SO Foot, 10 ans de foot raconté autrement

30
juillet
2013

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Catégorie : Interviews

Il y a 10 ans, naissait le magazine SO Foot. Retour sur le succès de ce magazine, qui discute avec les footballeurs sans vraiment parler… de foot.

 Il y a 10 ans, naissait le magazine SO Foot. Aujourd’hui, il s’en vend 45 000 exemplaires par mois et c’est la seule parution sportive qui voit encore ses ventes augmenter. Retour sur le succès de ce magazine, qui discute avec les footballeurs sans vraiment parler… de foot.

«Le premier numéro date de mai 2002. Une folie. Le pari consistait à sortir un nouveau magazine pour l’ouverture du mondial asiatique qui… ne dirait pas un mot de ladite coupe du monde» .Ou encore : «Un soir, on s’est dit : et si on faisait un magazine de foot qui ne ressemble pas à un magazine de foot? ».  D’emblée, ces deux punchlines, signées Franck Annese, un des pionniers de SO Foot et aujourd’hui grand manitou  de So Press (agence qui publie le journal et ses dérivés) permet de se rendre compte que ces gars-là sont différents. Et culotté!

Oui, culotté. Car, en 2003 (date de sortie du premier numéro, après deux numéros tests courant 2002), il en a fallu du culot à Franck Annese et deux de ses potes, Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé, juste sortie de l’ESSEC (école de commerce parisienne), pour lancer SO Foot, un mensuel quelque peu… Original. Ils auraient pourtant pu être ralentis par le semi-échec de Sofa, le fanzine qu’ils avaient créé auparavant. Rien en est. A l’époque, avec 450€ d’apports personnel pour boucler le numéro, ils partent dans l’inconnu, et le canard naît un peu comme une blague. Point culminant de ce premier numéro: une interview de Stéphane Guivarc’h. Comme quoi ils tiennent leurs promesses : parler de football autrement.

«On ne vient pas pour être riche»

Mais bien leur en a pris. Dès le début, la mayonnaise prend. Le premier numéro s’écoule à plus de 4000 exemplaires. Même constat pour les versions suivantes. La machine est route, SO Foot s’installe doucement mais surement, sans que personne ne sache vraiment déterminer la recette du succès. «De toute façon, il n’y avait rien à espérer, mis à part faire un magazine qui nous ferait marrer. Donc on a été agréablement surpris, explique Stéphane Régy, présent au début de l’aventure et aujourd’hui directeur de la rédaction. On ne sait pas vraiment pourquoi nos idées ont été si bien reçues même si on savait qu’à l’époque, les lecteurs étaient demandeurs d’une presse un peu déconnectée de l’actualité quotidienne».  Et SO Foot est complètement dans cette optique-là : des reportages, des analyses et des approfondissements : « On est à une époque où les gens  n’ont plus envie de lire que Bastia a battu Ajaccio, mais ils veulent savoir ce qu’est le foot à Bastia et ce qu’il est à Ajaccio.»

Aujourd’hui, le magazine est plus que jamais installé dans les kiosques à journaux  de France et de Navarre. Chaque mois, à peu près 45 000 amoureux du football  ne perdent pas une miette de la centaine de pages du magazine. Si les ventes ont augmenté, le capital, lui,  est toujours le même : 450€! Le magazine, qui coûte 40 000€, est financé par les ventes et la publicité. L’équipe s’est également étoffée. Ils sont maintenant trente-cinq joyeux lurons à squatter un ancien parking du 18ème arrondissement de Paris qui vit au rythme des blagues, du chambrage… et des parties de tennis de table. «A SO Foot, on ne vient pas pour être riche ou faire carrière, admet encore Stéphane Régy lors d’un entretien téléphonique. Ici, c’est simple : tu peux ne pas être chef, ce n’est pas pour ça que tu ne vas pas prendre de décisions». Une vraie bande de potes déconnectés de la réalité du monde du travail. Chez eux, on préfère partir en reportage à deux. Au bout, le salaire sera deux fois moins élevé, mais qu’importe. Ce qui compte, c’est «le partage des moments de vie avec un pote».

Qui d'autres que SO Foot est capable d'aller faire une iinterview de Ratko Butorovic franchement ?Justement, ces reportages, tous aussi hallucinants les uns que les autres, font la force du magazine. Ils sont aussi divers par la forme que par le fond. Parfois, les lecteurs se demandent même comment l’idée d’aller à la rencontre de tel ou tel acteur du football leur est venue à l’esprit. Eux ne le savent pas vraiment non plus. Ce qui est certain, c’est que pour aller à la découverte du fantasque et regretté Ratko Butorovic en Serbie, aller voir Gigi Becali en Roumanie ou Maxim Molokoedov dans les prisons chiliennes, il faut aimer partir à l’aventure. «Il y a toujours de l’argent pour partir à l’étranger, la question ne se pose même pas, développe Joachim Barbier un des membres de l’équipe. Si on envoie un mec au Vietnam pendant quinze jours, peut-être qu’il aura passé le tiers de son séjour à se bourrer la gueule dans un bordel. Mais si à la fin, l’histoire est bonne, ça nous va.»

Histoire, Humain, Humour

Mieux que quiconque, SO Foot à su vivre avec son époque, et tout particulièrement l’arrivée d’internet. Quand France Football ou Onze Mondial s’obstinaient à répéter dans leurs magazines les actualités du mois précédent, publiés sur internet, SO Foot proposait un contenu différent. Sofoot.com pour l’actu et la version papier pour des contenus plus intemporels. «On part du principe que quand quelqu’un lit SO Foot, il a déjà les résultats,  juge Régy. C’est comme si on faisait un magazine de météo un mois après le jour de la météo, cela n’aurait pas de sens». Vu comme ça, en effet.

SO Foot à 10 ans ! Retour sur le magazine de foot qui ne parles pas toujours que de foot !Même si l’idée de départ était de se faire plaisir plutôt que de gagner un maximum d’argent, il ne faut pas oublier que ces gars-là sorte d’une école de commerce. Ils ont le sens des affaires et ont su brillamment diversifier leurs activités. Après SO Foot, vient Doolitle, SO Film, et Pédale.  Trois magazines différents (respectivement de culture, de cinéma et de cyclisme) avec une ligne éditoriale qui reste la même. Aucune  restriction  d’angle, de ton ou de longueur, mis à part la règle des 3 H: « Des histoires, de l’humain, de l’humour.» Le tout sans jamais apporter de jugement moral.

En 2012, le canard était la seule parution sportive à afficher des résultats de ventes en augmentation (+ 13,6% entre 2001 et 2012 selon l’OJD). Un petit exploit, quand on connait la crise que subit le secteur de la presse en France. Et à l’image du directeur de la rédaction, ils ne sont pas peu fier du travail effectué depuis 10 ans : «En voyant le numéro de nos dix ans, on est content car on voit le chemin parcouru. Dedans, il y a des gens qu’on n’aurait pas pu avoir au début et qu’on a finalement aujourd’hui». En lisant le magazine, on ne peut que lui donner raison. 200 pages de football total. Mais attention, ce n’est pas fini, «ce n’est pas l’aboutissement final, c’est juste un petit coucou de passage». Il parait même qu’ils veulent «marquer l’histoire». On en profite donc pour les remercier pour les dix prochaines années!

Auteur : Antoine Raguin

Antoine, aspirant journaliste, amoureux de football et de sports en général et nostalgique de Zizou.

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