Où sont passés les n°10 ?

03
août
2017

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Catégorie : Edito

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En l’espace d’une quinzaine d’années, les meneurs de jeu sont passés de véritable pierre angulaire de l’animation offensive, à rareté dans le football actuel. Mais comment s’en passer ? Et ont-ils réellement disparus ?

Alors que l’équipe de France est encore vierge de tout trophée, elle parvient à soulever le trophée de champions d’Europe 1984 au Parc des Princes grâce à son homme providentiel et n°10, Michel Platini. Le meneur de la Juventus marque 9 buts en 5 matchs dans la compétition et est alors le meilleur joueur au monde. Il est le symbole des n°10 à l’ancienne, faisant la pluie et le beau temps en club comme en sélection. À l’instar des Maradona, Baggio, Rai, Zico ou Pelé, les meneurs de jeu vivent leur heure de gloire. Le physique ne prend pas encore le pas sur la technique et les 10 se régalent, une fois débarrassés de leur marquage individuel, dans les espaces laissés par leurs adversaires directs. Mais le crépuscule du football plaisir plane à l’aube du football du XXIème siècle, où la technique est dépassée par le physique et l’intensité des joueurs. Les espaces se réduisent et le marquage individuel devient obsolète dans ce football fait de mouvements et dépassements de fonction.

Que sont-ils devenus ?

Alors adieu nos bons vieux 10 ? Pas encore tout à fait. Les centres de formation des clubs européens continuent à en sortir, et pas des moindres, mais les Zidane, Gerrard, Lampard, Beckham ou Pirlo vont devoir trouver des solutions pour résister au plus haut niveau. Le meneur de jeu à l’ancienne disparaît petit à petit pour faire la place aux milieux relayeurs box to box et autres ailiers faux-pieds très en vogue pour animer le schéma ultra-dominant du foot actuel, le 4-3-3. Dans ce schéma, le 10 pré-années 2000 n’a plus sa place au très haut niveau. Il devra alors faire sa mue et s’adapter aux nouvelles exigences pour rester en haut de l’affiche, sous peine de faire une carrière en deçà de son talent à l’image de Riquelme ou Aimar.

Alors coach d’un grand AC Milan, Carlo Ancelotti est le premier à avoir déplacé son et même ses meneurs de jeu pour s’adapter au football actuel. Le Mister possède dans son effectif non seulement Pirlo mais aussi Kaka et Seedorf. Il trouve alors un moyen de les faire jouer ensemble et crée son célèbre “sapin de Noël”, sorte de 4-3-3 avec des ailiers très portés vers l’intérieur. Pirlo, n’ayant pas la vitesse d’exécution nécessaire pour jouer proche de la surface, il redescend en n°6 pour devenir meneur de jeu devant la défense, là où le pressing est moins intense et où il a tout le jeu face à lui. Seedorf devient un vrai joueur box to box, sorte d’ancêtre de Pogba en mieux, le hollandais n’ayant pas une vitesse de course énorme mais un volume de jeu impressionnant. Et enfin Kaka est repositionné dans le trident offensif, en 9 et demi, où sa qualité de dribble, de passes et dans la finition en ont fait un Ballon d’Or.

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Pirlo, Kaka et Seedorf sont les trois exemples de repositionnement possible pour les n°10 à l’ancienne. Il y a eu aussi Zidane à gauche au Real Madrid, Beckham, Modric ou Fabregas en relayeur et Gerrard, Pjanic ou Yaya Touré en meneur de jeu devant la défense.

Tout est une question de perception

Mais c’est dans le domaine offensif, avec l’explosion des faux-pieds sur les ailes, où l’on retrouve désormais les n°10. Le 4-3-3 étant le schéma préféré des clubs aujourd’hui, les faiseurs de jeu se sont décalés, sur le papier, sur un côté pour pouvoir mieux dézoner ensuite. Le dépassement de fonction et le mouvement sont désormais primordiaux pour déséquilibrer l’adversaire et la position excentrée des 10 modernes permet d’attirer le latéral adverse dans l’axe pour ouvrir le couloir au latéral. Ronaldinho a été l’un des premiers dans ce registre puis s’en sont suivis les Messi, Di Maria ou Nasri. Aujourd’hui, de plus en plus de joueurs que l’on pensait incapable de jouer sur un côté le font, tant le schéma sur la présentation des équipes est différent au moment où l’équipe a le contrôle du ballon. Les entraîneurs laissent leurs meneurs excentrés totalement libres en phase offensive et le schéma n’est réellement visible que lorsque l’équipe est en phase défensive. C’est dans ce modèle-là qu’un Isco joue à droite au Real, que Pastore ou Coutinho jouent à gauche à Paris et Liverpool, que Mata se balade ici ou là et que James Rodriguez joue tantôt milieu, tantôt attaquant.

Mais dans ce football qui n’a d’yeux que pour le 4-3-3, une poignée d’irréductibles n°10 tentent de s’imposer au très haut niveau, Dybala et Fekir en tête. Les deux joueurs possèdent un talent hors normes en meneur mais si la Juve et Lyon peuvent construire leur équipe autour d’eux, pas sûrs que cela soit le cas ailleurs. Ils devront alors apprendre à s’exiler de temps à autre sur l’aile pour pouvoir mieux revenir dans l’axe ensuite. Comme les autres. Les efforts, notamment défensifs, sont plus importants dans une position excentrée mais les entraîneurs ne peuvent plus se permettre aujourd’hui d’avoir un voire deux joueurs désintéressés par le travail défensif. Les meneurs de jeu n’ont donc pas disparu mais ont dû faire leur mue, sans quoi ils seraient passés de n°10 à numéro bis.

Auteur : Dylan Houeix

Rédacteur Au Premier Poteau pour servir Edinson Cavani.

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