Qui Rivère a, verra !

29
septembre
2016

Auteur :

Catégorie : Europe / Ligue 1

jean-pierre-rivere-balotelli

Il a (r)amené Ben Arfa puis Belhanda et Balotelli en Ligue 1. Il a remis l’OGC Nice en coupe d’Europe. Il a fait de Nice une place forte du foot français. Qui se cache derrière l’ascension des aiglons ? Qui est Jean-Pierre Rivère, le président qui ringardise ses homologues de Ligue 1 ?

Il y a deux mois, si on avait demandé à un supporter niçois ce qu’il aurait fait après un doublé de Balotelli contre l’OM, il aurait certainement répondu « j’éteins ma console ! ». Plus maintenant. Président 2.0, Jean-Pierre Rivère vend du rêve aux supporters. Ça n’a pas toujours été le cas. Le 4 avril 2015, lors du match Nice-Evian, les Ultras de la Populaire Sud scandent « Rivère démission ! ». Furieux, le président niçois et son bras droit Julien Fournier quittent le stade. Le groupe Ultras déclare dans un communiqué qu’on leur « a promis monts et merveilles, mais qu’avons-nous fait depuis trois ans ? Aucune grinta, ventes de joueurs, aucun achat en retour, plein pouvoirs à un entraîneur (Claude Puel, ndlr) égocentrique et aucune ambition si ce n’est jouer le maintien comme depuis toujours. Messieurs Rivère et Fournier doivent en tirer les conclusions et démissionner immédiatement ». Le président niçois ne cède pas mais prend très mal cette réaction excessive des supporters qu’il n’a pas oubliée.

Un vrai projet

Homme plutôt discret et qui n’aime pas être dans la lumière, Jean-Pierre Rivère entre dans le capital de l’OGC Nice en juillet 2011, rachetant 51% des actions du club contre 12M€. La somme investi sert dans un premier temps à combler un déficit structurel du club par un autre moyen que la vente de joueurs. Il devient donc président des aiglons le 11 juillet 2011. Né dans le Gers, Jean-Pierre Rivère débarque à Nice à l’âge de 10 ans. Il fait fortune dans l’immobilier où sa société Isélection réalise en 2005 un chiffre d’affaires de 70M€. Passionné de sport, il décide en 2008, après avoir cédé des parts de sa société, de se consacrer à un nouveau projet. Il s’intéresse alors à la situation de son club de cœur, dont il a porté les couleurs dans les équipes de jeunes, l’OGC Nice. Lors de son arrivée au club, le nouveau président du Gym déclare vouloir « redonner aux gens l’envie de se fédérer autour du club », que « le chantier est colossal. Mais cela signifie aussi qu’il y a beaucoup de choses à faire ». Jean-Pierre Rivère est un homme patient, il souhaite également bâtir « sur ce qui existe déjà ». Arrivé au cœur de l’été, il laisse l’équipe dirigeante en place pour prendre la température. Il monte un premier budget à hauteur de 34M€ et recrute quelques joueurs comme Franck Dja Djedje et Fabian Monzon. Bien loin encore de Ben Arfa et Balotelli.

.

jean-pierre-rivere-nice

.

Après une première saison en demi-teinte terminée à la 13ème place, Rivère place ses hommes et impulse un projet avec Claude Puel comme entraineur-manager. Le choix Puel n’est pas un hasard, coach avec une réputation de bâtisseur depuis son passage à Lille. Jean-Pierre Rivère vend alors un projet à moyen et long terme pour amener Nice dans le top 10 français avec en perspective le nouveau stade, l’Allianz Riviera. Les résultats viennent directement avec une 4ème place à la fin de la première saison de Puel. Pour autant, le président niçois d’un naturel calme et posé ne s’enflamme pas, il sait que rien n’est acquis. Le club grandi pas à pas, sans dépendre de l’aléa sportif uniquement. Rivère fait confiance aux jeunes joueurs qui progresseront même si cela coûte des points chaque saison. Il n’a pas peur de prendre des risques et estime même cela nécessaire pour gérer un club. Symbole de l’audace du président, le cas Ben Arfa qu’il a réussi à attirer puis relancer à Nice avant de le laisser partir gratuitement à Paris. Gagnant-gagnant. Rares sont les présidents qui oserait ce pari où l’intérêt sportif prime sur le financier. Nice n’a certes pas eu d’indemnités de transferts mais l’apport d’un tel joueur sur le terrain et les places gagnées au classement grâce à ses performances lui rendent la monnaie de sa pièce.

Une gestion sans failles

Malin, le dirigeant niçois avoue ne faire que mentir durant le mercato pour écarter la concurrence des autres clubs. Il connaît son club et sait qu’il ne peut pas rivaliser avec des clubs comme Lyon, Marseille ou Monaco sur le marché des transferts. Jean-Pierre Rivère préfère donc rester très discret pour éviter de donner des idées aux concurrents qui pourraient se dire « si Nice le fait, pourquoi pas moi ? ». C’est avec ce mode de fonctionnement qu’il obtient la signature de Lucien Favre au nez et à la barbe des clubs plus huppés. Soucieux d’entamer un nouveau cycle dans son projet, Rivère laissera Puel partir en Angleterre et se met dès le mois de février en quête de son successeur pour anticiper. A la recherche d’un technicien qui pratique du beau jeu, qui parle français et fait confiance aux jeunes, l’entraineur suisse a le profil parfait. Le président niçois souhaite « lui et personnes d’autres » et réussi à le convaincre en lui faisant un état des lieux très clair du club. Lucien Favre a signé pour 3 ans et une chose est sûre, il fera progresser l’équipe durant ses trois ans de contrat.
Cet été, alors que le club a perdu Germain, Mendy et Ben Arfa, l’équipe ne s’est pas affaiblie avec les arrivées de Cyprien, Dante, Belhanda et Balotelli notamment. Alors que la plupart des clubs français pleurent les départs de leurs meilleurs joueurs, Nice les remplace par encore meilleurs ! Très audacieux, Jean-Pierre Rivère a eu l’idée Balotelli en tête très tôt dans le mercato mais a été patient jusqu’aux dernières heures du mercato pour l’avoir à un tarif qui entre dans les comptes du club. La logique du dirigeant est limpide, mieux vaut un Balotelli un an, qu’un Stepinski (FC Nantes) 4 ans. La gestion rigoureuse du Gym permet maintenant de pouvoir assurer un salaire comme ceux de Balotelli, Belhanda ou Dante sans dépasser le budget de la saison, passé de 40M€ à 42M€ cet année. Les dirigeants ont prévu un budget basé sur une 10ème place en championnat ce qui permet de ne pas vivre dans l’incertitude permanente du résultat et limite le risque d’une catastrophe industrielle en fin de saison en cas d’objectifs non atteints. Le président Rivère procède étape par étape, et ça lui réussi.

.

jean-pierre-rivere-dante

.

Gagner de l’argent dans le football, c’est possible !

Arrivé au club par amour pour celui-ci, il ne souhaite toutefois pas remettre de l’argent dans le club et cherche de nouveaux investisseurs pour ouvrir le capital du club. Et là encore, là où Michel Seydoux et Margarita Louis-Dreyfus se cassent les dents depuis tant d’années, tout paraît simple pour Jean-Pierre Rivère. La bonne structure du club, les bons résultats, la perspective d’être propriétaire du stade d’ici quelques années, l’arrivée d’un centre de formation flambant neuf dans un an (investissement de 15M€) mais aussi l’attractivité de la ville de Nice ont attiré un groupe d’investisseurs chinois et américains, entré dans le capital à hauteur de 80%. Les investisseurs ont maintenu leur confiance à Rivère qui restera à la tête du club pendant encore trois ans au minimum. Pour faire de la place à ces investisseurs, Rivère a cédé 30% de ses actions contre 11M€ et reste donc actionnaires du club à hauteur de 20%. Ou comment, avec une vraie bonne gestion, gagner de l’argent dans le football.

L’avenir nous dira jusqu’où ira l’ascension de l’OGC Nice mais sous la présidence de Jean-Pierre Rivère, le club sera passé de Hellebuyck au stade du Ray à Balotelli à l’Allianz Riviera. Le goût du travail bien fait, c’est si rare en Ligue 1.

Auteur : Dylan Houeix

Rédacteur Au Premier Poteau pour servir Edinson Cavani.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Europe

Plus dans Europe, Ligue 1
fabrice-fiorese
Lobby Bar

Lobby Bar, Lille, 18 Septembre dernier. Assis confortablement dans un bar à l’ambiance tamisée, je sirote une Triple Karmeleit en...

OM-Nantes
On a vécu OM-Nantes au cœur du Virage Sud

Dimanche 25 septembre, 19h30, l’heure que les Marseillais affectionnent pour se rendre au stade. Dans le métro, la lente procession...

jose-mourinho-manchester-united
Mourinho a t’il perdu le mojo ?

José Mourinho restera comme un des entraîneurs marquant des années 2000. Le portugais semble pourtant dans l'impasse. « The Special One »...

Fermer