Sang et Or

16
juin
2017

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Catégorie : Ligue 1

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Lors de l’assemblée générale de ce vendredi, Baptiste Giabiconi sera officiellement élu président du FC Martigues. Présenté il y a un mois, c’est un pari fou que tente le jeune mannequin/chanteur, ramener le club Sang et Or dans le monde professionnel d’ici 2022. Un pari risqué, parfaite illustration que business et monde du foot sont désormais intimement liés.

Toutes les idylles commencent par un peu de romantisme. Passionné de football depuis sa tendre enfance comme tous les gamins du coin, le chanteur pop et star de la télé s’est mis en tête de ramener le club martégal dans la lumière. C’est peu dire que le jeune marignanais ne manque pas d’audace pour se lancer dans pareille aventure. A son actif, un réseau, des sponsors et une connaissance du business enseignée par Karl Lagerfeld. Excusez du peu. Et le football dans tout ça ? L’entourage du jeune mannequin – Djibril Cissé, pressenti pour une pige et André-Pierre Gignac, parrain officiel du club et du projet depuis une semaine – font autant figure de spots publicitaires que de renforts porteurs d’espoir. Dans ce défi où il a plus à perdre qu’à gagner, c’est comme si le mannequin/chanteur avait décidé de faire mentir la citation restée célèbre de Fernandel : “Je ne te dis pas que tu es un bon à rien, je te dis que tu es mauvais en tout”.

Francis Turcan, enceinte endormie

Reliée à la mer par le canal de Caronte, coincée dans un environnement de zones industrielles et urbanisées très développées, la Venise provençale conserve tout son charme, sa fibre populaire et son amour du ballon rond. Quand on arrive de Marseille par le viaduc, impossible de rater en contrebas l’enceinte endormie du Stade Francis Turcan, du nom du maire communiste de la ville dans les années 60. Gradins quelque peu vétustes qui connurent naguère l’aisance technique du jeune Ali Benarbia et la grinta d’un Didier Tholot. Car c’est bien là que se situera le premier défi de l’égérie Giorgio Armani, ramener le public dans l’enceinte de 11500 places. On le sait, aucun club ne peut grandir sans soutien populaire aussi infime soit-il. Or, le club champion de Division 2 en 1993 conserve un amour endormi mais fort pour le football. Je rassemble mes souvenirs de stade et me revois dans les travées lors des trois années phare de l’histoire du club parmi l’élite (1993-1996) où l’équipe entraînée par Christian Sarramagna accueillait avec courage le champion d’Europe en titre marseillais du fantasque Sonny Anderson, l’ogre parisien de George Weah et David Ginola ou encore le Monaco d’un certain Jürgen Klinsmann.

De la difficulté de grandir dans l’ombre de l’OM

Mais vouloir un peu de lumière à l’ombre de l’ogre marseillais n’est-il pas vain ? Ici, comme dans les toutes les villes du pourtour de l’étang de Berre, le soutien indéfectible à l’Olympique de Marseille est pourtant palpable. Le Nîmes Olympique et son généreux public du Stade des Costières fait figure d’OVNI tant l’identification olympienne est forte pour les jeunes de la région. Quand on grandit dans les Bouches-du-Rhône, on est rapidement supporter de l’OM. Je serais simplement lucide en disant qu’aucun club ne sera jamais assez attrayant pour espérer rivaliser avec le voisin marseillais en terme de ferveur populaire. Longtemps le serpent de mer de la fusion avec le voisin istréen a fait office de solution mais la rivalité locale entre les deux municipalités d’une part, et entre Mauves et Noir et Sang et Or d’autre part, était trop forte.

Il suffit alors de regarder dans le rétro pour s’apercevoir que les exemples d’échecs ne manquent pas. Après Martigues donc en 1996, puis Istres en 2004/2005 et Arles-Avignon  en 2010/2011, aucun club de la région n’est parvenu à se pérenniser dans le monde professionnel et ce, malgré des structures conséquentes et des moyens souvent importants. Pire, après avoir goûté à la douce exposition de l’élite du foot français, ces clubs ont tous fait faillite les uns après les autres. Plus proches de nous, dans le temps et dans l’espace, l’exemple de Consolat est sans doute le plus frappant. Sportivement redouté dans le championnat National, le club des quartiers nord de Marseille voit la montée en Ligue 2 se dérober depuis deux saisons dans des circonstances pour le moins troublantes. Ainsi, à l’heure où l’OM Champions Project tisse sa toile à travers ses divers partenariats avec les clubs locaux pour faire main basse sur le moindre talent régional, il parait illusoire d’espérer prospérer tant au niveau humain qu’au niveau sportif.

 

IMG_2963-Avec l’omniprésent grand frère marseillais-

On me reprochera sans doute de faire preuve de scepticisme à l’égard de ma ville natale, mais la glorieuse incertitude du sport fait du football une entreprise pas comme les autres dans laquelle peu réussissent. Bien sûr, si réussite il y a, on pourra qualifier Baptiste Giabiconi de Bernard Tapie des temps modernes, autre jeune loup businessman multi-casquette passé par le monde sulfureux du ballon rond. Sur le bord des canaux de la Venise provençale, on accueille tout ce tumulte sourire en coin avec une douce nostalgie et un soupçon d’envie. On se dit que tout cela jette toujours un peu de lumière sur une ville restée bien trop longtemps endormie, mais qui entend conserver son charme et sa quiétude quoiqu’il arrive.

Credits photos : Compte instagramme officiel de Baptiste Giabiconi & www.om.net

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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