Quel système pour le PSG ?

19
septembre
2017

Auteur :

Catégorie : Analyse tactique / Ligue 1

team-psg

L’arrivée de Kylian Mbappé cet été n’a pas seulement renouvelé l’attaque parisienne, elle a surtout bousculé les plans de jeu d’Unai Emery. Le technicien basque n’a que l’embarras du choix et peut proposer un quatuor offensif de gala. Mais, il doit surtout faire face à un problème de riche : comment aligner la MCN (Mbappé, Cavani, Neymar), sans pénaliser Draxler, qui n’a jamais démérité, mais surtout sans mettre en péril l’équilibre de son équipe ? Adepte d’un traditionnel 4-3-3, il envisage également un 4-2-3-1 avec Draxler en position de numéro 10. En attendant de trouver la recette miracle, l’ancien entraîneur de Séville avance donc à tâtons. Mais pourquoi ne pas envisager une toute autre formule, comme un 4-4-2 losange ?

Les failles de son 4-2-3-1

Ce système n’est pas complètement nouveau puisqu’il fut testé l’an passé afin de trouver une alternative au 4-3-3 traditionnellement mis en place. Aujourd’hui, Emery opte pour ce dispositif afin de ne froisser aucune de ses quatre vedettes offensives. Si l’expérience n’est pas inédite pour le PSG, elle l’est davantage pour les quelques stars qui obligent Emery à évoluer dans une telle formule. Tout n’est donc pas à refaire, mais presque. Les quatre fantastiques doivent apprendre à jouer ensemble dans un système qui n’est finalement familier que pour l’un d’entre-eux, puisque c’est dans une telle configuration que Kylian Mbappé a brillé sur le Rocher l’an passé, mais dans un rôle différent que celui qui lui est confié à Paris.

Surtout, cette formule possède quelques failles qui, même si elles ne sont pas préjudiciables en Ligue 1, peuvent fragiliser l’équilibre du collectif parisien. En effet, Neymar qui occupe le côté gauche de l’attaque, repique souvent dans l’axe et empiète ainsi sur les plates-bandes de Julian Draxler. Dimanche soir, contre l’OL, de nombreuses actions ont mis en lumière des situations de confusion entre les deux hommes, et ont ainsi laissé planer l’idée qu’un bonhomme était en trop dans cette zone du terrain.

Outre ces automatismes à trouver devant, les affaires se compliquent davantage concernant l’équilibre défensif. Si les quatre attaquent et le font bien, il leur est plus compliqué de contribuer aux tâches défensives. Cela ne posera que très peu d’ennuis en Ligue 1, mais la paire de milieux récupérateurs risque de tirer davantage la langue en ligue des champions. Dimanche soir, les hommes de Bruno Génésio ont causé quelques difficultés à l’entre-jeu parisien, en témoigne la performance très remarquée du presque inconnu Tanguy Ndombélé. Adrien Rabiot et Thiago Motta ont dû cravacher afin de limiter les velléités offensives lyonnaises. Fekir s’est lui aussi montré très en vue puisqu’il a causé de sérieux ennuis aux milieux parisiens. Dans ce système, Unai Emery doit se passer de l’un de ses milieux de terrain récupérateurs au risque de fragiliser l’équilibre de son équipe.

Faut-il pour autant revenir au traditionnel 4-3-3 ?

C’est dans ce système que le PSG a l’habitude d’évoluer. Les joueurs possèdent davantage de repères lorsqu’ils jouent ainsi, comme face au Celtic pour leurs débuts sur la scène européenne. L’opposition offerte par les Écossais n’était pas du calibre d’un prétendant au titre suprême, certes, mais au Celtic Park les Parisiens ont probablement livré leur plus belle prestation depuis le début de la saison. Dans ce système, les attaquants ont pu démontrer l’étendue de leur talent devant un milieu de terrain à trois tout aussi rayonnant.

 

thiagomotta

 

A la pointe basse de ce trident, un Thiago Motta en pantoufles a rassuré par sa qualité technique et sa science du jeu. Il permet de stabiliser le milieu de terrain de son équipe et à Verratti et Rabiot de se projeter davantage vers l’avant. Et comme les deux hommes refusent pour le moment d’occuper le poste de sentinelle, Julian Draxler, qui pourrait dans le cas contraire évoluer dans l’entre-jeu, est invité à moisir dans les confortables sièges du Parc des Princes. Avec ce milieu à trois, le PSG possède une meilleure maîtrise et peut se permettre d’étouffer son adversaire, bien plus que lorsqu’il évolue avec deux milieux de terrain. L’Allemand n’a jamais déçu, c’est vrai, mais s’obliger à le titulariser dans un 4-2-3-1 peut fragiliser l’équilibre du onze parisien. Unai Emery dispose d’une formidable armada offensive, mais il doit surtout faire des choix forts, aussi cruels soient-ils.

Mais le 4-3-3 est-il vraiment la panacée ? Pas sûr. Reste l’éternel problème du couloir droit. Di Maria et Lucas n’ont jamais véritablement convaincu à ce poste. Le choix le plus évident semble donc de titulariser Mbappé sur le front droit de l’attaque. Mais le natif de Bondy, tout comme Julian Draxler d’ailleurs, n’est pas totalement à son aise dans ce rôle. Quitte à évoluer sur un côté, il préfère jouer à gauche, chasse gardée de Neymar. Or, il n’a pas le profil de l’ailier droit capable de déborder. Comme le souligne Pierre Ménès sur son blog, « tu ne dépenses pas 180 millions pour faire venir un joueur et le faire jouer au poste offensif où il est le moins bon » et fustige ainsi le choix d’Unai Emery qu’il qualifie au passage d’ « hérésie ». Mbappé s’est en effet révélé en Ligue 1 Conforama dans une position plus axiale, dans laquelle il a trouvé le chemin des filets à 15 reprises aux côtés de Radamel Falcao.

Pourquoi pas un losange ?

Résumons dès lors le casse-tête auquel fait face Unai Emery. Un 4-2-3-1 est une bonne solution pour faire un peu de place à Draxler sur le pré, au détriment de l’équilibre défensif. Il semble donc difficile de se passer d’un milieu à trois. Or, dans un 4-4-3, tout comme dans le 4-2-3-1, Mbappé occupe un poste qui ne lui permet pas d’exprimer pleinement ses qualités. De plus, il faut compter avec l’habitude prise par Neymar de dézoner pour venir occuper l’axe du terrain. En évoluant dans un 4-4-2 en losange, le PSG conserve une bonne maîtrise au milieu de terrain. Adrien Rabiot et Marco Verratti jouent un cran au dessus de Thiago Motta, sur les côtés. Ils se répartissent à eux trois la largeur du terrain, comme dans un 4-3-3. Ils peuvent ainsi exprimer leurs qualités offensives et se projeter vers l’avant. Ils aident aussi leur équipier italien à la récupération du ballon. Le PSG densifie son milieu de terrain afin d’assurer une possession de balle conforme à son projet de jeu.

 

4-4-2-losange#1

 

La vraie révolution se fait donc au niveau de l’animation offensive. Neymar est virevoltant sur son côté gauche mais on le voit de plus en plus partir d’une position axiale dans laquelle il se montre dangereux, à l’image du second but parisien contre l’OL qui intervient suite à un délice de passe du brésilien à destination de Kylian Mbappé. « Ney » est un redoutable dribbleur, mais il peut aussi se convertir en un génial numéro 10. Lors de sa dernière saison en Catalogne, son jeu a peu à peu évolué. Moins buteur que lors de sa deuxième saison, il a terminé en revanche troisième meilleur passeur de Liga en délivrant 11 passes décisives. Et cette année semble confirmer le virage pris par le brésilien puisqu’il occupe la première place du classement des passeurs grâce à 4 offrandes délivrées en 5 rencontres de championnat.

Outre le repositionnement de Neymar au poste de numéro 10, à la pointe haute du losange, cette reconfiguration profite aussi à Kylian Mbappé. Il évolue ainsi aux côtés d’Edinson Cavani dans un registre similaire à celui qui était le sien à Monaco lorsque son association à Falcao a permis au Rocher de rouler sur la Ligue 1. Avec deux attaquants de pointe mobiles et capables de peser sur une défense, Neymar pourrait également exprimer ses qualités de dribbleur en arrivant lancé dans l’axe. Les couloirs, forcément plus dégarnis dans un tel système, nécessitent des arrières latéraux ultra-offensifs et le PSG ne manque pas d’arguments dans ce domaine : Kurzawa, Alves, Berchiche et Meunier sont toujours animés par une volonté d’apporter le surnombre offensivement.

Unai Emery dispose d’un effectif très fourni mais doit surtout faire face à un problème de riche, un véritable casse-tête qu’il ne pourra résoudre qu’à condition de faire des choix forts. Se passer de Draxler n’est pas une condition sine qua non en Ligue 1 Conforama. Se priver d’un milieu de terrain pour lui laisser du temps de jeu ne sera pas préjudiciable au PSG en championnat dans la plupart des cas. En revanche, quand l’adversaire est plus coriace, comme l’Olympique Lyonnais dimanche dernier, le 4-2-3-1 d’Unai Emery montre ses limites. Et il faut aussi penser aux gros calibres qu’affrontera le club de la capitale en Ligue des Champions. Pourquoi ne pas essayer un 4-4-2 losange qui permettrait de conserver un certain équilibre au milieu du terrain et à Kylian Mbappé de jouer à un poste qu’il affectionne ? C’est un système certes peu utilisé, mais qui peut fonctionner à merveille, en témoigne la formidable saison réalisée par le Real l’an passé dans ce dispositif.

Credit photo : Pacophotographie

Auteur : Victor Fuseau

Aime tout autant les tacles appuyés d'Iniesta que la finesse technique de Gattuso.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Analyse tactique

Plus dans Analyse tactique, Ligue 1
psg-champion-de-france
La lutte pour le titre, une histoire grecque

Observateurs assidus et simples spectateurs de Ligue 1 s’accordent à dire que le titre de champion de France se jouera,...

ambiance supporters Lensois
Lens, Auxerre : gros budgets, petits résultats

Lens et Auxerre, deux clubs historiques, deux clubs au gros budget, deux clubs en grande difficulté. Le RC Lens et...

Jorge MENDES - 30.08.2014 - Monaco / Lille - 4eme journee de Ligue 1 -
Photo : Olivier Anrigo / Icon Sport
La loi du marché : Faut-il raccourcir le mercato d’été ?

Dans ce monde globalisé régi par la loi du marché, le football joue son effet de miroir et n'échappe pas...

Fermer