Si le football m’était conté : la naissance du Fergie Time

07
juillet
2013

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Catégorie : Dossier

Mai 1999, le Bayern Munich affronte Manchester United et se dirige vers un fabuleux triplé. C'était sans compter sur Sir Alex Ferguson et ses joueurs.

La rubrique «Si le football m’était conté» devrait satisfaire les plus nostalgiques d’entre vous en cette période de rumeurs incessantes concernant le mercato. Troisième volet de notre série : la finale de la Ligue des Champions 1999 opposant Manchester United au Bayern de Munich.

Mai 1999, le Bayern Munich affronte Manchester United et se dirige vers un fabuleux triplé. C'était sans compter sur Sir Alex Ferguson et ses joueurs.« Je n’y croyais pas. Les perdants dansaient et les gagnants pleuraient!». Par cette phrase, Lennart Johansson, président de l’UEFA à l’époque, ne pouvait mieux résumer l’incroyable retournement de situation qui venait de se produire. A la quatre-vingt-dixième minute, le suédois, prédécesseur de Michel Platini à la tête du football européen quitte les tribunes d’honneur du Camp Nou de Barcelone où se déroulait la finale pour rejoindre le bord du terrain. Il doit remettre la coupe aux grandes oreilles au vainqueur. Un trophée déjà orné de rubans aux couleurs munichoises. Effectivement,  à ce moment-là les bavarois mènent fort logiquement au score. Mais plus pour longtemps… Le temps que le suédois traverse les coursives du stade pour se rendre aux abords de la pelouse, les mancuniens inscrivent deux buts dans le temps additionnel. Des réalisations qui vont ruinés les espoirs des allemands et leur «offrir» une des plus cruelle défaite de l’histoire du football européen. «Football, bloody hell»*, comme l’expliqua si bien Sir Alex Ferguson à l’issue de la rencontre.

«Ils ne pouvaient pas marquer»

Tout était réuni pour que cette finale reste dans les annales. Les deux plus belles équipes d’Europe, déjà sacrées quelques semaines plus tôt dans leur championnat respectif et très motivées à l’idée de remporter ce titre, absent de leur palmarès depuis vingt-trois ans pour le Bayern et trente-et-un ans pour United ! Un stade, le Camp Nou, plein comme un œuf et habité par une ambiance phénoménale. Le tout dirigé par Pierluigi Colina, le charismatique arbitre chauve, le meilleur de sa génération.

Manchester, favoris de cette rencontre, se fait surprendre dès la cinquième minute par un coup-franc à ras de terre de Mario Basler qui se loge dans le petit filet du géant Peter Schmeichel. Privé de leurs deux maitres à jouer, Roy Keane et Paul Scholes, les anglais déjouent. Pendant la quasi-totalité de la partie, ils n’auront pas vraiment l’opportunité d’inquiéter Oliver Kahn, le portier munichois. Des munichois qui, malgré leur maîtrise n’arrive pas à concrétiser leur domination. Quand ce n’est pas Schmeichel, c’est le poteau ou la barre qui repoussent les tentatives de Mehmet Scholl ou Carsten Jancker et annihile les espoirs de break des bavarois. Ces deux occasions franches sont un signe. Malgré le retard d’un but, la chance est coté anglais. Peter Schmeichel, dont c’était le dernier match sous les couleurs des Reds Devils en était persuadé : “Ils ne pouvaient pas marquer…”, assure-t-il encore aujourd’hui. “J’étais presque sûr qu’on allait marquer et qu’à 1-1, on aurait un avantage psychologique. Mais je ne pensais pas qu’on marquerait aussi tard.”

Il ne croit pas si bien dire… Quand le quatrième arbitre indique trois minutes de temps additionnel, le score est toujours à l’avantage des germaniques. Mais deux corners vont venir ruiner leurs espoirs. Deux coups de pieds de coins magnifiquement tirés par la patte droite de David Beckham et poussés au fond des filets, en renard par Teddy Sheringham et Ole-Gunnar Solskjaer. En trois minutes, les ultimes de cette finale, Manchester vient de retourner inexplicablement la situation. Même Sir Alex ne connait pas la raison de ce retour inespéré : «Comment avons-nous gagné ? Je ne sais même pas. C’était sans doute notre destin», explique-t-il encore aujourd’hui.

The Fergie’s touch

Mais, assurément, cette victoire porte la «patte Ferguson». Au cœur de la seconde période, le sorcier écossais se décide à apporter du sang neuf à son onze pour contourner la mise en place tactique des hommes d’Ottmar Hitzfeld. Il fait entrer en jeu… Ole Gunnar Solskjaer et Teddy Sheringham. Pas besoin de rappeler qui sont les deux buteurs mancuniens.  Aussi, c’est deux buts dans le temps additionnel donne naissance à un concept qui n’appartiendra qu’au manager écossais : le Fergie Time. Plus que n’importe quelle équipe, Manchester arrive à changer l’issue du résultat dans le temps additionnel d’une rencontre. Ce soir-là, comme à trente reprises par la suite, le mot de la fin lui est revenu dans le temps additionnel.

Cruel destin pour les joueurs du Bayern Munich qui se sont vu rejoindre au score dans les dernières minutes de la finale 1999

Avec cette victoire, Manchester réalise donc un retentissant triplé (Première League-Cup-LDC). Une juste récompense pour les Fergie’s babes, la génération des Giggs, Beckham et Scholes qui ont été lancés dans le grand par le manager mancuniens. En Allemagne, cette cruelle défaite laissera des traces. Elle est même vécue comme un cauchemar par les joueurs. Le Bayern aussi pouvait prétendre à un triplé après le titre de champion d’Allemagne obtenu cette année-là. Mais après avoir perdu cette finale dans le temps additionnel, Oliver Kahn et ses coéquipiers perdront celle de la Coupe d’Allemagne aux tirs au but face au Werder Brême. Comment on dit déjà? Ah oui. «Football, bloody hell…». Les munichois ne pourront qu’acquiescer.

 

* «Football, sanglant enfer.»

Auteur : Antoine Raguin

Antoine, aspirant journaliste, amoureux de football et de sports en général et nostalgique de Zizou.

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