit était déjà tourné vers le football. Mon cœur de supporter ayant déjà été énormément sollicité : le deuxième titre consécutif de champion d’Angleterre de Chelsea, la dernière de Zidane face à Villarreal, les prestations époustouflantes du génie Ronaldinho en Ligue des Champions … Bref, 2006 promettait déjà mais je n’étais pas au bout de mes peines. Merci la France et la Tunisie.

7ème minute : l’irréel se produit

Outre le parcours génialissime de l’équipe de France jusqu’en finale, mon cœur était suffisamment gros pour suivre également les prestations de mon autre équipe de cœur : la Tunisie. Recontextualisons. Deux ans auparavant, les Aigles de Carthages nous emmenaient au septième ciel en remportant leur Coupe d’Afrique des Nations face au Maroc (2-1). Une génération dorée. Bouazizi le capitaine était surnommé par beaucoup le “Gattuso tunisien”, Radhi Jaidi était un roc en défense, Dos Santos émerveillait le championnat de France, la qualité de centre de José Clayton, la finition de Zied Jaziri et j’en passe … Tous ces joueurs s’exportaient bien à l’étranger notamment en Angleterre et en Allemagne. Maillot d’Hatem Trabelsi sur les épaules, je me souviens languir avec impatience le début du match avec mon père me transmettant le virus de la sélection rouge et blanche. “La Tunisie est une vraie terre de foot. Dans tous les cafés, on respire, on mange, on vit foot. Je sens qu’on peut faire quelque chose ce soir !” me disait-il malgré un match nul surprenant arraché dans les dernières secondes contre l’Arabie Saoudite (2-2). Coincidence ou prémonition ? Peu importe, la Tunisie est en progression et est capable de faire quelque chose dans un groupe H composée de l’Arabie Saoudite, de l’Ukraine et de l’Espagne. La terrible Roja de Casillas, Raùl, Sergio Ramos, David Villa, Xavi … Une montagne s’oppose à nous. Plus le droit à l’erreur.

21h : le match commence à la Mercedes-Benz Arena de Stuttgart et sept minutes plus tard arrive ce moment inoubliable. Bouazizi lance en profondeur Zied Jaziri, déjà buteur face aux Saoudiens. Issam Chaouali, le Thierry Gilardi tunisien, vit le match comme nous : comme un supporter. Savourez !

Jawhar Mnari, milieu défensif de Nuremberg où il passera cinq années, ouvre le score face à la Roja. Je crie, j’exulte, je pleure de joie ! La Tunisie mange cette équipe de la Roja à l’envie. Les joueurs sont à l’écoute d’un Roger Lemerre transcendé. Ce match est spécial. Les acteurs ne sont pas eux-mêmes et les débats sont âprement disputés. Je sens que ce but est apprécié par le monde du football, pas seulement les tunisiens. L’exploit est en marche digne d’un scénario de Coupe de France. Sans doute ce que nous procure la magie du football. Oui, à ce moment-là, nous sommes au paradis … et pourtant il reste 82 minutes à jouer !

 

Dispositio-tactique

Le “Sapin de Noel” de Roger Lemerre destabilise la Roja

(Source : de.wikipedia.org)

 

Du rêve au cauchemar

Voir la Roja bougée de cette manière montre que tout est possible en Coupe du Monde. A l’image du Costa Rica qui sort brillamment d’un soi-disant groupe de la mort avec l’Angleterre, l’Italie et l’Uruguay (7 CDM à eux trois) lors du Mondial 2014. La Tunisie l’a bien compris et organise un pressing intense où les espagnols ne se créent pas beaucoup d’occasions. A la mi-temps, la Tunisie réalise pour le moment l’impensable : mener face à l’un des favoris à la victoire finale. Les Psy 4 de la Rime l’interprétait à merveille en 2014 : Juste le temps d’un instant, prendre la vie autrement, se dire qu’il acceptera nos prières, voir que demain sera mieux qu’hier”. Le côté irréel du foot permet ce genre de performance surhumaine. Malheureusement, la science tactique de Luis Aragones aura raison des Aigles de Carthage. Raùl égalise à la 71ème minute. Tout est à refaire. Mais on voit des joueurs tunisiens cuits, ayant tout donné dans la bataille. Logiquement, les joueurs lâchent du lest et Fernando Torres – entré en jeu – double la mise cinq minutes plus tard. Ascenseur émotionnel. Moi et mon père sommes abasourdis. On est passé du rêve au cauchemar.

Torres crucifiera la Tunisie avec un penalty dans le temps additionnel. Une défaite cruelle où le favori respecte la hiérarchie même si les supporters tunisiens espéraient le contraire. L’élimination de l’Espagne par la France  en huitièmes de finale ne sera qu’une maigre consolation. Ce match m’a fait apprendre plusieurs enseignements. L’expérience joue, l’envie aussi. Tout peut arriver dans un sens comme dans l’autre. Malgré cette désillusion, ce match deviendra paradoxalement une référence pour la Tunisie prouvant que tout est possible, surtout en Coupe du Monde ! C’est ce que les joueurs actuels des Aigles de Carthage doivent reproduire en juin prochain dans un groupe similaire à celui d’il y a douze ans (Belgique, Angleterre et Panama). Parmi les points forts des joueurs de Nabil Maaloul, une qualité technique plus importante qu’en 2006 symbolisée par Naim Sliti, Elyess Skhiri et le capitaine Wahbi Khazri. Le joyau Youssef Msekni ne disputera pas le mondial à cause d’une grave blessure au genou. Les arrivées récentes du gardien Mouez Hassen (Nice en prêt à Châteauroux) et de Dylan Bronn (La Gantoise) en arrière-garde stabilisent une défense de plus en plus imperméable. La Tunisie aura des atouts pour jouer les troubles-fêtes et ainsi sortir de la phase de groupe. Ce qu’ils n’ont jamais réussi à ce jour.

 

Crédits Photos : webdo.tn

Auteur : Nassim Jabeur

Fan de la modestie et du talent incroyable de Zinedine Zidane, Ngolo Kanté, Riyad Mahrez et Karim Benzema sont les fils spirituels du foot d'aujourd'hui. Un sport toujours aussi magique et passionnant grâce à ces personnes. Au service d'APP et du plaisir de l'écriture.

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