Que représente le Classique en 2018 ?

28
octobre
2018

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Catégorie : Ligue 1

psg-om

L’affrontement entre l’OM et le PSG continue d’être un rendez-vous incontournable de notre championnat. Au-delà de deux clubs qui s’opposent, ce sont deux villes, deux cultures, deux visions du football qui se répondent. On a souhaité en connaître davantage sur ce qui fait vivre cette confrontation. On a donc questionné nos deux afficionados des deux plus grands clubs de France…

Tout d’abord qu’est-ce qui a déclenché chez chacun d’entre vous cette passion pour vos équipes respectives ?

Yannis : Comme n’importe quel minot né dans un rayon de 50Km autour de Marseille, c’est un héritage culturel, une passion qui se transmet de génération en génération. Dans les années 90 j’ai une dizaine d’années, l’OM est une des meilleures équipes d’Europe. À tout juste 10 ans, j’assiste, assis entre mon père et mon grand-père, à mon premier match au Vél. Fasciné par l’ambiance, j’ai les yeux qui brillent, des palpitations, je vois l’OM de Papin, Waddle et Abedi Pelé étriller Nantes 6-0. Imprégné, je ressors du stade avec le sang bleu et blanc.

Dylan : Mon père a toujours été supporter du PSG, il est même né en même temps que le club, non pas en 2011 comme certains pourraient le croire, mais en 1970. Il m’a transmis ça petit et depuis que j’ai 11-12 ans j’habite à même pas 1km du Parc à vol d’oiseau. À chaque match, j’entends le bruit du stade de chez moi. Comment j’aurais pu supporter un autre club ? Quand on est parisien, c’est une fierté de supporter le PSG. Le club ressemble tellement à la ville, comme à Marseille d’ailleurs. L’arrivée de stars a ramené beaucoup de supporters (et c’est une bonne chose) mais c’est difficile de réellement comprendre le PSG si t’as jamais mis les pieds dans la ville et ressenti l’atmosphère qui y règne.

Le classico va se jouer dimanche, on connaît désormais l’importance de ce rendez-vous chez les supporters des deux camps, mais quelle signification a-t-il pour vous?

Y : C’est un match contre l’ennemi juré. Ça reste un rendez-vous très particulier à mes yeux. C’est la capitale face à la province, l’occasion de se mesurer à l’arrogance de la capitale et la puissance financière des Qataris qui nous regarde de haut. Dans son histoire, l’OM a cultivé des rivalités sans doute plus prononcées et plus légitimes, Bordeaux, Saint-Etienne, voire Lyon plus récemment, mais pour moi, Paris ça reste LE rendez-vous. Certes, ce sont deux clubs très médiatisés, mais dans le fond tout nous oppose, « Paris est une attraction, Marseille est un passeport » disait Jean-Claude Izzo.

D : Les PSG-OM c’est vraiment des matchs à part. Mon premier gros souvenir c’est d’ailleurs la finale de Coupe de France 2006 qu’on remporte 2-1 grâce à Kalou et Dhorasoo. Mais c’était compliqué pour nous à cette époque. J’ai vraiment été à fond derrière Paris vers 2006 et c’était clairement pas la meilleure période du club. Les matchs face à l’OM avaient une saveur particulière mais on savait qu’ils nous étaient supérieurs. Aujourd’hui c’est totalement l’inverse. Depuis l’arrivée de QSI, le PSG n’a perdu que le premier Classico, en 2011 ! L’écart qui s’est creusé entre les deux équipes avait un peu tué l’intérêt du match, mais la série d’invincibilité l’a relancé selon moi. Aujourd’hui, on sait que le PSG est très au-dessus de l’OM, mais à chaque fois on se dit : «Hors de question qu’on perde notre invincibilité !». On a eu très chaud l’année dernière au Vélodrome, j’espère qu’on se fera moins peur cette fois-ci.

En ce qui concerne l’actualité, comment la rencontre va être abordée par chaque équipe ?

D : Déjà, le match arrive après deux rencontres importantes pour Paris et Marseille dans les compétitions européennes. Mais peu importe la forme des deux équipes, la confiance ou le niveau d’un tel ou un tel, c’est des matchs à part. Quand on se déplace au Vélodrome, on sait qu’on va en chier. La pelouse pas arrosée, les supporters qui chantent (jusqu’à l’ouverture du score parisienne), les joueurs qui mettent des coups… tu fais un bond 25 ans en arrière quand tu vas là-bas ! D’ailleurs c’est pas en bus qu’on va au Vélodrome, c’est en DeLorean ! Mais j’espère bien que la foudre s’abattra sur Marseille et que Mbappe franchira les 88 miles à l’heure… Plus sérieusement, le PSG a remporté ses 10 premiers matchs de championnat en marquant au moins 3 buts à chaque match, mais quelque chose me dit que ça ne se passera pas forcément comme ça sur ce match. Une chose est sur, l’objectif dimanche sera non seulement de garder cette série d’invincibilité contre Marseille, mais aussi de ne pas perdre nos premiers points de la saison chez l’ennemi !

Y : On reste sur deux victoires sans prendre de but en Ligue 1. Peu convaincantes dans le jeu certes, mais c’était important pour la confiance, pour s’ôter un peu de pression et une obligation de faire un résultat face à Paris. On aborde ce match comme un bonus. On doit composer avec les méformes et les blessés, le cas Thauvin inquiète. C’est notre meilleur atout offensif. Sera-t-on capable de mettre autant d’intensité dans les duels comme la saison dernière ? J’en doute, mais si on veut faire un résultat on n’a pas trop le choix, faut leur rentrer dedans.

Quels sont les points auxquels vous attachez le plus d’importance lorsque vous regardez ce match, le résultat, le contenu, l’ambiance…?

D : Tout dépend si il s’agit d’un OM-PSG ou d’un PSG-OM. Quand on va à Marseille, j’attends qu’une seule chose : la victoire. Le beau jeu, la tactique, les joueurs sur le terrain ça passe après. L’important c’est les 3 points ! Quand on joue l’OM au Parc c’est différent, je veux non seulement la victoire, mais une belle victoire. Ne rien leur laisser, pas même un but, pas même une frappe cadrée. J’aime l’idée que le Parc soit imprenable et, ces dernières années, les équipes qui ont réussi à s’imposer au Parc se font très rares…

Y : « À Marseille même pour perdre il faut savoir se battre » écrivait Jean-Claude Izzo (célèbre auteur marseillais). Ici, le public peut pardonner la défaite du moment que les joueurs donnent tout sur le terrain. Chaque jour nous rapproche un peu plus du moment où on se remettra à les battre. En attendant, je vais scruter particulièrement l’intensité et le cœur qu’on mettra dans ce match. Et je veux voir le Vélodrome pousser, c’est un atout considérable pour galvaniser nos joueurs.

Cette opposition dépasse le simple fait de jouer au football, comment voyez vous son évolution depuis sa création dans les années 90’?

Y : Au départ fabriquée de toute pièce, cette opposition a pris sportivement tout son sens dans les années 90. Les matchs étaient intenses, nous luttions pratiquement à armes égales, et ça nous permettait d’être préparés à l’Europe. Nous comme eux. Ensuite, il a été plutôt rare de retrouver l’OM et Paris en haut du classement. L’intérêt de l’affiche en a pâti. Et depuis l’arrivée du Qatar… il y a un gouffre financier entre les deux clubs. Ce match a grandement perdu de son intérêt. C’est l’exemple type de ce qu’est devenu le football, une industrie du divertissement, le prix des places est exorbitant, on nous vend toute la semaine qui précède ce match comme une affiche alors que c’est très déséquilibré. Difficile de lutter contre un club qui appartient à un Etat aux moyens illimités et qui dépense à fonds perdus à des fins diplomatiques. Les battre aujourd’hui, c’est un exploit tout simplement.

D : Je suis trop jeune pour avoir connu les Classico des années 90 mais de ce que j’en sais c’est aujourd’hui bien plus apaisé… Ça restera toujours des matchs plus engager que la moyenne, mais on est plus dans la boucherie. Les joueurs se connaissent, se font la bise avant le match, le climat est sain. On a bien quelques petites déclarations venant de la Commanderie, mais c’est mignon, ça doit les rassurer sûrement…

Votre souvenir le plus marquant de cette confrontation ?

Y : Il y en a tellement .. Je garderais toujours en mémoire le Tifo exceptionnel l’année de Bielsa en avril 2015. L’ambiance était électrique, ce tifo a fait le tour du monde, du Japon à Los Angeles. Ce jour-là, malgré la défaite, je pense que le monde entier a compris quel était le plus grand club français.

D : La finale de 2006 évidemment, le 5-1 au Vélodrome d’il y a 2 ans, les minots qui font 0-0 au Parc, et mon premier au Parc, je sais plus quelle année mais on perd 3-1 avec un but de Zenden après une talonnade de Brandao, un but de Koné et un de Cana… C’est Giuly qui avait marqué pour le PSG. Ça reste un bon souvenir même si la défaite avait fait mal.

Quels sont les joueurs, les entraîneurs ou même les dirigeants qui ont laissé une empreinte sur ce match selon vous ?

Y : Bernard Tapie et Michel Denisot bien sûr, qui ont construit cette rivalité médiatique. Côté joueurs, je citerais Lorik Cana pour le symbole. Formé à Paris, il est devenu une icône ici, je l’adorais. Il avait toutes les qualités pour réussir à Marseille. La hargne, l’altruisme. Et il nous offre la victoire pour son premier Classico. Inoubliable.

D : Je pense directement à Ronaldinho ! Ce qu’il faisait sur ces matchs-là c’est du jamais vu… il était incroyable. Ça doit être le seul qui a réussi à être respecté au Vélodrome, avec peut-être Cavani aujourd’hui.

Y a-t-il pour vous la nécessité que ce type de confrontation existe dans un football où le derby a clairement perdu de son importance d’un point de vue nationale ?

Y : Oui, je pense que c’est très important que ce genre de rivalité perdure. Ça donne généralement des matchs à haute intensité qui nous prépare à l’âpreté des joutes européennes. Et c’est forcément bon pour l’attractivité du championnat, si tant est qu’on arrive à réduire un peu l’écart qui nous sépare des parisiens.

D : Ces matchs-là sont hyper important pour le football français. En Ligue 1, avoir des affiches comme ça qui s’approche de celles de Ligue des Champions, c’est très rare. Même si la qualité n’est pas encore toujours de niveau Champions League, on y est au niveau de l’atmosphère et de l’intensité. Y’a que les confrontations entre Paris, Lyon, Marseille et Monaco qui offrent ça en France !

Aujourd’hui, est-ce que vous accordez davantage d’importance à d’autres matchs qu’à celui-ci dans une saison ?

D : En Ligue 1, non. On a eu un semblant d’adversité avec Monaco sur 1-2 saisons, quand ils étaient à leur top et nous à notre plus bas (sous QSI), mais au vu des dernières confrontations Paris-Monaco, ce n’est qu’un lointain souvenir. Mais les matchs à élimination en LdC sont un tout petit peu plus importants à mes yeux qu’un match face à l’OM, quand même.

Y : Paris ayant beaucoup d’avance, sportivement et économiquement, la rivalité avec Lyon a pris beaucoup d’importance, c’est vrai. Notamment pour la jeune génération qui n’a pas connu l’intouchable OM des 90’s et les premiers « Classiques ». Les matchs face à l’OL sont très attendus et très disputés. Là aussi, ce sont deux villes très différentes dans la mentalité et le rapport au football.

Pour finir une question plus globale, où en sont respectivement les projets des deux clubs ?

Y : L’OM se structure étape par étape intelligemment. Je loue le travail qui est fait par Andoni Zubizarreta en matière de formation. L’OM part de très loin à ce niveau-là. On entre dans une nouvelle ère. Sportivement, la finale d’Europa Ligue et la belle saison qui vient de s’écouler ont ravivé la flamme et nous a rendu encore plus impatients et exigeants. Marseille, c’est un volcan en constante ébullition. Les nouveaux dirigeants sont prévenus : le peuple olympien ne tolérera aucune régression.

D : Après deux saisons très compliquées, où les mauvais choix se sont accumulés à tous les niveaux, le club semble repartir enfin de l’avant depuis l’arrivée de Tuchel. C’est le meilleur choix que pouvait faire le club. Il s’inscrit parfaitement dans l’ADN de l’équipe et du club, et ça s’est tout de suite vu lors de sa présentation. Il a directement compris le club, ce que n’a toujours pas réussi à faire son prédécesseur aujourd’hui, mais passons… L’équipe vient de faire un début de championnat inespéré et a déjà largement creuser l’écart pour le titre, mais on sent que l’état d’esprit est toujours là (du moins en L1…). Ils se donnent à fond et ça donne l’impression qu’une espèce de prise de conscience a eu lieu cet été. Il se dégage un enthousiasme autour de l’équipe que je n’avais plus vu depuis longtemps, ça fait plaisir. Les matchs à Anfield et contre Naples rappellent quand même que tout n’est pas encore réglé, et que, paradoxalement, l’équipe n’a jamais semblé aussi forte alors que l’effectif n’a jamais été aussi mal fait. On finira d’ailleurs par payer cet effectif incohérent, reste à savoir quand…

Auteur : Dylan Houeix

Rédacteur Au Premier Poteau pour servir Edinson Cavani.

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