Sagnol : itinéraire d’un coach dépassé

16
mars
2016

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Catégorie : Ligue 1

Willy Sagnol a été débarqué de son poste d'entraîneur des Girondins. APP vous propose de faire un retour sur son parcours très moyen avec Bordeaux.

21. C’est le nombre de mois que Willy Sagnol a passé sur le banc des Girondins de Bordeaux. C’est aussi le nombre de buts encaissé par son désormais ex-club sur les huit derniers matchs joués par le club au scapulaire. Soit une moyenne éloquente de trois buts par match. Comme un symbole, Sagnol s’est éloigné de son banc déjà la semaine dernière, lui qui a purgé une suspension de trois matchs pour un comportement inapproprié envers le corps arbitral. Le banc, la tribune, la porte. APP vous propose un bilan récapitulant la première expérience club de l’ancien latéral droit du Bayern Munich.

Une arrivée pleine de promesses

Tous les supporters de Bordeaux se souviennent de son arrivée à l’été 2014. Un pari de Triaud, ambitieux, surtout que Sagnol a été pisté dans le même temps par l’Olympique Lyonnais. Jeune (38 ans), frais, avec ses idées et aussi une culture à l’allemande, propice pour amener une petite révolution dans un club mollasson. La victoire, par le travail rigoureux. Lors de la conférence de presse marquant son intronisation au poste d’entraîneur principal, Sagnol a vu sa côte de popularité encore croître après son discours résolument offensif. Et dynamique. «L’objectif, c’est toujours de pratiquer un football qu’on peut qualifier d’attractif». Pour le coup, ça change de Francis Gillot. Même si ce ne sont restés que des mots. On a l’habitude, avec les politiques, des gens qui nous vendent du rêve…

Dans ses bagages, le sérial centreur ramène Diego Contento, titulaire d’un CV flatteur dans un poste de latéral gauche laissé vacant depuis le départ de Benoît Trémoulinas. Nicolas Pallois, Tiago Ilori et Whabi Khazri arrivent également à Bordeaux. Là aussi, il y a une petite révolution, supporters qui se plaignaient du manque de recrues. Dans ce premier temps, ce Bordeaux new-look est très prometteur. Les premiers résultats ont été une continuité en ce sens.

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Willy Sagnol a été débarqué de son poste d'entraîneur des Girondins. APP vous propose de faire un retour sur son parcours très moyen avec Bordeaux.

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En effet, à l’orée de la saison 2014-2015, Bordeaux est sur quatre journées le meilleur club de Ligue 1. Avec, à son tableau de chasse, Montpellier (0-1), Monaco (4-1), Nice (1-4). Neuf buts marqués, deux encaissés, c’est l’éclate total. De la verticalité, un style de jeu qui se dessine. C’est beau à voir et une petite émulation est née autour de ça. Sauf que rapidement, cet effet s’est estompé.

L’arrivée des problèmes internes/externes

Peu à peu, toute cette émulation s’est délitée. Et le retour sur Terre a été dur. Sagnol a rapidement payé son inexpérience au poste d’entraîneur. Sa communication plus qu’hasardeuse lui a valu une pression nationale et même internationale. Pour rappel, il a déclaré (maladroitement) lors d’une interview avec les lecteurs de SudOuest :

«L’avantage du joueur, je dirai typique africain : il n’est pas cher, généralement prêt au combat, on peut le qualifier de puissant sur un terrain. Mais le foot, ce n’est pas que ça, c’est aussi de la technique, de l’intelligence, de la discipline. Il faut de tout. Il faut des Nordiques aussi. C’est bien les Nordiques. Ils ont une bonne mentalité. Une équipe de foot, c’est un mélange. C’est comme la vie, c’est comme la France. »

La fin de ses propos ont vite été mis sous silence pour faire passer uniquement un extrait “choc”. Alors qu’il défend la culture cosmopolite de la France dix secondes plus tard. Bref, la foudre a frappé fort sur le Haillan. Yaya Touré a déclaré «Honte aux racistes», la LICRA (association qui lutte contre la racisme) a immédiatement suspendu sa liaison avec les Girondins, etc… Une maladresse fortement condamnée par l’opinion public. Le but de Cheick Diabaté le week-end suivant, à Lens, a montré que l’implosion n’aurait pas lieu. Parce qu’il l’a célébré en groupe, dans les bras d’un coach fragilisé. Une belle image d’unité.

Nous sommes en Novembre et seulement un mois plus tard, les prémices d’une crise interne font rage. L’exemple de l’altercation entre Diego Rolan et Nicolas Maurice-Belay à Nantes sont l’exemple qu’en interne, tout ne va pas pour le mieux. Pour rappel, pendant ce match désastreux (défaite 2-1 avec deux erreurs d’Azbe Jug, alors back-up de Carrasso), «NMB» est sorti et Rolan ne lui a pas tapé la main, frustré par le fait qu’il ne joue pas. Rapidement, tout le monde s’est enflammé. Ce manque d’emprise sur le groupe s’est ressenti tout au long de sa fonction. La prise de poids de Thomas Touré cette saison, les bouderies de Diego Rolan en fin d’année 2015, le cas Pallois qui pète un fusible à Rennes (suspendu trois mois…), le pugilat entre Jérôme Prior et Lamine Sané le mois dernier, etc. Sagnol a plus joué au policier qu’au pompier de service. Malheureusement. Malgré ça, Bordeaux arrive à se qualifier en C3 après la victoire du PSG en Coupe mais aussi grâce à son bon parcours global en Ligue 1, où les aquitains ont inscrit soixante-trois points.

Une deuxième saison catastrophique

Les superlatifs manquent quand il s’agit de parler de “Sagnol à Bordeaux : saison 2″. Ce nouvel opus n’est pas du même accabi que le précédent. Comme la mauvaise suite d’un bon film. Les prémices d’une saison pourrie sont rapidement venus, lorsque la qualification pour la C3 a été acquise à l’arrachée. Il a fallu que le talon d’Enzo Crivelli vienne pousser un centre, à la base, raté. Cette accession heureuse n’a été qu’un sourire sur un visage bien pâle. Nous n’allions pas fanfaronner après avoir perdu 2-1 au Kazakhstan. Sur sa lancée poussive, Bordeaux a perdu le premier match de son histoire au Nouveau Stade contre Reims, en prenant deux buts dans les dix dernières minutes.

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Willy Sagnol a été débarqué de son poste d'entraîneur des Girondins. APP vous propose de faire un retour sur son parcours très moyen avec Bordeaux.

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Au delà des résultats catastrophiques, Bordeaux pointe à une quatorzième place qui n’est pas du tout la sienne. Depuis cet automne, les Girondins de Sagnol se sont inclinés à sept reprises en encaissant au minimum quatre buts. QUATRE BUTS ! Et autant de déroutes collectives, individuelles, techniques, tactiques. Pour le coup, l’excuse des blessés à répétition est plausible mais a ses limites. Pablo et Pallois, nos deux meilleurs défenseurs centraux, ont ratés plus de rencontres qu’ils en ont joué. Mais, à un moment donné, quand tu as une nouvelle charnière pendant deux mois (surtout que Yambéré-Guilbert ont déjà été dans cette disposition en CFA), tu fais progresser tes joueurs. Depuis l’arrivée de Willy Sagnol à Bordeaux, des joueurs ont éclos (Ounas, Vada, Crivelli et Guilbert) ou confirmé (Rolan) mais d’autres ont passablement stagné (Yambéré, Poko, Chantôme, Touré, Traoré, Poundjé). Un entraîneur est sensé faire progresser tous les membres de son effectif, non ?

Dans les cinq dernières rencontres, le plan de jeu a varié à chaque début de match ou presque. 4-3-3, 4-4-2 losange et 4-4-2 à plat. Trois systèmes où le rôle défensif des joueurs est différent et quand on connaît l’importance de gagner la bataille du milieu de terrain, changer de système comme de chemise est une solution suicidaire. C’est bien d’essayer, toutes proportions gardées. Le souvenir du Toulouse-Bordeaux (1-1 miraculeux) où les Girondins ont évolué en 3-4-3 comme ça, pour faire plaisir. Enfin, c’est ce qu’en dit Sagnol (et c’est peut-être ça le pire) : «On l’avait utilisé plusieurs fois la saison dernière, plutôt avec réussite, là c’était aussi pour redonner du temps de jeu à certains (Yambéré, Contento). Ça n’a pas marché, je me suis trompé, c’est ma responsabilité
Un système pour faire jouer certains joueurs ? Nous sommes sur une autre planète. Par rapport à l’autorité dont nous parlions tout à l’heure, difficile de penser que le souverain a été l’entraîneur. De plus, dans ses choix de compositions d’équipe, il y a eu un nombre incalculables de non-sens. Titulariser Traoré et Jussiê contre Ajaccio puis les envoyer en tribunes le week-end suivant, donner le brassard à Diego Rolan trois matchs d’affilée puis le mettre sur le banc contre Toulouse, mettre d’entrée Kévin Soni (17 ans) à Lille, titulariser l’an dernier Yambéré au Parc des Princes, pour sa première en pro, … Que d’incompréhensions qui ne peuvent donner aucune stabilité à cette équipe. Le côté investissement de tous les joueurs, pourquoi pas, mais il faut le faire de manière raisonnée et raisonnable. Pas comme nous avons pu le voir, de manière impromptue. Tellement impromptue que la stat’ dramatique donnée par le site scapulaire.com est plus explicite que ces paroles.

Dans cette deuxième saison, Willy Sagnol a pu compter sur des joueurs qu’il a voulu. Isaac Kiese Thelin, Diego Contento, Paul Bernardoni, Tiago Ilori, Whabi Khazri (qui est une réussite dans sa globalité), sont des joueurs que l’ancien sélectionneur des Espoirs a voulu. Pour faire un presque 5/5 au niveau des déceptions. Si Contento a de bonnes périodes, il est inconstant. Bernardoni est très jeune, très bon sur sa ligne mais à la rue sur le placement, le jeu au pied et le jeu aérien. Ilori baillait à chaque match tellement ça le faisait chier d’être ici. Khazri a été d’une inconstance absolue également et Kiese Thelin a été blessé presque tout le temps. Ce ne sont pas des fiasco (si ce n’est Ilori) mais pour un club comme Bordeaux, nous pouvons être en droit d’attendre des recrues de meilleure qualité. Mathieu Debuchy est aussi un joueur voulu par Sagnol mais sur un prêt de quatre mois… Et puis Debuchy n’est pas venu pour Bordeaux, il est venu avant tout pour jouer dans un club qui peut lui donner un strapontin pour l’Euro.

Quelle suite, quel héritage ?

Aujourd’hui, Ulrich Ramé a pris en charge l’équipe première. Une assez bonne idée pour une intérim sous pression, où Bordeaux doit retrouver un standing qui est le sien. Ramé arrive à Bordeaux pour redonner l’amour du club, l’envie de se battre pour nos couleurs. Parce que, nous le savons tous, l’effectif de Bordeaux est bon. En dehors de quelques indésirables dont personne ne veut (dois-je citer leurs noms ?), tous ont un potentiel et ont montré de belles choses. Surtout que le centre de formation est de qualité, qu’il y a des joueurs qui sortent. Valentin Vada montre de très belles choses, pour ne citer que lui. Ramé n’est là que pour huit matchs et déjà, une short-list est parue dans laquelle trois entraîneurs pourraient prendre en main l’équipe fanion des Girondins : Marc Wilmots, Marcelo Gallardo, René Girard. Wait and see, en espérant toujours se voir en Ligue 1 l’année prochaine…

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Willy Sagnol a été débarqué de son poste d'entraîneur des Girondins. APP vous propose de faire un retour sur son parcours très moyen avec Bordeaux.

Auteur : Clément Finot

Clément, 18 ans, ambition journaliste sportif. Supporter et fan absolu des Girondins depuis 2007, mais surtout, de la mauvaise foi du président Triaud. Sinon, amoureux du Barca et de l'AC Milan

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