A Pelé, la lumière, à Garrincha, l’ombre (3/3)

15
février
2014

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Catégorie : Flash APP

Fin de notre dossier consacré au génie Garrincha qui passa sa vie dans l'ombre de Pelé alors qu'il méritait plus.

Coupe du Monde 66’, le pays des fab four en pleine effervescence culturelle accueille les fab two du Brésil: Garrincha et Pelé. Les sexy brésiliens sont attendus comme jamais et ils vont devoir se frotter à un foot européen qui, comme la musique des Beatles, a pris de l’épaisseur et s’en va toucher le graal.

Coups francs, coups bas et fin du Brésil imbattable

Tout commence donc naturellement chez John et Paul à Liverpool contre la Bulgarie. Garrincha et Pelé sont tout les deux titulaires et comme à chaque fois que cela se produit, ils ne perdent pas. Mieux, ils l’emportent 2 à 0. Encore mieux mieux, ils marquent les deux buts sur deux coups francs. Par contre ce qui est moins top, c’est que ces multiples coups francs obtenus l’ont été au détriment de la santé de Pelé maltraité tout le match et forcé au repos pour le second match. Seul, le petit oiseau en fin de vol ne réussit plus grand chose et la Hongrie punit les brésiliens (défaite 3/1). Feola, le coach victorieux de 58 revenu sur le banc, décide donc d’envoyer Garrincha s’asseoir avec les remplaçants pour le dernier match et confie les rênes et les rêves du Brésil à Fin de notre dossier consacré au génie Garrincha qui passa sa vie dans l'ombre de Pelé alors qu'il méritait plus.Pelé qui se doit de vaincre le Portugal pour qualifier les double champions du monde. Malheureusement, les européens ont compris la méthode : des bons taquets tout le long ! Privé de son ailier de feu qui monopolisait toujours son bon paquet de défenseur, il se fait défoncer et les coéquipiers d’Eusebio l’emportent logiquement. Le roi est furax lors de sa sortie sous sa serviette. Il a bien compris qu’il s’est fait avoir à la limite de la régularité. Quelques théories plus ou moins fumeuses feront état de pression anglaise pour que l’arbitre ferme les yeux afin de favoriser l’élimination d’un des plus sérieux rival.

Pelé, Pelé et Pelé. Toute l’attention est une fois de plus sur lui. Plus personne ne semble prêter attention au meilleur joueur de la précédente édition. Mais cette fois ci, ça ne parait plus injuste. Mané n’arrive plus à grand chose, à tel point que son club de toujours, Botafogo, finit même par le vendre aux Corinthians. Une gageure qu’il se chargera de noyer dans l’alcool comme il sait si bien le faire. Ce triste voyage anglais marque en tout cas la fin de l’association magique en sélection. Pelé et Garrincha ensemble sur le terrain, c’est tout simplement 0 défaite pour le Brésil. Quel idée de ne pas avoir titularisé le second pour le dernier match….

A 33 ans, la fin semble proche mais tel le pilier de bar qui ne veut pas rentrer chez lui alors que la fête est fini, le petit oiseau s’accroche à sa carrière. Ballotté d’un club à l’autre, il ne réalise plus beaucoup d’exploit et ne marque même plus que très peu. De 66 à 69, il ne marque que 6 buts dans des saisons qui comptabilisent rarement plus de 15 matchs.

Tel un Végeta qui aurait perdu son San Goku, Pelé ralentit un peu. Il marque un peu moins et gagne un peu moins de titre.

Le triomphe de Pelé au Mundial 70′ 

«Moi, je ne vis pas la vie, c’est la vie qui me vit», ces mots de Garrincha résument bien cette période de sa vie. Incapable de prendre une décision forte, il s’enfonce dans une dépression, qui était latente auparavant. Le Roi, lui, se réveille à l’approche de la prochaine coupe du Monde marquant notamment son 1000ème but officiel au Maracana en Novembre 69 avant de grandement influencer le changement d’entraîneur à la tête de la Seleçao. Virer ce communiste qui voulait le mettre sur le banc et mettre son pote Zagallo à la place. Ce Mondial sera le sien.

Plus que le soliste génial que fut Garrincha en 62, Pelé sera un chef d’orchestre faisant jouant ses partenaires (Jairzinho, Gerson, Tostao et Rivelino) à la perfection. L’arrêt de Banks sur sa tête, le lob raté de peu ou le grand pont sur le gardien jusqu’à la joie finale après que le capitaine officiel, Carlos Alberto est clôturé le score en finale clôturent son chef d’oeuvre qui le fait définitivement passé à la postérité.  C’est bon les gars, on a les images, c’est dans la boîte. Cette troisième victoire du trophée Jules Rimet permet à la nation auriverde de garder le dit trophée pour l’éternité. Et Pelé fut de ces trois campagnes même si… il n’a guère participé à la conquête de la deuxième. Que nenni, l’histoire ne se soucie guère des détails et le couronne « meilleur joueur de tout les temps » en oubliant royalement l’ange aux jambes tordues.

Fiasco européen et rêve américain

Toujours décidé à continuer sa carrière, terminée depuis longtemps dans les faits, Garrincha part en Italie avec Elza Soarès (sa compagne, son seul support et porte monnaie) pour essayer de se trouver un club. Mais les clubs italiens qui le suppliaient en 62’ le Fin de notre dossier consacré au génie Garrincha qui passa sa vie dans l'ombre de Pelé alors qu'il méritait plus.snobent désormais royalement. En fait de réelle opportunité, il n’y aura eu que le Red Star qui aurait en 71 flairé le bon coup. Mais devant les exigences salariales du joueur plus le flou entourant son âge (il déclarait avoir 34 ans lorsqu’il accusait déjà 38 balais), Gilbert Zenatti, le président du club parisien se rétracte. Remâchant ses années dorées, empatté, sans le sou, entretenu par sa femme, cet exile européen a tout du fiasco. Et le fait plonger un peu plus. De plus cette Pelémania l’agace légèrement. Quid de celui qui gagna un mondial à lui seul et qu’on ne veut même plus accueillir dans son équipe ? Il retrouve finalement un club : Olaria, modeste club carioca. La mauvaise blague ne dure que dix petits matchs et un but. Après tout ses efforts pour retrouver un club, il raccroche définitivement les crampons. Son jubilé sera organisé au Maracanã, bien sur, devant 130 000 personnes, bien sur et avec Pelé. Mais ce soir là, la star c’est redevenu Garrincha, acclamé comme jamais même si ça ne lui redonne toujours pas le sourire.

Pelé, lui, est plus que jamais populaire, à moitié à la retraite (Santos le sortant du formol pour des matchs de gala), il s’envole finalement aux Etats Unis en 75. Là bas pour y vendre le soccer à un pays qui y est allergique, il nous gratifiera entre autre de cette superbe tirade : «Pelé n’a pas de couleur, Pelé n’a pas de religion, Pelé n’a pas de race, Pelé est universel». Merde alors, le joueur fut fabuleux mais le mythe brodé autour, tellement aseptisé qu’il en devient un peu gênant.

Voilà, la raison pour laquelle on entendra souvent des brésiliens au détour d’une conversation s’ identifier plutôt à Garrincha qu’à Pelé. Non, Garrincha n’était pas universel, il était et restera brésilien. L’épilogue de cette histoire se déroule lors du Carnaval de Rio 80’.

Les deux légendes y sont présentes mais personne n’est surpris de voir Pelé danser dans son beau costume blanc avec d’autres VIP alors que la stupeur accompagne la vision de cet homme abîmé, détruit, pathétique vêtu au couleur de la Seleçao, assis sur un char d’une école de samba et agitant péniblement la main. C’est la première fois que le pays se rend compte qu’il a mal rendu ce qu’il devait à celui qu’il appelait « la joie du peuple ».

Joie qui n’ira pas beaucoup plus loin, ruiné par ses différentes pensions alimentaires (14 enfants au total), il terminera sa folle course par un coma éthylique fatal dans cet appartement que la fédération brésilienne louait pour lui. Ses obsèques seront gigantesques et accompagnées d’un sentiment embarrassant, de voir partir ce fils turbulent qu’on a négligé mais qu’on aimait tant. C’est ce que semble dire sur ses images d’archives, les larmes de cet homme, maillot du Flamengo sur les épaules, devant la dépouille du génie parti trop tôt (49 ans seulement). Le fils de tout le Brésil est parti. De tout le Brésil moins un. Pelé absent de la cérémonie déclarera plus tard : « C’est l’une des choses qui m’irritent le plus, tout le monde croit que nous étions de grands amis. En Europe, on me demande encore aujourd’hui: “Et ton compère Garrincha?” Mais je n’avais aucune amitié pour Garrincha. » Bah, on te laisse là alors. On terminera avec le poète Carlos Drummond de Andrade qui aura su se montrer plus classieux : « Il n’était qu’un pauvre mortel qui aura contribué à sublimer les peines d’un pays tout entier. Le pire, c’est que les douleurs reviennent et aucun autre Garrincha n’est disponible ». Un pays qui souffre soulagé par le football ? Pas de doute, Garrincha est le Brésil.

Auteur : Mourad Aerts

Joue en troubadour sur tout le front de l'attaque. Amoureux du foot et de ce qu'il représente partout dans le monde

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