Pourquoi la Liga est-elle meilleure que la Premier League ?

28
février
2019

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Catégorie : Reste du Monde

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Titre un petit peu provocateur je le concède, mais qui aura au moins le mérite d’attirer votre attention.  Sachez tout d’abord que ce comparatif ne cherche pas à convaincre que la Liga est meilleure, mais simplement d’essayer de creuser les clichés qu’on peut entendre à propos de ces championnats. “Ouais mais en Liga si tu enlèves le Barça et le Real ça vaut pas mieux que la Ligue 1” ; “Les clubs du Top Five jouent tous les WE contre des grosses équipes c’est pour ça qu’ils ne vont pas loin en Ligue des Champions” etc, etc… Peut-être que ces arguments dégainés aussi vite qu’un flash ball lors d’une manif des gilets jaunes sont vrais, mais encore faut-il les étudier pour le savoir.

Pour commencer, regardons le palmarès des dernières éditions de la Ligue des Champions : en 12 ans, elle a été gagnée huit fois par des clubs espagnols. Pire encore, en 2016, dans les deux coupes d’Europe, les clubs espagnols ont été éliminés seulement par des clubs… espagnols. La saison passée, le Real a remporté la compétition, trois clubs espagnols étaient présents en quart de finale contre seulement deux clubs anglais. Le FC Séville a sorti Manchester United ( le 7ème de Liga a donc sorti le 2ème de BPL), le Barça a sorti Chelsea, le Real a défait Liverpool, alors qu’aucun club espagnol ne s’est fait sortir par un club anglais.  Vous le voyez, nul besoin de creuser davantage pour constater la domination de la Liga sur sa cousine anglaise et sur l’Europe du football. Merci, au revoir.

On pourrait s’arrêter ici, mais en faisant preuve d’un poil d’honnêteté intellectuelle, force est d’aller un peu plus loin. Certains tempèrent cette domination espagnole par un contre argument que l’on voit beaucoup revenir : Les clubs anglais sont davantage mis en difficulté dans leur championnat et y laissent plus de plumes, dans la mesure où ce dernier serait plus homogène qu’en Espagne, où seuls le Real, le Barça et éventuellement l’Atletico se disputeraient le titre chaque année face à des équipes “médiocres”. Ce contre argument est, à défaut d’être totalement faux, discutable.

Évacuons très vite l’idée que la Liga se résume au Real ou au Barça. Outre l’Atlético, récent vainqueur de l’Europa League et participant à 2 finales de C1 sur les 5 dernières années, des équipes telles que le FC Séville, (qui a battu le Real 3-0 en début d’année) Alavès (qui a battu le Real en octobre) Eibar (victoire 3-0 contre le Real) la Real Sociedad (victoire 2-0 contre Real en janvier), le Betis (3-4 contre le Barça en novembre) Leganes (2-1 contre Barça en septembre), en plus de battre “les gros”, sont bien classées (c’est-à-dire entre la 4ème et la 8ème place, excepté Eibar).

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Ce constat se vérifie de manière chiffrée. Si l’on s’intéresse à la saison passée, on observe que 32% des défaites du Top 5 l’étaient contre des membres du Top 5 en Liga. Le pourcentage est de 54% en Premier League. Les “cadors” de Liga perdent donc plus contre des équipes moins bien classées que ceux de Premier League. Et, coïncidence ou non, c’est souvent contre des équipes classées dans les 10 premiers. C’est un détail qui aura son importance dans un paragraphe suivant.  La tendance est sensiblement la même pour cet exercice, bien que la saison soit loin d’être terminée.

Notons que ces équipes dites “de seconde zone”, pour celles qui y participent, peuvent se targuer de belles performances lors des joutes européennes, le Bétis faisant figure d’exception après son élimination face au Stade Rennais, plus dû à son arrogance et à une faute de parcours qu’une réelle infériorité face aux bretons.  Ainsi, dire que la Liga est plus faible que la Premier League parce qu’il n’y a que le Real, le Barça et l’Atletico qui tiennent la route, c’est un peu comme une analyse de Pierre Menes : ça n’est justement pas une analyse, mais un enfonçage en règle de porte ouverte.

Autre chiffre qui peut être parlant, l’écart entre le podium et le premier non relégable est, saison après saison, sensiblement le même en Espagne qu’en Angleterre. Homogénéité ? Malgré tout, il faut savoir bonne foi garder, et cet argument de l’homogénéité doit être prolongé par le fait que les “gros” du championnats anglais de disputeraient le titre avec davantage d’équipes que leurs homologues ibériques. Les Manchester, Liverpool ou Chelsea seraient donc plus à même de perdre des plumes en championnat, ce qui impacterait leur lutte à la victoire finale en Ligue des Champions.

Et là, force est de constater que cet argument est bien fondé.  Si je dis “bien fondé”, c’est parce qu’en effet, 3 clubs semblent être en mesure de se disputer le titre en Espagne, quand ils sont 5 en Angleterre (j’exclus Arsenal, désolé pour mes amis Gunners). Cela se vérifie également de manière chiffrée, puisque sur les dernières saisons, l’écart entre le 3ème et le 5ème est toujours plus élevé en Liga qu’en Premier League.

Cela ne saurait toutefois remettre en cause le fait que si 5 équipes peuvent se disputer le titre en Angleterre, allez 6 si on compte Arsenal, le reste n’a tout bonnement rien à espérer, et ne parvient à battre que très rarement les membres du Big 6.
Constat somme toute assez différent en Espagne où jusqu’à 9 équipes semblent se disputer une place dans les 5 premiers, s’offrant régulièrement le scalp des “cadors”. Je vous renvoie à l’argument précédent à propos de la répartition des défaites des membres du top 5 en Liga pour vous en convaincre.

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Si l’on essaie de résumer ce que l’on vient de dire, les meilleures équipes espagnoles sont meilleures que les meilleures équipes anglaises (cf les résultats en Ligue des Champions), quand ces “meilleures équipes anglaises” sont plus nombreuses.
En revanche, passé le top 5, la Liga dispose de plus d’équipes capables de parcours en Europe ou de victoires contre les favoris, dans deux championnats relativement aussi homogènes en termes de répartition des points.

Ajoutons aussi un argument que l’on entend souvent : “Ouais mais le Barça et le Real ils mettent des fessées tous les WE, c’est un championnat en bois”.
Quid de Chelsea et surtout Manchester City qui a pris l’habitude de régulièrement nous offrir des scores de Hockey sur Glace. C’est parce que Manchester City est exceptionnel ? Certainement, mais dans ce cas, pourquoi ne performent t-ils pas autant que le Barça ou le Real en Ligue des Champions ? Ne serait-ce pas parce que les équipes du bas de tableau en Premier League ne sont pas si fortes que cela ?

Si l’on suit cette logique là, et c’est également quelque chose qu’on entend souvent : “Le 15ème de BPL serait largement meilleur que celui de Liga”. La réponse est, ici,  difficile à apporter : le 15ème espagnol est capable (et ça arrive régulièrement), de battre un membre du top 3 en Liga, et dispose sensiblement du même nombre de points en fin de saison que le 15ème anglais.  Donc en fait, si on résume le tout, puisqu’il paraît difficile, voire impossible, de savoir si le 15ème de BPL serait meilleur que celui de Liga, essayons de nous entendre sur des éléments plus mesurables :

La Liga n’est peut-être pas meilleure que la Premier League, mais ces cadors, qui sont certes moins nombreux performent plus en Europe, et plus d’équipes semblent capables de se mêler à la lutte pour les places européennes.  Les clubs anglais doivent indéniablement batailler avec plus d’adversaires de leur calibre. Ce qui est possible de discuter en revanche, c’est le fait que seuls ces derniers doivent s’employer lors de chaque rencontre, et disposent donc de moins (voire pas du tout) de possibilités de faire souffler des cadres avant de grandes échéances. Nous avons vu que c’est tout autant le cas pour le Barça que pour Manchester City par exemple. Cela ne s’explique pas par une simple question de niveau, mais peut-être de culture ? Si les clubs espagnols brillent davantage sur la scène européenne, c’est certainement lié à une meilleure préparation, une sorte de “culture des coupes d’Europe” qui, prise comme ça, ressemble à une formule purement rhétorique trahissant la pauvreté d’un argument, mais qui ,si on l’applique à cette comparaison, prend tout son sens.

Au crépuscule de cette analyse, il reste tellement de points qui pourraient être éclaircis. Est-ce que le joueur formé en Liga s’exporte mieux que celui formé en Premier League ? Un joueur excellent en Liga peut-il l’être en BPL et inversement ? Autant de points que nous ne pourrons malheureusement pas aborder, puisqu’ils pourraient faire l’objet à eux-seuls d’articles ô combien intéressants.

Enfin, pour terminer, il semble important de s’interroger sur le terme “meilleur”. Si l’on s’y penche, cela ne veut pas dire grand chose : plus homogène, plus de victoires sur la scène continentale, plus palpitant, ou peut-être même plus beau à voir ? Et sur ce dernier point, pour finir sur une petite touche de provocación, le débat entre Premier League et Liga semble être tout à fait inutile…

Auteur : Baptiste Lauro-Lillo

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