Payet, l’as devenu las

02
novembre
2017

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Catégorie : Ligue 1

payet

Depuis son retour à Marseille, Dimitri Payet peine à retrouver le niveau qui était le sien à West Ham et avant son départ outre-manche. Neuf mois après son come-back sur la Canebière, sa venue a accouché d’une souris. Un état de fait qui pose problème pour l’état major olympien et freine l’OM Champions Project lancé il y a maintenant un an. Explications.

Une adaptation tactique et physique difficile

Le retour du réunionnais sur le Vieux Port n’a pas épargné les rédactions des journaux de presse sportive. Le transfert a effectivement pris des allures de feuilleton puisque le joueur est allé au clash avec les dirigeants de West Ham, qui, pendant quatre semaines, étaient prêts à vendre Payet le matin et rompaient les négociations l’après-midi. Durant toute cette période, le joueur ne s’est plus entraîné attendant patiemment le dénouement de son transfert. Le 30 janvier dernier, les supporters marseillais ont donc accueilli un Payet plus corpulent et aux joues plus généreuses que celui qu’ils avaient vu partir pour Londres à l’été 2015.

Une condition physique qui annonce aussi un problème tactique pour l’effectif de l’OM. A son arrivée, Garcia envisage de confier le flanc gauche de l’attaque phocéenne à Dimitri Payet et de le laisser dézoner fréquemment afin qu’il anime le jeu offensif de l’équipe. En somme, le coach lui donne les clés du jeu marseillais. Ce choix n’a rien de surprenant dans la mesure où Payet sort de deux saisons prolifiques et a fait bonne figure lors de l’Euro 2016. Néanmoins, la condition physique de Payet ne lui permet pas d’assurer ce rôle. Le poste d’ailier est exigeant et les joueurs qui l’occupent doivent être en capacité de gagner des un-contre-un et faire preuve de rapidité ainsi que de vivacité aussi bien pour déborder les défenses adverses que pour soutenir l’arrière latéral lors des phases défensives. Ce dernier point est d’autant plus important que Payet partage le flanc gauche avec un Patrice Evra qui n’a plus le « coffre » de ses 25 ans. Autant de tâches que l’international tricolore aura du mal à réaliser malgré une aisance technique incontestable. Le Vélodrome retrouve alors un Payet quelque peu frileux qui n’a jamais vraiment pris les clés de l’équipe comme l’espérait Rudi Garcia. La débâcle face au Paris SG la saison dernière en est la parfaite illustration avec un Patrice Evra aux abois que Dimitri Payet, inexistant sur le front de l’attaque, n’est pas parvenu à suppléer défensivement.

Après six premiers mois en demi-teinte, oscillant entre manque d’impact physique et justesse technique, Payet semble revenir nettement plus affûté en début de saison. La préparation de pré-saison lui a permis de s’affiner et le joueur retrouve la condition physique dans laquelle il avait quitté l’OM en 2015. Mystérieusement, il sort à la mi-temps de Marseille-Dijon lors de la première journée en raison d’une blessure musculaire et ne retrouve les terrains que quatre semaines plus tard, pour la réception de Rennes. A nouveau, c’est un joueur avec un peu d’embonpoint qui se positionne sur l’aile gauche de l’attaque marseillaise. Payet traversera ce match cauchemardesque comme un fantôme. Pour lui, le salut viendra de Rudi Garcia qui a repositionné son équipe en 4-2-3-1 afin de renforcer son assise défensive. Une délivrance pour Payet puisque sa position de meneur de jeu le libère des exigences défensives et des un-contre-un inhérents au poste d’ailier.

Coup de frein au projet marseillais

Ce bouleversement tactique permet à l’OM de renouer avec des résultats plus adéquats avec ses ambitions et à Payet d’exprimer exclusivement son aisance technique. En revanche, il cache un malaise plus profond que l’état major olympien peine à reconnaître en public. Payet est la recrue phare de l’OM Champion Project. Il est même le joueur le plus cher de l’histoire de l’OM puisque Franck McCourt a dû débourser 30 millions d’euros pour l’acquérir. Un statut qui justifie d’autant plus le rôle de leader d’attaque que Rudi Garcia souhaite lui confier.

A ce stade de sa seconde aventure marseillaise, ce n’est pas faire insulte à Payet que de dire que son apport ne s’est pas pleinement ressenti sur le terrain. De nouveau, il apparaît à la peine physiquement et son aisance technique se révèle intermittente depuis quelques matchs. Ses frappes lointaines et ses coups de pied arrêtés n’effraient plus grand monde et sa bonne prestation à Nice ne cache pas quelques ratés face à Strasbourg et une deuxième mi-temps proche de l’indigence contre le Paris SG. Une situation qui fige la progression du jeu offensif marseillais puisqu’il en est le dépositaire légitime depuis son retour. Si l’OM a trouvé ses leaders défensifs avec Mandanda, Rami, Amavi et Luiz Gustavo, on ne peut pas en dire autant de l’attaque olympienne. Payet n’étant pas en mesure d’assurer son rôle de leader, l’OM apparaît davantage comme une équipe hargneuse et combative qu’un collectif bien huilé, capable de marquer et de faire mal à tout moment. C’est pourtant ce qu’attendent les supporters marseillais et plus généralement les observateurs de football : un OM conquérant et offensif qui fait honneur à sa devise. Il apparaît désormais clair que l’équipe de Garcia ne pourra pas construire une identité de jeu sans un Payet à son meilleur niveau.

Cette affirmation peut paraître anodine mais elle est lourde de sens. Payet est en effet la recrue la plus onéreuse du projet de l’OM et son contrat court jusqu’en 2021. Le joueur fêtera alors ses 34 ans. Il semble donc promis à une fin de carrière sous le maillot olympien. Le coût de son transfert et le statut que lui a confié Rudi Garcia montrent aussi que l’OM n’envisage pas d’autres solutions que Payet pour l’animation de son attaque lors des deux ou trois prochaines saisons. Le réunionnais est alors condamné à se reprendre s’il ne veut pas impulser l’enlisement de l’OM Champions Project. Au vu des récentes prestations, le risque de voir un OM performant mais sans véritable identité de jeu est réel. Une situation qui impliquerait, pour le club, une stagnation au classement lorsque l’on voit la qualité de jeu désormais nécessaire pour occuper une place sur le podium de Ligue 1. Le projet donnerait alors la sensation de piétiner et raviverait des tensions déjà apparues lors du mercato d’été poussif du côté de la Commanderie. Le niveau de jeu insuffisant de l’équipe a d’ailleurs déjà considérablement affaibli Rudi Garcia dans les travées du Vélodrome.

Épuisé par deux saisons en surrégime ?

Émoussé physiquement et techniquement un ton en dessous qu’il y a quelques mois, Payet a aussi perdu sa place de titulaire en Équipe de France. Une lente mais certaine baisse de régime qui interroge. L’hypothèse d’un Payet en surrégime lors des saisons 2014/2015, à Marseille, et 2015/2016, à West Ham, fait alors surface. Le joueur a en effet connu les deux exercices les plus aboutis de sa carrière marquant au total 16 buts et délivrant 35 passes décisives. Des saisons lors desquelles Payet semblait être au sommet de sa forme.

La saison 2014/2015 était celle du renouveau pour lui. Il sortait d’une première saison très contrastée à Marseille et avait à cœur de se racheter. Il a pu bénéficier de la science de Marcelo Bielsa qui lui a permis de développer et d’exprimer pleinement son aisance technique en contrepartie d’une folle débauche d’énergie. La saison suivante, sous les couleurs de West Ham, il a pu confirmer ses qualités physiques face à l’intensité de la Premier League et apporter sa touche technique à une équipe qui en avait cruellement besoin. Deux grands faits d’arme qui lui ont offert une place de titulaire à l’Euro 2016, lors duquel il a survolé les phases de poule puis enchaîné avec des confrontations à élimination directe moins convaincantes mais toutefois honorables.

Ces deux saisons ponctuées par l’Euro 2016 semblent être l’apogée de la carrière de Payet. Aveuglés par ses performances de haut niveau, certains, dont les dirigeants marseillais, y ont vu le tournant d’une  carrière enfin radieuse et à la mesure du talent du joueur. Il semblerait, en réalité, que ces deux années recouvraient plutôt des allures d’apothéose et que le réunionnais soit désormais fatigué de cette période au cours de laquelle il a enchaîné une centaine de matchs à son meilleur niveau tout en étant fréquemment décisif.

Revenu en héros et dépositaire du jeu marseillais pour lancer le projet de l’OM, Payet marque le pas depuis son retour. Tout Marseille l’attendait affûté, spectaculaire et décisif et doit finalement se contenter d’un Payet qui trottine et d’un projet qui donne la sensation de piétiner, fait de sueur et de sang plutôt que de beau jeu. La tendance doit rapidement s’inverser, aussi bien pour l’OM que pour le joueur. Le club risque de voir son projet végéter faute d’un niveau de jeu suffisant et son attractivité s’affaiblir sur le marché des transferts. Handicapant pour impulser un projet qui se veut ambitieux. Du côté du joueur, un sursaut est indispensable sans quoi le mois de juin prochain risque d’être long et frustrant devant les performances des Lemar, Fékir, Mbappé et consorts sous le maillot bleu.

Crédit photo : football365.fr

Auteur : Pierre Foucault

Le cœur noyé dans la sueur de Mamadou Niang, c'est enivré par la douceur d'Andrea Pirlo, bercé au jeu à la nantaise et fasciné par le couloir d'Highbury que j'ai commencé à flirter avec le foot.

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