Payet : Le roi sans couronne

21
septembre
2018

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Catégorie : Ligue 1

payet

Dimanche soir, 73ème minute d’OM-Guingamp, sur un ballon renvoyé par Sorbon, le défenseur breton, Dimitri Payet, à une vingtaine de mètre des buts de Johnson tente une reprise de volée peu académique, de l’intérieur du pied, brossée, comme s’il frappait un coup-franc. La trajectoire s’arrondit et lobe le dernier rempart guingampais pour finir au fond des filets, le vélodrome est en liesse.

Les réseaux sociaux s’affolent, Antoine Griezmann en connaisseur lance sur twitter un « T’abuses, Dim ! » du plus bel effet. Interrogé après le match le capitaine olympien commente son exploit : « il faut que je frappe, y’a un guingampais qui me vient dessus…il figure dans le top 3 des plus beaux buts de ma carrière avec celui de Leipzig ».

le But de Payet contre Guingamp

Le retour en forme

C’est que le réunionnais est en grande forme, il est impliqué dans 5 buts des olympiens (3 inscrits, 2 passes décisives) lors des 5 premières journées, sa blessure subie lors de la finale de l’Europa League, et qui lui a fait rater la coupe du monde, n’est plus qu’un mauvais souvenir. On se souvient de ses larmes au moment de quitter le Groupama Stadium, sa détresse de laisser ses équipiers sur le champ de bataille, sa déception de ne pas être du séjour en Russie avec les bleus…l’olympien a soigneusement préparé cette nouvelle saison, la cuisse meurtrie est guérie et la silhouette lestée des quelques kilos superflus persistant depuis son retour au club.

Après son long bras de fer avec West Ham en décembre 2016, Dim’ a dû d’abord essuyer des quolibets liés à son prix (29 millions d’Euros pour 4 ans ½), sa prise de poids lors de sa « grève » à Londres ou ses blessures récurrentes, mais le talent n’a jamais quitté le natif de St Pierre, même quand il peinait physiquement, ses prises de balles et ses passes restaient des modèles d’esthétisme et d’efficacité.

Une carrière lente à démarrer

Arrivé sur le Continent à 12 ans, au centre de formation du Havre, Payet est d’abord contraint de rentrer sur son île 4 ans plus tard, le club doyen ne l’ayant pas conservé. Sous les couleurs de l’Excelsior, en 1ère division réunionnaise, le futur olympien effectue une saison complète, marque 11 buts et remporte la coupe de la Réunion (2004).

Dès lors, sa carrière professionnelle va reprendre sa marche avec un passage à Nantes où il effectuera ses débuts en 1ère division le 17/12/2005 contre Bordeaux (0-0). Peu après, le jeune homme inscrit son premier but en pro, contre Metz.

Malgré ses qualités, Payet ne peut éviter aux canaris une descente à l’échelon inférieur en 2007, l’As St Etienne se porte acquéreur pour 4 M€.

Devenu international espoir, le néo-stéphanois parfait sa formation dans le forez, découvre l’Europe (coupe de l’Uefa 2008/2009), la gloire (auteur du but vainqueur lors du derby contre l’OL, il est célébré comme un héros) et l’équipe de France (entré lors des 5 dernière minutes contre la Roumanie en Octobre 2010 il délivre une passe décisive à Yoann Gourcuff pour le 2-0 final).

Au mercato hivernal, le milieu offensif entame un bras de fer contre les dirigeants stéphanois, mais ceux-ci refusent de céder leur pépite au PSG. Démotivé, Payet déjoue et perd même sa place de titulaire avec les verts.

L’homme de l’An 2

Le divorce consommé, Dimitri fonce vers le Nord à l’été 2011, chez les récents champions de France entrainés par Rudi Garcia.

Revenu à son niveau, l’international connait cependant la blessure (opération du genou) qui le freine dans sa progression, les dogues perdent leur titre mais la participation à la ligue des champions fait grandir le réunionnais.

La 2ème saison lilloise sera une réussite, auteur de 12 buts et autant de passes décisives, le meneur ne parvient toutefois pas à empêcher les hommes de Garcia de connaître une saison creuse.

Fortement désiré par Elie Baup, Payet traverse la France pour passer un cap avec l’OM. Hélas là encore sa première saison sera mitigée (8 buts et 4 assists toutefois), mais l’arrivée de Bielsa le révèle comme un joueur décisif du onze marseillais, le « sorcier » argentin agit comme un père fouettard, n’hésitant pas à précipiter le départ en vacances de son leader d’attaque pour manque de motivation en Décembre 2014.

Pour son deuxième exercice sous le maillot blanc, élu une nouvelle fois meilleur passeur de la saison, l’ex-lillois retrouve l’équipe de France, inscrivant son premier but en bleus en Juin 2015 contre la Belgique.

L’Episode West Ham avant le come back

A l’intersaison, le club phocéen, désirant alléger sa masse salariale, envoie sa vedette à West Ham contre 15 millions d’Euros, les supporters sont furieux et jugent la somme faible. En effet, à Londres, Payet prend la pointure internationale et brille sous les couleurs des hammers, par ses coups francs notamment. Slaven Bilic, son coach tombe sous le charme et déclare : »Il est fantastique mais cela ne me surprend pas… C’est un joueur brillant et ce n’est pas seulement un joueur qui fait la différence durant les matches avec ses buts, il est aussi très bon dans la conservation du ballon et pour rendre les autres meilleurs ».

Et voilà qu’après un Euro 2016 où il brille dès le premier match contre la Roumanie (but + assist), puis soigne encore ses stats en ¼, au point d’être classé au ballon d’or en 17ème position, le retour en Albion se révèle difficile jusqu’à la grêve de décembre et le retour à l’OM.

Un roi sans couronne

Certes, le capitaine marseillais n’a, à ce jour, gagné aucun trophée en Europe, c’est d’ailleurs ce que lui reprochent ses détracteurs. Mais oublie t-on que le football est un sport collectif dans lequel chacun contribue pour 1/11ème à chaque victoire ou défaite ?

Certes, il y a quelques exemples contraires, Maradona aurait ainsi gagné « à lui seul » dit-on, la coupe du monde 1986, mais c’est aussi parce que les Brown, Olarticoechea, Burruchaga, ou Valdano se sont donnés totalement pour la cause, en reniant leur mérite personnel, afin que le « pibe de Oro » puisse briller et les faire briller en retour.

Les partenaires passés de Payet ont-ils eu ce sens du sacrifice ? On peut en douter, sans dénigrer les Yapi-Yapo, Cubillier, Dernis, Gigliotti ou même Matuidi qu’il a connus lors de ses passages nantais et stéphanois…

Et puis en regardant les étoiles dans les yeux des supporters présents au Vélodrome dimanche dernier ou devant leur télé lors de la volée de la 73ème minute, on se dit que les plus brillants des trophées, ce sont ceux-là…

Auteur : Gilmon

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