Raymond Domenech règle ses comptes (2/2)

03
décembre
2012

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Catégorie : Équipe de France

Raymond Domenech, dévoile ses notes prises lors du mondial 2010

À propos de Thierry Henry, Domenech semble s’étonner que celui-ci n’ayant disputé qu’« un match entier dans l’année, ne doive pas être là, fait la gueule et n’assume pas son rôle. » À propos de Florent Malouda, « Il fait la gueule parce qu’il refuse de jouer milieu défensif. (…) En fait, il ne supporte pas de ne pas être le leader de l’attaque. Il veut être numéro 10, un point c’est tout. »

Puis c’est au tour de Franck Ribéry : « Avant l’Uruguay, j’ai dit à Gourcuff : “Je t’ai confié les clés, à toi de jouer !” Le pire, c’est le regard de Franck Ribéry. Je me fais peut-être du cinéma, mais j’ai vu dans ses yeux la haine, le mépris, ou la jalousie. (…) Il est semblable à Anelka et Henry : tout tourne autour de leur nombril. Lorsque ça coince, ils sont les premiers à quitter le navire. »

En résumé, sur l’empilement de tous ses choix tactiques, et même de communication lorsqu’il a accepté d’être mandaté à lire la lettre des joueurs, l’ancien sélectionneur confie en définitive : « Je suis humilié de m’être autant trompé ».

Alors quelle analyse, Raymond, sur tout cela, avec le recul ?

Il les appelle les « enfants de la génération Bosman ». La libéralisation des transferts de joueurs, depuis 1996, aurait poussé à des salaires exponentiels, supérieurs pour des joueurs de 20 ans à ceux que percevaient Zidane au même âge. Pour Domenech, « le système a explosé » et de fait, « Ces bouleversements de statut et de revenu entraînent forcément des modifications du jeu lui-même, où il est plus difficile de faire les mêmes efforts pour les autres ». Mais encore ? « Les repères que constituaient les anciens, leur importance comme modèles, les valeurs qu’ils pouvaient incarner, tout cela a brutalement volé en éclats ».

Ribéry et Domenech lors de la coupe du monde 2010

Ribéry et Domenech lors de la coupe du monde 2010

Pour abonder dans sa théorie, Domenech fait référence à Lilian Thuram qui avait partagé ce constat pendant l’Euro 2008 : « Il y a des petits cons, entendez-moi bien, coach, des petits cons ». Et dans son épilogue, le coach estime Samir Nasri comme bien correspondre à cette nouvelle génération, « ces grands ados perdus au psychisme fragile », qui « symbolise cette dérive des joueurs ne pensant qu’à leur gueule ».

Finalement, certes, Raymond Domenech dresse un regard, quoiqu’un peu empreint de regrets sur ses choix, mais il demeure aigri et virulent dans ce qu’il reproche à chaque joueur ce qui témoigne d’une plaie pas vraiment refermée… Il se livre à une analyse intéressante sur la dérive du système, des joueurs devenus individualistes, vénaux, mais est-il possible aussi de responsabiliser ce système ? Ceux-ci doivent-ils porter à eux seuls ce qu’ils représentent de notre société actuelle ? N’est-ce pas à toutes les autorités et les instances du football de revoir en profondeur ce système ?

Pour conclure tout cela, et faire le pas de côté, la petite « Okocha » qui décale l’action de jeu, peut-être pouvons-nous réfléchir à ce qui a changé, à savoir que nous sommes passés en 40 années d’une société traditionnelle où l’autorité était incontestable à une société moderne dans laquelle les notions d’identité et d’égalité prévalent. Si l’entraîneur et les joueurs sont égaux, comment pourrait alors s’établir une légitimité de l’autorité de l’entraîneur ? Si l’un n’a rien à apprendre à l’autre, comment allons-nous faire pour retrouver une âme collective dans cette équipe ?

Pour le Professeur en Philosophie et en Sciences Sociales de Clermont-Ferrand, Gérard Guièze, il s’agit de replacer en responsabilité celui qui apprend et celui qui enseigne : celui qui apprend doit s’obliger, sans confondre s’obliger et se soumettre, à apprendre à la condition que celui qui instruit ne confonde pas, lui, son autorité avec l’autoritarisme qui ne s’exprime qu’à travers la sanction.

Et pour Guièze, « l’autorité est un lien. Il s’agit de témoigner de nos valeurs, de ce qui nous anime, de ce qui nous fait vivre en faisant référence à un lieu, une histoire et au sens que nous plaçons dans l’existence (valeurs, finalités) ». Peut-être Didier Deschamps aura-t-il compris que c’est par une authentique relation avec chacun des joueurs qu’il posera les bases de sa propre autorité et pourrait donner naissance à un groupe ? On l’espère !

Auteur : Kévin Boucard

Travailleur social et médiateur familial, APP me permet de renouer avec ma passion la plus ancienne: décortiquer et partager toute l'actu du foot ! C'est une "addiction" qui m'a frappé dès mes 10 ans !

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