Souvenirs de Mondial : Argentine / Cameroun 1990

14
avril
2018

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Catégorie : Coupe du Monde 2018

Maradona-Argentine-1990

A travers leurs matchs légendaires, les Coupes du Monde construisent l’histoire du football. Aussi, à quelques semaines de l’ouverture du mondial en Russie, je ne résiste pas à l’envie de sortir la boite à souvenir. La compétition reine de la FIFA a toujours bercé et forgé ma mémoire footballistique. A cette époque, l’enfant que j’étais s’apprête à suivre sa première Coupe du Monde, le mondial 1990 en Italie. Depuis quelques années et mon véritable éveil au football je ne jure que par « El Pibe de Oro », Diego Armando Maradona. Quatre ans plus tôt, j’étais encore trop jeune pour suivre ses exploits en terre aztèque, mais depuis, j’avale inlassablement les cassettes VHS qu’a enregistré mon père. J’ai dû regarder vingt fois le France-Brésil de Guadalajara, la main de Dieu et le triomphe des argentins en finale face aux allemands… Ce jour là donc, le 8 Juin 1990, sur la pelouse ensoleillée du stade Giuseppe Meazza de Milan, le Cameroun de François Omam-Biyik et Roger Milla va tenir tête et renverser l’albiceleste championne du monde de Don Diego en inauguration du mondial italien, et le football va me donner une leçon : qu’au football comme dans la vie, rien n’est joué d’avance et que le courage et la détermination permettent de renverser des montagnes.

Je me souviendrais toujours de ce match. C’est le premier match de Coupe du Monde que j’ai pu voir en direct et en intégralité. En classe, on parle énormément de ce mondial italien. Comme tous les gamins de mon âge, pas un jour ne passe sans que je ne tape dans le ballon à la récréation. Notre professeur nous a même fait faire à chacun notre grille des pronostics pour ce mondial, et pour tous, la victoire dans ce match inaugural ne peut échapper à l’Argentine de Diego. Assis sagement en tailleur devant le poste de télévision, je suis comme un élève qui s’apprête à prendre son premier cours d’histoire. Je me souviens des argentins durant les hymnes. Leur look et leur attitude, cheveux longs et regards sévères. C’était l’Argentine de Pumpido, Sensini, Ruggeri, Burruchaga et Maradona. Quand le « Pibe » apparait à l’écran, menton relevé et affublé de son brassard de capitaine, je me tourne vers mon père et je cris « Papa, c’est Diego, c’est Diego ! ». Depuis quelques saisons, il est devenu l’idole du peuple napolitain. Sous son influx magique, le Napoli pratique le plus beau football d’Italie. Et ma grand-mère, arrivée de sa Campanie natale quelques décennies auparavant, ne peut elle aussi à ce moment là, retenir un regard plein d’amour et d’admiration vers le numéro 10 argentin. Puis vint l’hymne du Cameroun, leur équipe d’outsider et leurs supporters, festifs et colorés. L’arbitre français Michel Vautrot s’apprête à donner le coup d’envoi, quand soudain Diego gratifie le public de quelques jongles fantastiques avec son épaule. Un large sourire me dévore alors le visage, j’ai les yeux qui brillent. La fête va pouvoir commencer. À ma grande surprise, le Cameroun de Thomas N’Kono, Makanaky et Omam-Biyik fait mieux que se défendre. Au fil des minutes, ils résistent aux assauts de l’albiceleste avec courage, un brin de réussite et tentent de développer leur jeu. Pourtant la maîtrise technique et collective des argentins est flagrante. Je ne m’attendais pas à voir les camerounais résister de cette façon. Si le pressing à cette époque n’est pas très soutenu, le rythme lui est assez élevé. Intenable, je commente chaque action, chaque dribble, chaque geste. L’albiceleste entend bien se montrer digne de son rang de championne du monde en titre. Admiratif, je scrute chaque ballon touché par Maradona. Le marquage est très strict sur lui, il prend des coups et peine à briller. Sa douleur est la mienne.

 

Cameroun-Argentine-WC1990

 

Un peu après l’heure de jeu, un coup-franc excentré va sceller le sort de ce match. Sous mon regard stupéfait, le Cameroun va ouvrir le score et marquer l’unique but de cette rencontre. Ce but est ancré à jamais dans ma mémoire. Cyrille Makanaky dévie le ballon au premier poteau et François Omam-Biyik va s’élever plus haut que tout le monde pour placer sa tête. Je garde à jamais en mémoire ce ballon qui roule lentement au fond des filets, bien aidé par la faute de main de Nery Pumpido. La détente de l’attaquant camerounais m’avait paru interminable. Au coup de sifflet final, je pris alors définitivement conscience que le football était le seul sport collectif où sur un match le petit peut battre le gros. Ce jour là, il était écrit que le tango aurait bien du mal à se faire entendre face à cet orchestre africain audacieux qui allait livrer son meilleur mondial sous l’impulsion du vétéran Roger Milla. A l’issue de cette rencontre, j’étais partagé entre un sentiment de tristesse pour Diego et de joie pour le peuple camerounais et le continent africain, si vaillant et méritant. Ce match fut un des socles de ma relation au football. Je venais de trouver ma religion. Tantôt imprévisible, tantôt moralisatrice. Car le football est une religion. Dans son ouvrage intitulé « Ombre et Lumière », l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano en parle ainsi : « Par quoi le football ressemble-t-il à Dieu ? Par la dévotion qu’ont pour lui de nombreux croyants et par la méfiance de nombreux intellectuels à son égard ». Scotché cet été là au poste de télévision de la maison familiale, le mondial italien allait agir comme la révélation de mon amour indéfectible pour le ballon rond.

Crédits Photos : OldFootballPhoto & OCameroun.info

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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