Plaidoyer contre les émissions de foot à la télévision

11
septembre
2017

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Catégorie : Editos

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Lors d’un entretien à l’occasion des 40 ans de Téléfoot avec Zinédine Zidane qui a ému toute la France du foot, le divin chauve se rappelait aux bons souvenirs de son enfance, de lui regardant Téléfoot, une émission rare à une époque où l’offre en la matière était plus que limitée. Aujourd’hui, la donne a changé : une même compétition est diffusée sur plusieurs chaînes différentes, chaque renégociation des droits TV est l’occasion de redistribuer les cartes, et de nouveaux opérateurs voient le jour. Tous agrémentent alors leurs programmes d’émissions, de shows, pour valoriser leur produit. Pourtant, l’offre est aussi abondante que médiocre. Rares sont les émissions de qualité, le même modèle, qu’il s’agisse d’une émission quotidienne ou mensuelle, a été dupliqué, reprenant les mêmes codes, reproduisant les mêmes erreurs. Pourtant, le football reste fondamentalement un objet télévisuel, et si les réseaux sociaux jouent un rôle de plus en plus important, l’absence de programmes de qualité dédiés au football sur le petit écran, est aujourd’hui une anomalie à laquelle il faut remédier.

La question de la « qualité » comporte nécessairement, et très largement, sa part de subjectivité, et à l’image de films au sujet desquels des critiques de cinéma expérimentés sont capables d’avoir des opinions diamétralement opposées, il est peu probable qu’un jour le monde du foot parvienne à se mettre d’accord sur la définition d’un programme « de qualité ». Ce n’est par ailleurs pas le but de cet article, qui souhaite avant tout montrer comment ces émissions semblent fonctionner de la même manière, alors que les possibilités de faire différemment sont réelles.

Une vision du football restreinte et monotone

Il convient dans un premier temps de préciser ces émissions dont il est ici question, à savoir notamment, le Canal Football Club, L’Equipe du Soir/L’Équipe d’Estelle (bien que n’étant pas exclusivement consacrés au ballon rond), Breaking Foot, Dimanche Ligue 1… La liste pourrait certainement être complétée à souhait. Le premier grief contre ces émissions, pourrait être la redondance des sujets traités, et le déséquilibre du temps d’antenne accordé aux uns et aux autres. Le CFC est un cas d’école en la matière, avec des temps d’antenne consacrés au PSG, à l’OL, à l’OM voire ASM, considérables, tandis que Amiens, Dijon ou Metz ne bénéficieront que de 30 secondes vers la fin de l’émission, dans des résumés de matchs succins. Les supporters de ces clubs auront parfois la bonne surprise de voir un de leur joueur en début d’émission, hilare au micro de la Grande Surface.

Le constat est globalement le même pour les autres émissions citées, bien que cela trouve une logique. En effet, ces clubs sont les plus populaires, accueillent les plus grands joueurs, et il serait presque poujadiste d’exiger un traitement égal de tous les clubs à l’antenne. Néanmoins, cette obsession à constamment braquer la focale sur les mêmes équipes est à la longue lassante. Que ce soit pour les quotidiennes ou les émissions hebdomadaires, comment inventer de nouveaux sujets tous les jours/toutes les semaines, quand un point d’honneur semble être mis à restreindre le champ de la réflexion ? Inévitablement l’intérêt des sujets et du contenu est très variable, parfois il peut être intéressant, mais le plus souvent l’intitulé des échanges sonne creux. Les débats concernant Benzema à chaque annonce de Didier Deschamps, les polémiques stériles sur l’arbitrage revenant de manière régulière, avec les mêmes arguments et souvent les mêmes méconnaissances des règles, n’élèvent en rien le débat et l’intérêt de ces émissions. Certes, les uns est les autres proposent, de manière plus ou moins récurrente, des reportages de deux ou trois minutes sur un joueur, une équipe, moins dans la lumière, mais souvent les échanges repartent sur autre chose.

Cette posture pose par ailleurs question sur la manière dont les personnes qui imaginent ces émissions, perçoivent leur audience. Le téléspectateur ne semble capable que de s’intéresser aux grandes équipes, aux moindres faits et gestes de tel ou tel joueur, à des marronniers qu’on lui servirait tous les ans à la même époque. Ce spectre crée un halo sur toute une partie du football hexagonal et européen. Pourtant, dans un pays qui aime tant soutenir les petits poucets du mois de Janvier en Coupe de France, il ne paraît pas complètement idiot de penser que les supporters sont tout à fait en mesure de se passionner pour le parcours du très talentueux Christophe Pélissier aujourd’hui entraineur d’Amiens, ou sur une approche différente et plus honnête des supporters Bastiais, qui sont systématiquement présentés comme de dangereux hooligans. À ce sujet, l’absence quasi-totale, ou a minima la présence sporadique du débat public, notamment sur les plateaux de télévision, sur le supportérisme en France est incompréhensible. Plutôt que d’inviter Julian Palmieri, au demeurant très sympathique, dans deux émissions différentes à 24h d’intervalle dans l’attente de punchlines, SFR Sport aurait pu par exemple donner la parole à l’Association Nationale des Supporters, ou à des experts du sujet comme il est facile d’en trouver sur les réseaux sociaux.

Moins d’image et plus d’échanges : l’apologie des contenus hybrides et futiles

Dans une interview accordée par Cyril Linette aux Cahiers du Football en 2010[1], le journaliste lui faisait remarquer à très juste titre, « qu’il y’a quand même une part plus grande qui est accordée aux échanges, sur plateau et aux sujets magazine, plutôt qu’aux images de football ». Cette observation fait écho à ce qui vient d’être écrit. L’objet même « football », le jeu, les images, les actions, est de plus en plus absent de ces émissions. Lui sont préféré les discussions entre consultants et invités. Mais ces émissions ne sont en vérité ni dans l’un, ni dans l’autre : ni programmes de résumés consistant des rencontres, ni espaces d’échanges véritablement intéressants. C’est ici un des principaux manques de l’offre existante en programme dédié football : très peu assume pleinement de ne montrer que des images, et aucune ne semble oser ne faire que du débat, de qualité bien entendu.

Jour de Foot et l’Équipe du Dimanche sont certainement des exemples dans l’exercice de ne proposer aux spectateurs que des images de football. Des résumés simples, un présentateur seul en plateau pour lancer les sujets, et c’est à peu près tout. Le concept peut paraître simpliste, mais il a la capacité de répondre à une demande, qui serait malhonnête d’essayer de quantifier, mais qui ne peut être satisfaite ailleurs, tant les autres missions font la part belle à d’autres sujets. Pour le football européen, la répartition des droits TV (véritable fléau), complique vraisemblablement la tâche. Jour de Foot est programmé à un créneau peu visible, en deuxième partie de soirée le samedi soir. Il existe en vérité un créneau idoine pour ce genre d’émission (en s’interdisant le doux espoir d’avoir ce genre de programme en access prime-time le Dimanche soir) : le dimanche matin. BeIN sports l’a parfaitement compris avec son « Dimanche Ligue 1 », qui est peut être la « moins pire » des émissions citées. À cette heure-ci en effet, on prend le temps de montrer un peu tout, et les reportages de Margot Dumont sont très souvent intéressants. Seulement voilà, visiblement aujourd’hui les images ne se suffisent plus, et il faut parler, commenter, analyser. Et ; dans cet exercice, Luis Fernandez éprouve parfois des difficultés à convaincre le téléspectateur et les moments en plateau peuvent devenir gênants. Peut-être qu’avec un autre consultant, DL1 s’affirmerait davantage dans le paysage audiovisuel.

Viennent les autres émissions, d’inspiration talk-show débat, qui constituent le nœud du problème. Ces programmes se veulent volontairement, et légitimement, ancrées au cœur de l’actualité du moment, les consultants et invités devant nous éclairés de leur expertise sur ces sujets. Ne revenons pas sur le choix de ces derniers, ce point ayant déjà été abordé précédemment. Le principal écueil pourrait être résumé de la sorte « à vouloir parler de tout, on ne parle de rien ». En cherchant à évoquer tous les sujets du moment, notamment dans l’espoir parfois à peine dissimulé de pouvoir faire ce fameux « buzz », aucun n’est véritablement traité. Les mêmes 4 minutes seront accordées aux choix tactiques de Rudi Garcia, qu’au dernier tweet polémique de Jean-Michel Aulas. 4 minutes qui tourneront régulièrement davantage à la succession d’opinions, qu’à un réel échange. On oblige les consultants à avoir un avis pertinent, sur tout, et qui puisse tenir en trois phrases. Cette équation reste dure à résoudre, même si la plupart des intervenants arrivent en effet bien à avoir un avis sur tout, et à l’exprimer en trois phrases. L’Equipe 21 s’en ai fait une spécialité, annonçant même au téléspectateur la liste des thèmes sur le côté, et rythmant ses émissions du début de soirée avec ce concept illustrant parfaitement ce propos : deux intervenants ont chacun trente secondes pour s’exprimer, à tour de rôle, sur un thème à propos duquel ils sont en désaccords. D’une manière plus large, parfois les échanges peuvent être intéressants, trop rarement malheureusement, dépendant là encore de la qualité des consultants. Cet article n’a cependant pas pour vocation de cibler nominativement (Luis Fernandez me pardonnera) des personnes dont la présence sur les plateaux TV repose sur des raisons discutables, et dont l’attitude et les propos ne méritent pas la vitrine offerte par un plateau de TV à des heures de grande écoute. Soulignons plutôt, les interventions souvent très pertinentes d’Habib Beye, qui mériterait d’avoir une place plus importante dans ce rôle.

Choisir pour se distinguer et proposer du contenu qualitatif

La question de la pertinence, et de l’intérêt, de ce format, est à interroger. Les programmateurs brandiront certainement les audiences de ces émissions, pour démontrer que l’intérêt du téléspectateur est réel. Cela ne garantie cependant en rien que le résultat ne serait pas le même avec un autre contenu. L’idée d’un thème unique par émission pourrait être testée : le téléspectateur assisterait à un vrai échange qui prend le temps de poser les choses, et serait en mesure de se faire son propre avis à la fin de l’émission, tandis que les chroniqueurs pourraient s’exprimer différemment, et se montrer sous un nouveau jour, eux qui sont souvent sous le feu des critiques. Des émissions quotidiennes pourraient proposer ce genre de chose, un peu dans l’esprit d’une émission comme « C dans l’Air ». En ce qui concerne le CFC, la problématique est différente. Le format hebdomadaire ne permettrait de traiter que d’un seul sujet par semaine. Mais surtout, l’idée ne semble pas compatible avec la diffusion de résumés : quel(s) lien(s) entre ces résumés et le sujet ? Ne serait-il pas frustrant de montrer des images, et de revenir en plateau pour parler d’autre chose ?

Cette réflexion n’est toutefois pas celle d’un professionnel de l’audiovisuel cherchant le modèle de demain qui permettra de gagner des parts d’audience. Le but était d’essayer de montrer en quoi, l’entre deux dans lequel se situent la plupart des émissions dédiées au football en tant que sport, nuit à leur contenu, et à la qualité de ce qu’elle propose. Si le CFC peut se targuer de bonnes audiences, il les doit très certainement surtout à une absence de concurrence et à un horaire propice aux bons scores. D’autres programmes comme « J+1 » ou « Le Vestiaire », adoptent eux une ligne de conduite claire centrée sur autres choses que l’aspect « terrain », mais elles ont le mérite de bien le faire, et les deux émissions jouissent d’une réputation plutôt flatteuse.

La qualité évoquée ici dans le titre, est donc à envisager dans le sens de ce qui est « supérieur à la moyenne », qui se distingue, et en l’occurrence en proposant quelque chose de différent, capable de parler de football côté « terrain », sans se perdre dans des formes hybrides hasardeuses.

[1] http://www.cahiersdufootball.net/article-canal-football-club-est-une-emission-intelligente-3830

Auteur : Raphaël Grandseigne

Enfant du Chaudron, c'est avant tout la ferveur du peuple vert qui m'a rendu fou de foot. Pour un football populaire et le respect des libertés des Ultras. (A gagné le 100ème derby).

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