Simon Pouplin : “Le Mur de Dortmund… juste énorme”

15
mars
2013

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Catégorie : Interviews

Simon Pouplin Sochaux

À 27 ans, Simon Pouplin a connu les affres de la blessure, mais aussi les saisons couronnées de succès, de Rennes à Sochaux, en passant par Fribourg et l’ambiance sensationnelle de la Bundesliga.

Pour APP, il revient sur les moments forts d’une carrière entre ombre et lumière, dont le crépuscule encore lointain laisse entrevoir de belles surprises.

APP : Simon Pouplin bonjour… Tu as été formé à Rennes, en y connaissant des hauts et des bas, quel regard portes-tu aujourd’hui sur le jeune gardien que la France a découvert à cette époque, et sur ces 5 saisons qui t’auront lancé dans le grand bain?

interview simon pouplin

Simon Pouplin : Des hauts et des bas… c’est sur, mais je préfère ne garder que les hauts. À Rennes j’étais un jeune gardien, les deux premières saisons j’ai surtout beaucoup appris, le Stade Rennais m’a énormément formé, j’y ai côtoyé de grands joueurs et de très grands gardiens. La première année avec Petr (Cech, NDLR) était hyper formatrice, c’est là où l’équipe a réellement commencé à devenir ce qu’elle est depuis, une grande équipe française, qui prétend chaque année à l’Europe. Après il y a eu Isaksson, puis moi, c’était vraiment un plaisir de faire partie d’une équipe qui faisait rêver ! Faut pas oublier que le Stade Rennais comptait à l’époque dans ses rangs des joueurs comme Gourcuff, Wiltord, Kim Kallstrom, Cheyrou, il y a aussi eu le duo Monterrubio-Frey, meilleur passeur et meilleur buteur ! C’est surtout ça que je retiens de Rennes, j’ai grandi et je me suis formé en fréquentant de très grands joueurs et surtout j’ai participé à faire du Stade Rennais un gros club ! En 2006 – 2007, j’étais titulaire, on finit avec la 2ème meilleure défense du championnat, derrière Lyon, c’était énorme ! Après… bon, quand on quitte un club c’est toujours triste et c’est vrai que la manière dont mon départ s’est passé… c’est un peu dommage, mais bon… C’est comme ça, j’ai su rebondir c’est ce qu’il y a de plus important.

APP : Justement, après 5 saisons à Rennes tu choisis… Fribourg, en D2 allemande. La langue allemande, le pays, un championnat plus méconnus, tu n’as pas eu peur de connaître des soucis d’intégration ou de te perdre un peu?

S. P : Pour la langue j’avais la chance d’avoir fait de l’allemand étant jeune, j’avais donc de bonnes bases pour partir là-bas, après, sur place, on apprend vite c’est pas un souci. Puis j’ai vite pris goût à la vie allemande, l’ambiance surtout, ça reste un truc marquant. En D2, notre stade faisait 21 000 places, on avait toujours au moins 15 000 supporteurs présents, il suffit de comparer ça à la Ligue 2 française, à part quelques exceptions ça n’a rien à voir. Pour ma première saison on était vraiment bien, on est champion à 3 ou 4 journées de la fin, du coup en fin de saison on a pu profiter d’une ambiance vraiment extra ! La saison suivante, c’était franchement une expérience géniale, la découverte de la Bundesliga, d’ambiances extraordinaires, aller jouer à Munich, Dortmund, Hambourg, des stades de fou, en tant que joueur c’est un truc énorme. Tous les 15 jours, on évoluait dans des stades pleins, avec des publics qui chantent du début à la fin ! En plus, on réussit une bonne saison puisqu’on se maintient, sportivement on avait donc atteint les deux objectifs majeurs fixés sur les deux dernières saisons : la montée en Ligue 1 et le maintien. Humainement aussi c’est une expérience énorme, d’une manière globale je garde un excellent souvenir de ces années en Allemagne, même si j’ai connu la blessure pour ma troisième saison…

APP : Y-a-t’il une image, un souvenir particulier, qui t’ont marqué plus que les autres pendant ton passage à Fribourg ?

S. P : C’est compliqué de sortir un souvenir quand on a vécu tant de choses en deux saisons seulement… Mais je me souviens d’un match à Dortmund, au Westfalenstadion ! C’était un 19 décembre, il faisait -12°, c’était le dernier match de la phase aller, Dortmund était champion d’Automne, le stade était plein et en face de moi j’avais une tribune toute jaune, le Mur, tout le monde chantait, c’était juste énorme, il n’y a pas vraiment de mot, faut le vivre ! Je n’ai jamais vu ça ailleurs. Je garde aussi en tête les fêtes avec nos supporters, à la maison, après le titre de champion en D2 et après le maintien en D1, de très bons moments, quand tous les joueurs communient comme ça avec le public… C’est marquant forcément. “

interview simon pouplin

APP : Du coup, cette blessure te prive d’une troisième saison pleine, tu es poussé vers la sortie, sans club, tu te retrouves dans une situation délicate, c’est le début d’une période particulière, entre Nantes et Clairefontaine notamment, une expérience fondatrice là aussi ?

S.P : Ouai du coup je me blesse, le club ne me prolonge pas, en effet je me retrouve sans équipe. Je fais un essai à Evian mais ça se passe pas super bien suite à une blessure, du coup je rentre du côté de Cholet. Là, je décide d’appeler le FC Nantes pour voir si je peux m’entraîner avec eux. Le club accepte, je m’entraîne pendant 4 ou 5 mois avec la réserve où je retrouve mon entraîneur formateur, Landry Chauvin. Je suis coaché par Willy Grondin, qui s’occupe des gardiens à Nantes à l’époque, jusqu’au mois de mai. Petit à petit je sens les sensations revenir et je reprends confiance aussi, ce qui est important. “

APP : …et là, bonne surprise du côté de Clairefontaine ?

S.P : Oui en effet, au mois de mai je suis contacté par Franck Raviot, entraîneur des gardiens de l’Équipe de France, il me connaissait, car j’avais participé au Championnat d’Europe Espoirs, donc voilà il a pensé à moi, il savait que j’étais libre. En fait je suis appelé pour m’entraîner avec le groupe de joueurs présents, c’est-à-dire tous ceux qui jouent à l’étranger en attendant que les gardiens sélectionnés arrivent. C’est une superbe opportunité, je côtoie de grands joueurs comme Benzema, Nasri, Ben Arfa, Mexès… On voit que c’est autre chose, tant sur un plan purement sportif que dans l’encadrement.

APP : … tu avais connu Clairefontaine lors de tes sélections chez les espoirs, tu peux nous parler du lieu, comment est-on pris en charge, le château, les infrastructures, ça doit être grandiose pour tout joueur non ?

S.P : Ouai c’est évident… Tout est plus… poussé. Tu n’as pas un kiné, tu en as 5, pareil pour les médecins, le cadre est magnifique, pour s’entraîner c’est vraiment le top du top. En fait, du moins pour le passage que j’y ai fait en mai dernier, ça ressemble aux stages de préparation qu’on peut faire en club en début de saison. On est en vase-clôt et il y a une vraie vie de groupe qui s’installe, là où on voit que c’est l’Équipe de France, comme je disais, c’est que tout est multiplié. On est toujours pris en charge par deux, trois personnes, des médecins, kinés, diététiciens, rien n’est laissé au hasard. Là où, en club, on va peut-être manquer de ceci ou cela, devoir porter un truc… c’est tout bête, mais là, on a juste à se concentrer sur le jeu, l’entraînement et on est conditionnés pour ça. Ce sont des conditions impeccables, il faut savoir en profiter un maximum, et c’est ce que j’ai fait.

APP : Arrive l’été 2012, tu retrouves le championnat de France en signant à Sochaux, tu as eu d’autres propositions ? En France ou à l’étranger ?

S.P : Oui il y a eu des contacts, mais c’est vraiment le projet de Sochaux qui me tentait le plus, j’étais hyper intéressé donc en fait je n’ai pas vraiment hésité. Il y avait pas mal de choses cohérentes à long terme donc je me suis lancé, je n’avais pas joué en club depuis presque un an donc c’était un vrai plaisir de retrouver la compétition. J’ai la chance d’être titulaire contre Saint-Étienne et là ça a été le début pour moi, j’ai vraiment rebondi ce jour-là. Je réalise un vrai bon match où je suis pas mal sollicité et on s’impose à Geoffroy Guichard, derrière je reste titulaire, ce qui n’était pas le cas lors de ma signature, donc forcément je ne peux qu’être satisfait à ce moment-là.

APP : Sochaux cette année c’est pour le moins imprévisible, vous avez battu Paris, en faisant un grand match, vous avez aussi battu Marseille, vous faites des nuls contre Rennes, contre Lyon, Lille ou encore Bordeaux et à côté de ça vous perdez pas mal de matchs contre des équipes comme Troyes, Nancy ou encore Evian… Vu de l’intérieur, comment expliques-tu cette inconstance, à la fois encourageante et inquiétante ?

S.P : À vrai dire, c’est une question qu’on se pose aussi, on en parle pas mal. C’est vrai qu’on a obtenu de super résultats et que des fois on passe complètement à côté. Je pense qu’on réalise de grosses performances contre les grosses équipes parce qu’elles jouent, et que c’est quelque chose qui nous convient mieux. On préfère affronter ce genre d’équipe, où il y a une vraie opposition footballistique que des équipes qui peuvent se montrer plus rudes, où le jeu est basé sur les contacts et l’intensité. Non pas que l’on manque d’engagement, mais juste qu’il est plus difficile de développer nos qualités dans ce genre de rencontres de bas de tableau.

APP : … il n’y a pas un côté psychologique à se transcender contre les gros ?

S.P : Forcément, il doit y avoir un aspect mental quelque part, c’est certain. Mais ce n’est pas quelque chose qu’on peut calculer. Mais bon on se questionne vraiment et il nous reste pas mal de matchs pour trouver des solutions. Il faut essayer d’amener une qualité meilleure dans notre jeu, quel que soit l’adversaire. À nous de trouver les clés pour la fin de saison sinon… ça risque de nous coûter cher.

APP : Un dernier mot sur tes projets, tu as signé pour trois ans à Sochaux, tu y seras toujours la saison prochaine quoiqu’il arrive ? Même en cas de relégation ? As-tu d’autres projets ? Des propositions ? Tu disais que l’Allemagne restait une grande expérience pour toi, tu serais tenté par une nouvelle aventure à l’étranger ?

S.P : Non non, pour le moment je suis concentré sur Sochaux et notre fin de saison. On doit penser à maintenir le club en Ligue 1 et c’est, de loin, le plus important à l’heure qu’il est. Je ne fais pas de projet pour les saisons prochaines, on est dans une situation compliquée et je dois rester concentré là-dessus. À court terme je ne me vois pas ailleurs et ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. À long terme je ne serais pas contre une nouvelle expérience à l’étranger, je ne sais pas où, mais c’est quelque chose que j’imagine assez facilement oui. Mais encore une fois on en est pas là, si ça doit se faire c’est encore loin dans le temps et puis pour que j’étudie ce genre de propositions, il faut que j’en reçoive, et à l’heure actuelle ce n’est pas le cas.

Un grand merci à Simon Pouplin, de la part de toute l’équipe APP, pour sa disponibilité et le temps passé à répondre à nos questions. Merci pour sa générosité et son accessibilité.

Auteur : Damien Jaud

Damien, 31 ans, passionné de foot. Ex-joueur de foot. Fan d'esthétisme plutôt que de puissance. Amoureux du foot.

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