On a vécu le match le plus électrique de l’année au cœur du Virage Sud (et on a failli défaillir)

23
octobre
2017

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Catégorie : Dossiers supporters

Pogo OM PSG

En ce dimanche 22 octobre, le mistral souffle fort sur la fille de Phocée. Dans notre folie olympienne nous sommes beaucoup à nous dire que ce vent qui vient fouetter violemment notre belle Marseille est annonciateur, qu’il porte en lui les germes de la révolte, que c’est le jour où ce même vent va tourner. Voilà désormais six longues années que nous n’avons pas battu le Paris Saint-Germain et il y a de ça quelques mois, le puissant vent s’est abattu sur nous pour nous renverser de manière humiliante. L’écart n’a pourtant jamais semblé aussi grand entre les deux équipes mais la passion a ceci de particulier qu’elle est un mélange de souffrance et d’extase qui peuvent, une fois mises ensemble, faire perdre la raison. Toute la France du foot, peut-être même au-delà des frontières, attend que le PSG lamine nos onze Spartacus. Comme attirés par l’odeur du sang, les vautours se sont faits chaque jour un peu plus menaçant s’apprêtant à jaillir sur la charogne phocéenne aux alentours de 23h ce 22 octobre 2017, peut-être même avant.

« Avec les couilles ou rien » ! Tels sont les mots qui ont été apposés par les MTP sur le pont du cours Lieutaud, un peu comme la devise de ce match. Ces mots, crus et vulgaires pour les parfumés, nous parlent intimement, nous remuent intensément, nous font nous mouvoir et croire à un impossible exploit. Aux premières lueurs du jour, les Marseillais.es savent déjà que ce jour sera le plus long de l’année. Nombreux sont, sans doute, ceux qui, comme moi, ont eu du mal à trouver le sommeil la nuit passée, à calmer leur pouls, à tempérer leurs ardeurs pour attendre ce jour et ce match si particulier. Il y a une série abominable à briser, un honneur à retrouver, une fierté à porter à nouveau en étendard. Les dernières humiliations subies face à ces mêmes Parisiens ou aux Monégasques ont laissé des traces, bien plus que des points laissés en route, c’est une fierté qui a été abandonnée par les joueurs sur le terrain lors de ces tristes soirées.

 

Alors on tue le temps

 

Dans cette si longue journée que faire ? Après avoir ouvert les yeux aux aurores comment tuer les douze, treize ou quatorze heures qui nous séparent du feu d’artifice qui s’annonce ? Comment ne pas, à l’instar des joueurs, jouer dix mille fois le match dans sa tête ? Comment réussir à tenir en place alors même que tous nos membres ne réclament qu’une seule chose, être au stade. Les cordes vocales sont pressées de rugir, les mains pressées de taper l’une contre l’autre au rythme des tambours, d’agiter les drapeaux dans l’arène, de faire tournoyer les écharpes, les pieds pressés de sentir le plastique dur des sièges, les jambes pressées de propulser l’ensemble de nos corps en l’air, les poumons pressés de se remplir et se vider à un rythme frénétique, le souffle pressé d’être coupé par des actions, le cœur pressé de vivre des ascenseurs émotionnels qui effrayeraient le plus chevronné des cardiologues.

Alors pour patienter et tuer le temps chacun s’occupe comme il peut. Certains font les cent pas dans la ville un peu comme si cela allait aider à évacuer la pression, d’autres s’enquillent les pastis les uns après les autres. Certains autres organisent un cortège dont les images ont fait le tour des réseaux sociaux. D’autres encore profitent du soleil que les nuages laissent tranquille aujourd’hui grâce au mistral si puissant. Une chose est certaine en tous cas, pour chacun d’entre nous, peu importe l’occupation que nous avons choisie pour tuer le temps, elle ne le tue pas assez vite et nous sommes tous comme des junkies en manque de dope face à cette horloge et à ce temps qui défile décidément bien trop lentement. Personnellement j’ai opté pour l’excellente exposition du Mucem « Nous sommes Foot » dont je vous parlerai prochainement. Comme pour préparer de manière idoine ce choc l’exposition se termine sur la magnifique phrase de Marcelo Bielsa : « Dans le football, la seule chose irremplaçable ce sont les supporters ». Avec les couilles ou rien, ce slogan doit être appliqué à nous-mêmes aussi dans le Virage car un résultat ce soir passera par une prestation de haut vol des tribunes.

 

La rabia del pueblo

 

Et le public marseillais ne s’y trompe pas. Dès 18h30 il y a littéralement le feu devant le Vélodrome. Sur le parvis du Boulevard Michelet, on ne compte plus les fumigènes craqués et les chants entonnés. Le match ne démarrera que dans 2h30 mais il est déjà lancé devant le stade. Les Marseillais.es s’appliquent la devise fièrement affichée sur le Cours Lieutaud. Les chiens enragés ont déboulé vers le Vélodrome et rien ne semble pouvoir les arrêter. Cette grinta, cette rage du peuple, dès 19h30 les Virages s’efforcent de la transmettre à nos onze Spartacus. « Un peuple uni ne sera jamais vaincu » affiche fièrement le Virage nord – faisant fi des consignes (ridicules) invitant les supporters à ne pas arborer de messages politiques, idéologues ou même philosophiques. La France du foot a déjà baissé le pouce pour ordonner au PSG de mettre à mort l’OM mais ce soir, dans le Colisée que représente le Vélodrome il n’y a pas que onze gladiateurs, il y en a 60 424 à avoir la bave aux lèvres et les yeux révulsés.

Nombreux étaient ceux à nous regarder comme des brebis et à attendre que le loup parisien vienne nous dévorer. Ils avaient oublié que les brebis enragées peuvent devenir plus dangereuses que les loups. Cette rage qui anime les joueurs et le public est magnifiée à l’entrée des joueurs par un tifo magnifique des Winners et par une phrase aussi simple qu’efficace sortie par le CU : Lutter et vaincre ! Cette déferlante sonore – et la présence aussi insolite que merveilleuse d’un manche à serpillère brandi dans le Virage – qui s’abat sur le Vélodrome et sur les Parisiens se trouve portée à incandescence en première mi-temps quand la frappe puissante et flottante de Gustavo va trouver le petit filet et trouer un Areola impuissant. Le premier tremblement de terre vient d’avoir lieu et nous sommes tous en train d’espérer qu’il sera suivi de bien d’autres. Dans cette soirée qui ne sera pas comme les autres, on commence à en prendre conscience à ce moment-là, même l’égalisation de Neymar sur l’une des seules occasions parisiennes de la mi-temps n’entame pas la folie qui s’est emparée du stade et c’est un rugissement de plaisir et d’ambition folle qui raccompagne les joueurs au vestiaire à la pause sous les cris de la foule qui scande que son Olympique est le plus fort.

 

La fierté retrouvée

 

Malgré la tête qui tourne, malgré les tempes qui bourdonnent, malgré les cloques sur les mains, malgré les cordes vocales enflammées, malgré tous les signes extérieurs de défaillance proche, la deuxième mi-temps voit l’ambiance monter encore d’un cran et se retrouver électrique comme rarement au stade. Bien que le début de la deuxième période ne réserve que peu d’occasion (aucune même), la rage du peuple et des valeureux avatars de Spartacus sur le terrain est décuplée et il faut voir Thauvin se jeter comme un mort de faim sur chaque phase défensive, Amavi mettre dans sa poche arrière Mbappe, Rolando se muer en véritable patron. L’ambiance devient si électrique que je me plais à penser qu’elle a joué un rôle dans le fait que les Parisiens soient quelque peu sortis de leur match. Neymar est, à cet égard, le symbole de ce phénomène. Mettant trois quarts d’heure à tirer son corner et jouant la starlette avant de se faire expulser plus tard sur un geste d’humeur sur Ocampos, le Brésilien semble ne pas avoir assumé son statut et la furie qui s’est abattue sur lui.

A un peu moins d’un quart d’heure de la fin du match va survenir le deuxième tremblement de terre du match, le même tremblement où nous avons tous failli défaillir tant la folie qui s’est emparée du stade à ce moment-là est rare. Njie se bat comme un chien enragé pour récupérer la balle à un Rabiot (le plus arrogant des Parisiens) en dilettante pour servir Thauvin qui grille la politesse à Thiago Silva pour envoyer le Vélodrome au septième ciel. La tribune a littéralement tremblé en même temps que les filets et peu seront sans doute capables de se remémorer précisément ce qu’ils ont fait à ce moment-là. L’électricité se mue alors en tension très élevée que le Aux Armes consécutif au but vient porter à son maximum. C’est à ce moment-là que Neymar se fait expulser pour un geste d’humeur sur Ocampos. Sans doute rarement habitué à jouer dans un stade aussi hostile depuis qu’il est arrivé en Europe, la star parisienne est complètement sortie de son match, sans doute au moment où il a mis une éternité à tirer son corner devant la tribune Ganay. Tel Icare nous nous sentons alors invincibles et c’est le moment que choisissent Bouna Sarr et Morgan Sanson pour saloper une double occasion de break et faire revenir le doute dans la tête de tous les supporters. 93ème minute, Ruddy Buquet siffle un coup franc pour le PSG à environ 25mètres des buts de Mandanda. Cavani, inexistant jusqu’ici, se saisit du ballon. La suite, tout le monde la connait. Malgré les 60000 personnes soufflant comme pour pousser le ballon au-dessus de la barre, l’Uruguayen transperce Mandanda et le cœur des supporters. Malgré la déception et la frustration, nous avons retrouvé de l’honneur, de la fierté et de la dignité. La France du foot qui avait déjà baissé son doigt pour ordonner la mise à mort de notre Olympique s’est retrouvée fort dépourvue quand la puissante bise phocéenne est venue. Nous avons caressé du doigt l’exploit de faire tomber l’ogre parisien. Comme Sisyphe nous avons finalement vu notre rocher dévaler la pente à un centimètre du but. Mais comme l’avait écrit Camus en son temps, ce soir il faut imaginer Sisyphe heureux. Heureux et fier. Cette soirée en appelle d’autres. Le mistral du matin soufflera, je l’espère, encore longtemps dans nos voiles pour nous aider à parcourir la distance.

 

Forza OM !

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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