On a vécu le festival OM-ASSE au cœur du Virage Sud

17
avril
2017

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Catégorie : Le monde des ultras / Ligue 1

Fuck LFP

Dimanche 25 septembre, 19h30, l’heure que les Marseillais affectionnent pour se rendre au stade. Dans le métro, la lente procession a commencé. D’habitude, ils sont près de 60 000 à se rendre au Vélodrome pour assister au match. C’est toujours la même histoire, des dizaines de milliers de Marseillais s’engouffrent dans les entrailles de la ville pour se rapprocher de son cœur. Au Rond-Point du Prado et à Sainte-Marguerite, les métros émettent un flot continu de supporters tels des racines envoyant de la sève vers le cœur d’un arbre. C’est un ballet sempiternel de maillots blanc et bleu pour la plupart.

Ce soir pourtant, les métros sont un peu plus vides qu’à l’accoutumée. L’une des raisons ? Seuls 45 000 personnes sont attendues au stade ce soir. Mais la véritable raison de ces métros quelques peu désertés est ailleurs : depuis le milieu de l’après-midi les South Winners ont commencé à fêter leur anniversaire dans un défilé puis devant le parvis du stade. Le groupe de supporter, l’un des plus importants par la taille et l’influence, fête aujourd’hui ses 30 ans. Malgré cette atmosphère festive et bon enfant qui fait du bien après les événements dramatiques qu’a connus le football cette semaine (à Dortmund, Lyon et Bastia notamment), on croise également des visages tendus et concentrés. La fête est là dans les tribunes mais la tension est également présente.

 

Le feu d’artifice

 

Depuis trois matchs, en effet, l’OM n’avance plus et ce soir c’est une confrontation directe avec l’un des concurrents pour une qualification en Ligue Europa, l’ASSE. Fort de 22 matchs consécutifs sans défaites face aux Verts dans l’enceinte du Boulevard Michelet, le peuple marseillais entend bien faire perdurer cette série. A 20h, au moment de pénétrer dans le stade et de rejoindre les travées du Virage Sud, je ressens donc des sentiments ambivalents : l’excitation d’un anniversaire qui s’annonce grandiose ainsi que de l’ambiance survoltée qui va avec mais aussi l’appréhension avant ce match crucial. Dès l’échauffement le Vélodrome est bouillant et fait sentir aux Stéphanois qu’ils sont en terrain hostile. Les premiers Aux Armes résonnent de part et d’autre de l’enceinte et l’on commence à voir poindre les premières animations du côté des Winners mais aussi des Fanatics.

Dans un discours enfiévré, le capo des Ultras dresse le réquisitoire de la LFP (qui avait fermé le bas du Virage sud contre Dijon) et promet que ce match sera également placé sous le signe de l’insoumission dont Marseille a le secret – nous reviendrons plus tard sur cette question. Qui dit anniversaire dit bougies et dans les stades de foot les fumigènes jouent ce rôle. C’est donc sous une pluie enflammée que les joueurs pénètrent sur le terrain. L’orage de feu provient des Fanatics dans le Virage Nord et rappelle l’ambiance des grands soirs. Dans le Virage Sud, les Winners déploient des animations absolument magnifiques qui montrent – si besoin était – à quel point le football a besoin d’ultras dans ses stades pour les faire vivre et faire de chacun des matchs une fête. Dans cette ambiance complètement folle, les Phocéens ne tardent pas à se créer une occasion (non sans avoir concédé la première situation chaude du match) mais la frappe de Gomis passe à côté. Dans ce Vélodrome incandescent c’est finalement la paire Sanson-Thauvin qui va faire chavirer le stade une première fois. C’est ensuite au tour de Gomis (qui a la bonne idée de marquer à la demi-heure de jeu, tout un symbole en ce 30ème anniversaire pour les Winners) sur un enchaînement, venu d’ailleurs lorsque l’on connaît la technique du joueur, qui fait encore monter la température. A la mi-temps l’ambiance ne faiblit pas et tout est en place pour vivre l’une des plus belles soirées de la saison.

 

Demain, c’est loin

 

Dès le retour des vestiaires, le Vélodrome reprend ses chants de plus belle et c’est tout le stade à l’unisson qui pousse un énorme grognement lorsque Benoît Millot refuse de siffler penalty pour une faute sur Gomis. Quelques minutes plus tard, Florian Thauvin n’a pas la même mansuétude que l’arbitre à l’égard des Stéphanois et s’en va battre Ruffier de près après avoir éliminé Lacroix de manière très classieuse. La victoire désormais acquise, le Vélodrome s’embrase pendant la demi-heure restante n’hésitant pas à chambrer les Verts et à s’amuser dans les Virages. Dimanche soir, en somme, nous avons vu ce que le football pouvait offrir de meilleur : un match prolifique, une ambiance survoltée et une communion entre joueurs et supporters. Après les terribles images de cette semaine, voir un tel match nous permet de nous rappeler et de rappeler à tout le monde que le football est et doit demeurer une fête avant tout. Au bout du bout du match alors même que les Virages s’amusent à être assis ou à avoir le dos tourné, Payet s’en va parachever le triomphe phocéen sur une merveille de passe de Morgan Sanson.

Je ne peux terminer cette immersion dans le Virage Sud sans évoquer la formidable démonstration d’insoumission dont ont fait preuve les Ultras à l’égard de la Ligue mais également des autorités. Comme l’avait annoncé le capo, ce match a été placé sous le signe de la revendication. Après avoir été privé de stade lors du match contre Dijon et alors que les supporters stéphanois ont été interdits de déplacement, le CU84 avait bien des messages à faire passer à la Ligue, au préfet mais aussi aux dirigeants de l’OM. « Merci pour OM-Dijon… », « Dirigeants avant vos opérations de com pour remplir le stade pensez à soutenir ceux qui le font vivre » (les dirigeants du club n’ont manifesté aucun soutien au groupe après la suspension) et une autre banderole fustigeant le préfet et l’interdiction de déplacement des Stéphanois ont été successivement brandies au fil du match pour faire passer le message du mécontentement. Mais le chef d’œuvre de cette soirée – de cette saison ? – restera sans conteste ce tifo « Fuck LFP » à l’entrée des joueurs, diffusé en direct sur Canal + (voir la photo à la une de ce billet). J’attends désormais avec impatience que ceux qui étaient Charlie il n’y a pas si longtemps, et fustigeaient ceux qui refusaient ce slogan, viennent nous expliquer que le tifo était scandaleux et mérite sanction. Je rirai alors à gorge déployée devant ces Tartuffe.

Après les trois coups de sifflets signifiant la fin du match, le Virage se désemplit très lentement et les joueurs viennent communier avec leurs supporters, signe de l’importance capitale de cette victoire. La masse de supporters qui reflue vers le métro une fois le match terminé termine de me convaincre que le Vélodrome est bel et bien le cœur de la ville : après avoir pompé le flux vers 19h30/20h, le voilà qui renvoie les milliers de nutriments constitués par les supporters aux 4 coins de la ville en les faisant passer par ses entrailles. La route est encore longue pour accrocher la 5ème place synonyme de Ligue Europa mais dans ce genre de soirée où le temps est comme suspendu, comme le rappait avec brio IAM, demain, c’est loin.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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