Rendre à Galtier ce qui appartient à Galette

01
octobre
2017

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Catégorie : Ligue 1

christophe-galtier

Les stéphanois réalisent un excellent début de saison, engrangeant déjà 14 points lors des sept premières rencontres, et montrant un visage intéressant notamment au Parc des Princes, malgré la lourde défaite 3-0. Oscar Garcia a semble t-il déjà fait oublier son prédécesseur, resté au club durant 8 années qu’il ne faudra pourtant jamais négliger.

« Started from the botoom now we’re here »

Il ne s’agit pas ici d’opter pour un point de vue passéiste de la situation, l’AS Saint-Etienne a très certainement souffert de ces postures, qui n’ont de cesse de rappeler ce passé glorieux, plutôt que de regarder véritablement vers l’avant. En ce sens, l’arrivée d’Oscar Garcia semble être une bonne chose pour le club, tant sa philosophie et ses ambitions de jeu semblent correspondre aux standards du football d’aujourd’hui, et très certainement que le club avait besoin de ce nouveau souffle pour continuer d’avancer. Pour autant, si le club en est là aujourd’hui, c’est qu’un homme est parvenu à emmener le peuple vert, d’un match pour le maintien à Boulogne-sur-Mer, jusqu’à Old Trafford, en passant par le Stade de France. Et ça, peut être la faute à 18 derniers mois très compliqués, beaucoup semblent l’avoir oublié.

Il n’y a pas d’angélisme à avoir quand on en vient à évoquer la fin de parcours de Christophe Galtier dans le Forez. Les matchs étaient soporifiques, les résultats décevants, et de vu de l’extérieur, le vestiaire ne semblait pas aussi bien vivre que par le passé  (ce que tendent à confirmer les récents propos de Benjamin Corgnet : « C’était dur de sentir que, quoi qu’on fasse aux entrainements, ça ne changeait rien à notre situation, alors que certains n’en branlaient pas une et ils étaient assurés de jouer »). L’ancien adjoint de d’Alain Perrin a très certainement sa part de responsabilité, mais il est malheureux que cela ait pris le dessus sur ses 6 premières saisons au club : non pas pour se voiler la face sur la situation présente, mais par simple respect de celui qui a ramené le club là où il se doit être.

Une arrivée pour repartir de zéro

Quand on lui donne les clés du camion « Sainté » en décembre 2009, l’offrande a tout du cadeau empoisonné. Pour la deuxième saison consécutive, le club lutte pour le maintien. Pire, la situation financière du club est inquiétante, la faute à un recrutement coûteux et raté l’été précédent, que le club portera longtemps comme un lourd fardeau : Boubacar Sanogo, Guirane N’Daw, Gonzalo Bergessio, Augusto Fernandez… Christophe Galtier se retrouve à devoir sauver un des plus grands clubs français, tout en devant composer très vite avec une restructuration financière du club, qui aboutira entre autres à l’instauration du fameux salary cap, mais réduira surtout la marge de manœuvre du club sur le marché des transferts.

La reconstruction passe par quelque chose de classique dans le football : composer un effectif avec des jeunes talents, que des joueurs expérimentés devront encadrés : Payet, Matuidi, Guilavogui et de vieilles connaissances du championnat comme Batlles, Ebondo ou encore Sylvain Marchal. On pourrait presque parler d’année 0 pour évoquer cette saison 2010/2011, tant elle semble marquer le début de l’ère dans laquelle le club se trouve encore actuellement, avec le désir de faire table rase des saisons précédentes. Et là où certains de ses prédécesseurs, avec des moyens au minimum équivalents, se sont casser les dents en voulant emmener le club plus haut, Christophe Galtier y parviendra avec brio.

La fierté retrouvée dans les derbys

Les derbys sont peut être ce qui illustre le mieux la réussite du natif de Marseille dans le Forez. Avant son arrivée, la dernière victoire stéphanoise remonte à 1994. Sur 16 derbys disputés sous ses ordres, les Verts en remportent 5, dont le mémorable 100ème à Gerland, grâce à un coup-franc splendide de Payet, dans match épique. Certes, les Gones ont gagné 8 de ces derbys, mais dans le contenu des matchs, la différence est saisissante entre les premiers disputés et les derniers. Même lors de sa dernière saison pourtant moribonde au niveau du jeu, les stéphanois ont  largement surclassé leurs voisins dans le jeu lors du match retour, là où les joueurs de Sainté jouaient ces rencontres la peur au ventre il y a quelques années. Sous Galtier, Saint-Etienne s’est totalement décomplexé face à son voisin, pour le plus grand plaisir de tous les fans des verts, et il est certains que Garcia profitera de cette progression.

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Une capacité à tirer le meilleur de son effectif…

La pauvreté du jeu a longtemps été reprochée à Galtier, devenant même un running gag lors de ses derniers mois à l’Etrat. Il serait pourtant faux, et injuste, d’enfermer le technicien dans cette case. Lorsqu’il en avait les moyens, Christophe Galtier a su imprimer une réelle identité de jeu portée vers l’avant à ses équipes. Le meilleur exemple étant la saison 2012/2013, qui verra les stéphanois remporter la coupe de la Ligue, en développant un jeu séduisant, terminant cinquième du championnat, avec la troisième meilleure attaque de ce dernier, à 4 points du troisième. Galtier partagera avec Carlos Ancelotti d’ailleurs cette année là, le trophée UNFP du meilleur entraîneur. Rebelote la saison suivante, durant laquelle Saint-Etienne échouera à deux points du podium, mais finissant quand même devant l’Olympique Lyonnais, avec une nouvelle fois la troisième meilleure attaque de Ligue 1.

Que retenir de ces deux saisons, également très révélatrice de l’apport et des capacités de Galtier ? Tout d’abord, ces deux saisons les plus abouties de l’ère Galtier, montrent la manière dont ce dernier est capable de tirer le meilleur de ses effectifs. En 2012/2013, il est parvenu à sublimer un effectif riche, dans lequel figuraient entre autres, Aubameyang, Zouma, Guilavogui, Ghoulam, Perrin, ou encore Ruffier. N’oublions pas que c’est Galtier qui a eu l’idée de positionner le gabonnais sur un côté, en préférant Brandao dans l’axe, afin de permettre à l’actuel joueur du Borussia Dortmund de s’épanouir : pari réussi. Si certains peuvent penser qu’il s’agit là de la moindre des choses que d’obtenir des résultats avec de tels joueurs, que peuvent-ils dire d’un entraineur qui parvient à réaliser une meilleure saison l’année suivante, malgré le départ des cadres (Aubameyang, Zouma, Guilavogui, Ghoulam) ? Car l’effectif qui échoue au pied du podium, n’avait rien de vraiment sexy (Erding, Hamouma, Corgnet, Gradel, Tabanou…), avec un meilleur buteur n’inscrivant que 11 buts (Erding).

… freinée par un club qui peine à se réinventer

Par ailleurs, et le désormais ex-entraineur stéphanois a souvent été moqué pour avoir avancé l’argument de la fatigue et de l’enchainement des matchs, il est intéressant de relever que les verts ne disputaient alors pas de coupes d’Europe. Pour les grosses écuries, il est très difficile d’être performants sur plusieurs tableaux, année après année, ce qui demande d’avoir un staff et un effectif armés en conséquence. Pour les autres équipes, la situation est encore plus compliquée, comme en a longtemps témoigné l’alternance des clubs français présents en Europa Ligue (Bordeaux, Lille, Rennes, Saint-Etienne…), rares étant ceux capables de se qualifier plusieurs années de suite en C3. Notons néanmoins la progression linéaire des résultats stéphanois en coupe d’Europe : élimination piteuse contre Esbjerg en barrages, élimination en poules (dans laquelle évoluait le futur finaliste Dnipropetrovsk), puis deux 1/16 èmes de finale à la suite, contre Bâle (élimination cruelle en fin de match) et Manchester United (futur vainqueur de la compétition).

C’est en vérité tout le club qui n’a pas su se mettre au niveau pour passer ce gap et continuer à jouer les places européennes, tout en continuant à progresser sur la scène européenne. Des tentatives ont pourtant vu le jour, notamment dans l’organigramme, que ce soit avec la nomination d’un « Team Manager », ou celle d’un deuxième adjoint plus expérimenté, en la personne de René Lobello. Ces changements ont en leur temps été présentés comme indispensables pour poursuivre la progression du club. C’est peu dire que les résultats ont été timides. Peut-être parce que le plus important résidait  certainement dans l’indispensable mise en place d’une cellule de recrutement, qui connaitra ses plus gros changements… à la fin de saison dernière. Oscar Garcia aura donc le privilège, et c’est tant mieux de bénéficier ce dont le club avait besoin depuis des années. N’est-il pas frustrant de voir le mercato prometteur réalisé cet été du côté de Geoffroy-Guichard, alors que seul Jorginho est venu complété cet hiver un effectif pourtant en mal d’idées ?

Profiter de Garcia sans oublier Galtier

Comme expliqué précédemment, les saisons suivantes furent plus délicates, notamment en raison des exigences nouvelles imposées par la coupe d’Europe, dont l’explosion du nombre de blessures est certainement la conséquence la plus concrète. Si il est possible de faire des exploits avec un effectif moyen lorsque l’équipe joue 40 matchs par saison, cela devient presque utopique avec une dizaine de rencontres supplémentaires. À cela s’ajoutent les nombreuses erreurs de recrutement (auxquelles Galtier a participé), qui ont lentement mené à des résultats en dents de scie et à un vestiaire moins solidaire (sans qu’il soit réellement possible de déterminer lequel des deux est la conséquence/cause de l’autre). Alors oui, il y a mille raisons de se réjouir de l’arrivée d’Oscar Garcia, mais il y en a surtout tout autant de garder de bons souvenirs de Christophe Galtier, et ce serait dommage de s’en priver.

Auteur : Raphaël Grandseigne

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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