Souvenirs de Mondial : Nigeria – Italie 1994

30
avril
2018

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

Italie-Nigeria-94-Baggio

Les Coupes du Monde racontent la grande histoire du sport roi et leurs matchs de légende ont toujours consolidé mon amour pour le ballon rond. Le grand concert des nations qu’est le mondial, son universalité, sa dramaturgie, a toujours exercé chez moi une douce fascination. Adolescent, les premières Coupes du Monde que j’ai pu suivre comportaient une grande absente : la France, mon pays. J’ai ainsi eu très jeune par la force des choses d’autres idoles que les joueurs de l’hexagone. En 1990 en Italie je n’avais d’yeux que pour l’idole du peuple napolitain Diego Maradona. Celle de 1994 aux États-Unis marquant le crépuscule de la carrière internationale du « Pibe de Oro », une nouvelle idole allait marquer ma mémoire footballistique comme jamais. Cet été là, « Il divin codino » Roberto Baggio allait bercer et sceller mon amour pour la Squadra Azzurra.

À un peu moins de cinquante jours du début du mondial en Russie, et comme tous les quatre ans, je me remémore avec une douce nostalgie certains matchs qui m’ont marqué. Le Nigeria-Italie en Huitièmes de finale du Mondial américain de 1994 en fait partie. Plus que le cinéma ou n’importe quel autre divertissement, le football véhicule un nombre d’émotions incalculables. Le stress, l’angoisse, la douleur, l’excitation, le soulagement, la joie et l’euphorie, on peut tout ressentir en 90 minutes. Ce fut le cas de ce match. L’équipe des Super Eagles offrait cet été là au grand public un des football les plus divertissant du Monde. C’était le Nigeria de Jay-Jay Okocha, Oliseh, Amokachi et Rashidi Yekini. De brillantes individualités qui impressionnaient tous les observateurs par leur vélocité et leur insatiable soif de vaincre. En face, la Squadra Azzurra, moribonde et miraculée du premier tour dirigée par Arrigo Sacchi ne faisait pas le poids. C’est avec tristesse et désarroi que je regardais le Nigeria ouvrir le score par Emmanuel Amunike face à la relative passivité de l’axe défensif Maldini-Costacurta. À un quart d’heure du terme de la rencontre, la tristesse allait se transformer en désespoir suite à l’expulsion de Gianfranco Zola. Je me souviens de la résignation qui nous habitait mon père et moi à ce moment là. De part nos origines italiennes, la réussite de la Squadra Azzurra représentait en ce 5 juillet 1994 notre seul espoir de vibrer. L’inefficacité chronique de l’attaque Massaro-Signori-Donadoni réduisait de plus nos espoirs à néant. Le Nigeria se montrait solide pour conserver son avance et s’ouvrir les portes des quarts de finale, quand à deux petites minutes du terme de la partie, tout le génie et le sang froid de Roberto Baggio allait s’exprimer. De l’autre côté des Alpes, on appelle ça un « Fuoriclasse ». Un joueur capable de faire basculer le cours d’un match d’un coup de patte ou d’une inspiration divine. Lorsqu’il reçoit ce ballon de Mussi venu de la droite, le meneur de jeu transalpin ne se pose pas de question et loge la balle au ras du poteau droit de Rufai. 1-1, l’Italie est en vie. Je me souviendrais toujours de ce but. De l’immense soulagement et de la joie qu’il m’a procuré. C’est un des plus grands orgasmes de ma mémoire footballistique. Car comme l’écrivait le poète uruguayen Eduardo Galeano « Le but est l’orgasme du football ». Un but qui symbolise la légendaire maitrise des italiens, leur fierté et leur rapport au football. Car l’Italie n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle est dos au mur, quand elle doit puiser dans ses ressources pour rappeler au monde qu’elle a été et sera toujours une grande nation de football. Par la suite en prolongation, comme pour parachever son œuvre, le divin à la queue de cheval transforme le penalty qui ouvre la voie des quarts de finale aux transalpins. Ainsi, en deux coups de patte, le génie italien vient de transformer la résignation de tout un peuple en euphorie mais aussi de réduire à néant les rêves d’exploit de tout le continent africain. Ce but illustre ainsi à merveille la maxime du grand Johan Cruyff : « L’Italie, c’est une équipe qui ne peut pas vous battre mais contre laquelle vous pouvez très bien perdre. »

J’ai appris la géographie grâce au football et j’y ai aussi pris quelques leçons de vie dont je me sert encore aujourd’hui. En effet, au football comme dans la vie, il ne faut jamais perdre espoir. Si on croit en soi et qu’on est prêts à faire les efforts nécessaires pour atteindre nos objectifs, le vent finit toujours par tourner et la réussite par nous sourire. C’est ce que fit pour mon plus grand bonheur Roberto Baggio cet après-midi là sur la pelouse du Foxboro Stadium de Boston. Aujourd’hui encore, le Ballon d’Or 1993 reste mon idole absolue. Peut-être car il avait tout. La grâce balle au pied et un sens du but très aiguisé. Baggio c’était tout simplement un style, une aura. Peut-être aussi car les émotions qu’on ressent à l’adolescence forgent notre mémoire et conditionnent notre manière d’appréhender les choses.

« L’histoire du football est un voyage triste, du plaisir au devoir. À mesure que le sport s’est transformé en industrie, il a banni la beauté qui naît de la joie de jouer pour jouer. » écrivait Galeano dans son ouvrage référence sur le ballon rond intitulé « Le football : Ombre et lumière ». C’est sans doute ce qui me manque le plus dans le foot moderne. Roberto Baggio me manque. Et si sa Coupe du Monde connaîtra la fin tragique que tout le monde sait, sur ce tir au but décisif en finale envoyé dans le ciel du Rose Bowl de Pasadena, les émotions qu’il m’a procuré lors de la World Cup 1994 restent à jamais ancré dans ma mémoire de passionné et l’origine de mon indéfectible admiration pour lui.

Crédits photos : fifa.com

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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