Raymond Domenech règle ses comptes (1/2)

03
décembre
2012

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Catégorie : Équipe de France

Raymond Domenech règle ses comptes dans son livre "Tout Seul"

Parfois, il est bénéfique de différer ce qu’on a à dire ou à écrire, afin de laisser retomber les tensions, radoucir les enjeux et poser les choses à plat, plus calmement. Parfois… mais pas pour Raymond ! Vous n’êtes sans doute pas passés à côté de ses confidences relayées par la presse ces dernières heures… APP revient avec vous sur un échantillon de ses révélations à l’Équipe et figurant dans son livre « Tout seul » paru le mecredi 21 novembre.

Lorsqu’il prend les rênes de la sélection française en 2004, Raymond Domenech pensait-il laisser une trace de son passage, quasi indélébile, dans les annales du football français ? Surement que d’une façon ou d’une autre, inconsciemment, c’est ce qu’il souhaitait, surtout en s’attirant les lauriers du succès dans les compétitions internationales. On se souviendra malgré tout, d’une ironie toujours affichée, de sa désinvolture devant les journalistes et de ses difficultés à gérer un groupe qu’il avoue sous d’autres poncifs devenir ingérable.

Mais revenons aux faits marquants de son aventure à la tête des Bleus.

2006, ce qui aurait pu tout changer

2006, « C’était pour vivre à nouveau ce rêve que je me suis accroché durant quatre ans »

Après avoir rappelé Zinédine Zidane à la rescousse d’une équipe qu’il pressentait (déjà ?) sur le déclin, après les glorieuses épopées de 1998 et 2000, Raymond Domenech s’appuie indéfectiblement sur le virtuose promu capitaine pour transmettre ses messages à l’équipe : « Si Zidane s’était braqué contre mes décisions, tous les jeunes l’auraient imité. Autant éviter d’en arriver là. J’ai préféré apaiser les esprits et instaurer une relation forte avec mon capitaine pour mieux faire passer les messages à l’équipe ».

Lorsqu’un ennui survenait, comme celui des amendes infligées aux joueurs en cas de manquement (ce fut le cas de William Gallas), Zidane relayait même son discours, par son autorité et sa légitimité dans le groupe : « Arrête de discuter pour rien, c’est comme ça, tu payes William ». Selon Domenech, « Quand Zizou décidait, chacun acceptait (…) l’autorité du leader s’avérait incontestable ». Mais la relation entre Zidane et le sélectionneur semblait peu évidente. Domenech ressentait un « malaise » dans celle-ci à travers les poignées de mains forcées, les regards fuyants du n° 10. Zidane lui aurait confié son impossibilité à expliquer de sa place le sens du contenu des entrainements que ses coéquipiers remettaient en question.

Zidane, lors du match France-Brésil en 2006

Zidane, lors du match France-Brésil en 2006

Malgré tout, envahi d’une joie « sauvage » au sortir de la rencontre éliminant les Espagnols, alors déterminés à l’unisson à renvoyer Zidane à la retraite, Raymond restera ébahi par la prestation éblouissante de ses joueurs devant le Brésil en quart de finale. « Un match d’anthologie, sans doute le plus beau match de toute ma carrière de sélectionneur ».

La suite, on la connait. Le Portugal est écarté par les Bleus et par superstition, Domenech en aurait même hésité à serrer la main de Scolari….Tiens, ce genre d’idée germait-elle déjà dans son esprit ? Les Bleus se retrouvent alors en finale face à l’Italie. Comme si tout reposait sur l’aura de Zizou, le tournant du match demeure pour Raymond son exclusion : le « coup de tête (…) a entraîné son expulsion, la fin brutale de notre confiance et la défaite ».

2010 : « Je suis humilié de m’être autant trompé »

L’ancien sélectionneur tenait un carnet qu’il annotait de ses commentaires. S’il regrette de ne pas s’en être suffisamment servi, il y a consigné de terribles ressentis. À deux jours du match face à l’Uruguay, il se dit déjà « Inquiet ». Sa résignation est clairement palpable : « J’ai les boules. Ma causerie d’avant-match est toute prête : “Allez vous faire foutre”. (…) J’en ai marre de cette inertie collective. Je n’ai qu’une envie : les envoyer chier. “Qu’ils se démerdent ». Quatre ans à s’accrocher pour en arriver là ?

Après le 0-0 concédé, il décompte : « encore un mois à tenir ». À quelques heures de Mexique-France, son dégout est à son apogée : « Je n’ai plus d’énergie, je ne les aime plus. Leurs caprices me gonflent ». La rupture avec le groupe est vive, on voit mal comment il peut advenir quelque chose de positif…

À la mi-temps de la rencontre face au Mexique, Raymond Domenech livre sa version dans l’épisode de l’insulte d’Anelka à son encontre :

« – J’avais demandé de la profondeur et toi Nico, sur le premier ballon, tu restes là, sans bouger. Va en profondeur, vas-y !
– C’est ça, toujours moi…
– Oui, toujours toi. Parce que c’est toi qui décroches et qui ne vas pas en profondeur.
– Mais si, j’y vais.
– Non.
– Si, j’ai essayé.
– Mais non ! Ne dis pas ça ! On est dix sur le banc à voir que tu n’y vas pas !
– (A Ribéry) Il m’emmerde ! C’est quoi, ça ? Toujours moi !
– (Patrice Evra prend la parole) Ça va les gars, on se calme, il reste une mi-temps à jouer, on est bien…
– (Anelka ne s’est pas calmé) enculé, t’as qu’à la faire tout seul ton équipe de merde ! J’arrête, moi…
Je n’ai pas tout entendu. La fin de la phrase m’a échappé dans le brouhaha. Bizarrement, j’ai été moins choqué par l’insulte que par le tutoiement qui cassait une barrière, celle des fonctions, des âges, de la hiérarchie. »

La une de l'équipe au lendemain du match France Mexique en 2010

La une de l’équipe au lendemain du match France Mexique en 2010

Selon Domenech, il a « tué le groupe ». Le pire est encore à venir avec l’épisode de la grève de l’entraînement, les joueurs restant cloîtrés dans le bus à Knysna. Après que quelques joueurs fassent « grève de massages », tout se disloque dans le groupe, les uns se replient sur eux-mêmes pendant que les autres s’imaginent qu’une « taupe » conspire au sein de leur équipe. « Je sentais que quelque chose de lourd se préparait. L’équipe s’était bouclée sur elle-même. Les palabres tournaient au complot »,

En fait, l’ancien coach attendait beaucoup plus de certains joueurs dans leur implication, leur prise de rôle au sein du groupe. C’était le cas de Yoann Gourcuff « J’ai envie de lui mettre des gifles, avec son air de garçon candide, de pauvre petit malheureux à qui l’on veut du mal. Réveille-toi Yoann ! (…) Il est dans son monde de bisounours. » Dans une interview accordée à l’Equipe, Raymond cherche à nuancer les choses : « Je me suis rendu compte qu’inconsciemment, beaucoup de joueurs ne lui faisaient pas la passe lorsqu’il était le mieux placé. Le “sortir” du groupe, c’était un moindre mal. Sinon, il fallait virer 4 ou 5 joueurs. J’ai été sévère avec lui, mais c’est parce que c’est un mec super, cultivé, avec le sens du collectif. Il n’avait rien à faire dans ce contexte difficile. Je l’ai protégé. J’espère qu’il a compris qu’un vrai leader devait prendre sa place, avec autorité. »

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Découvrez sans hésiter la seconde partie de l’article sur le livre “TOUT SEUL” de Raymond Domenech

Auteur : Kévin Boucard

Travailleur social et médiateur familial, APP me permet de renouer avec ma passion la plus ancienne: décortiquer et partager toute l'actu du foot ! C'est une "addiction" qui m'a frappé dès mes 10 ans !

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