“Paga”, le rire pour survivre

10
avril
2019

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

Laurent Paganelli

Pris à partie par Thomas Tuchel dimanche soir après une plaisanterie que le coach teuton du PSG n’a pas appréciée, « Paga » n’en est pas à son coup d’essai en terme de dérapages plus ou moins contrôlés, mais le trublion de Canal a toujours développé une singularité qui est sa marque depuis 40 ans…

Parmi les documents que Télé foot a ressortis des tiroirs pour fêter ses 40 ans d’existence, le reportage de Didier Roustan datant de 1981 n’est pas le moins iconoclaste.

“Migou” le “Charlot” de Sainté

On y voit en effet le stéphanois, plus jeune professionnel à avoir joué parmi l’élite à 15 ans et 10 mois, arriver dans une 2 CV « antique », et se garer laborieusement sur le parking sous les yeux médusés et inquiets de ses équipiers Larios et Zanon. Un casque capillaire sur la tête, un accent trahissant ses origines sudistes (il est né à Aubenas (Ardèche) et a passé son enfance et adolescence en Avignon), le jeune attaquant, alors future vedette du football français (qu’il ne sera finalement pas), évoque les entrainements, ses relations avec ses équipiers avec un sérieux étonnant, avant d’avouer en fin d’interview « enfin, disons que j’aime bien rigoler, comme tout gars du Sud ».

Le reportage se termine sur un « Migou » (son surnom d’alors) mimant Charlie Chaplin et sa démarche caractéristique dans une rue piétonne du Forez, accompagné par la musique du générique d’Histoires sans paroles (émission des années 70-80). Et c’est donc ce registre de « mec marrant » que l’on a retenu de Laurent Paganelli, footballeur précoce, promis à un avenir doré mais qui, en raison de blessures et de problèmes psychologiques (manque soudain de confiance de son entraineur Herbin à St Etienne, perte de son frère…), en a été réduit à revoir ses ambitions.

Le plaisir comme leitmotiv

Enfin, ambition est un grand mot pour celui qui affirmait : « Dans le foot, ce que j’aimais avant tout, c’était prendre du plaisir. Le football, cette pureté, c’était tout ce dont je rêvais, tout ce que j’imaginais, tout ce que j’aimais faire avec le ballon » (Interview So foot, octobre 2016). Il n’a jamais eu de plan de carrière, Paga, le terrain n’était que l’extension de la cour d’école, il y faisait ce qui pouvait lui apporter du plaisir, un Hazard ou Ben Arfa de l’époque, bien moins intéressé à récupérer le ballon qu’à l’utiliser pour créer et s’amuser. Bien sûr, ce genre de joueur atypique n’est pas le plus facile à « gérer » pour un entraineur ou un club, il y a des hauts qui tutoient le ciel et parfois aussi des matches où la muse ne veut pas se manifester.

Parti de Saint-Etienne pour cause de caisse noire et d’embrouille avec Robby Herbin, le vauclusien atterrit à Toulon où, avec la bande à Courbis, Alfano, Onnis, Emon, Dalger et Olmeta il reprit le gout au jeu au point de frapper à nouveau aux portes de la sélection. Las, le destin s’en mêla sous la forme d’un virage que la moto de son frère ne suivit pas, « Paga » ne s’en remettra pas. Ni Grenoble, ni le retour sur ses terres avignonnaises ne parvinrent à remettre en selle le joueur Paganelli.

Lui pour qui le moteur était le plaisir n’en ressentait plus, ni sur le terrain, ni dans la vie, sa carrière se termina comme un fade out, le DJ poussa le bouton progressivement jusqu’à ne plus émettre le moindre son.

Canal à la rescousse

Après une expérience d’éducateur spécialisé dans sa ville, Canal le contacta et lui permit de continuer à vivre de sa passion. En difficulté financière, avec 2 enfants, l’ex-petit Mozart fut intronisé homme de terrain un soir de 1997 au stade du Ray pour un Nice-Lille où les circonstances (coupures de courant) l’obligèrent à improviser, se débrouiller, meubler … malgré le trac il adora. Dès lors, une deuxième carrière commença, que ni les blessures, ni les choix du coach ne pourront entraver, et l’homme inventa un métier, celui de consultant de terrain, mais à la mode « Paga », c’est-à-dire avec la fantaisie qu’il ne put totalement exprimer du temps où il mettait les crampons.

Original pour les uns, incompétent pour les autres, le vauclusien ne laisse personne indifférent, il évolue sur un fil, et chaque intervention semble être le prétexte à un grand éclat de rire, qu’importe si la syntaxe n’est pas très juste, l’anglais approximatif (« you touch the coupe » à l’adresse de Balotelli), parfois mêlé d’un espéranto multi-langues tout aussi rudimentaire (Strootman : “Il m’a parlé en italien, en anglais et en français. Il m’a parlé dans toutes les langues“).

Ce serait aussi oublier qu’en tant qu’ex-professionnel, Paganelli est également capable de donner un avis technique sur le jeu (placement du corps, gestes ratés, choix tactiques), et ses interviews à chaud, parfois délicates à réaliser, ne sont possibles que si les joueurs apprécient son sens du relationnel qui les met à l’aise devant la caméra. Il avoue d’ailleurs ne jamais avoir pris de « râteau », et s’enorgueillit d’avoir parlé aux meilleurs, qu’il admire : « une chose est sûre, avec les grands joueurs, tu n’as jamais de problèmes. Ils te disent toujours oui. Il y a eu Eto’o, Zidane, Ronaldinho… la plupart de ces mecs-là, c’est la classe ».

A 56 ans, le visage désormais orné d’une barbe blanche, l’ex-stéphanois défraye toujours la chronique, il a créé son compte twitter où il s’adonne librement à sa fantaisie sous la forme de sketches où les jeux de mots footballistiques se multiplient (prendre une tronçonneuse pour couper un volet de fenêtre afin de s’entrainer à la demi-volée !) et continue d’arpenter les rectangles verts de l’hexagone où il délivre des facéties que seuls les initiés peuvent comprendre (« on te le souhaite en tout cas ! »), quitte à chagriner quelque entraineur étranger trop sérieux !

 

Crédit photo : Olympique de Marseille – Girondins de Bordeaux, Ronald Zubar au micro de Laurent Paganelli saison 2007/2008; par Larckange13 sous licence creative commons

Auteur : Gilmon

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