On a rencontré un des fondateurs du Massilia Socios Club

16
octobre
2016

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Catégorie : Interviews / Ligue 1

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Depuis plusieurs mois, l’idée de socios à Marseille fait son chemin. La vente du club qui sera normalement effective demain ainsi que la structuration du mouvement autour du Massilia Socios Club rendent chaque jour un peu plus plausible cette éventualité. Adrien, l’un des membres fondateurs du MCS a accepté de répondre à nos questions. Comme le but n’est pas de faire des entretiens identiques, je vous renvoie à l’excellente interview faite par le frérot Max sur Ultimo Diez pour présenter le mouvement. De notre côté on a essayé de s’attarder sur des points un peu plus transversaux vis-à-vis du mouvement socio et de son environnement socio-économique.

Salut Adrien et merci encore de bien vouloir répondre à nos questions. En lançant le Massilia Socios Club tes acolytes et toi est-ce que vous aviez conscience de créer une petite révolution dans le football français ?

Honnêtement ce n’était pas notre but premier. Ce qu’on veut et qu’on essaye de faire c’est de faire avancer les choses. On est parti d’un constat finalement assez simple : dans le foot international, l’actionnariat populaire est un modèle qui existe et qui fait ses preuves. D’ailleurs 3 des 4 derniers demi-finalistes de la LdC fonctionnent selon ce modèle (Atlético, Bayern et Real Madrid). Après de fait c’est une rupture avec ce qui existe déjà en France, on ne peut pas le nier. Ce qui est important aussi c’est qu’on ne part pas d’une feuille blanche. Il y a le CNSF (Conseil National des Supporters Français) qui regroupe un peu les différents mouvements et le but est de promouvoir une autre gouvernance du football français.

Justement, des mouvements socios essayent de se structurer un peu partout en France en ce moment (on peut penser à Nantes par exemple). Est-ce que à terme l’objectif c’est de créer une forme de contrepouvoir en fédérant tous les mouvements socios de France ?

Oui c’est clairement l’un des objectifs. Il y a récemment eu les Assises du supporterisme où de nombreux invités étaient présents dont la LFP. Malheureusement la FFF n’était pas présente. En revanche toutes les associations qui prônent un actionnariat populaire étaient présentes donc on peut dire qu’une forme de convergence existe déjà puisque tous ces mouvements ont le même but : reconnaître le supporter comme un acteur à part entière du football. Aujourd’hui on a des commissions pour un peu tout (pelouse, stade, etc.) mais on n’a aucune commission pour les supporters. Le supporter est le seul absent de ces instances alors même que c’est le seul acteur qui était là hier et qui sera encore là demain. C’est donc dans ce sens-là qu’on veut œuvrer.

Elargissons un peu le sujet. Est-ce que tu penses que le mouvement socio peut être un moyen pour les ultras de faire entendre leurs voix ? Chose qu’ils n’arrivent pas trop à faire actuellement…

Franchement ça n’est pas du tout l’ambition du MSC pour le moment. On ne propose pas du tout de remplacer le supporter en virage mais au contraire de faire de lui un acteur afin qu’il puisse agir sereinement. Après évidemment le MSC se doit aussi de faire évoluer les choses au niveau des instances mais on ne pense pas que c’est le cheval de bataille du mouvement socio pour une raison assez simple : l’action va surtout se faire au sein du club pour commencer. Avant de voir trop grand on pense qu’il faut d’abord agir à sa propre échelle et c’est notre seule ambition pour le moment. Et pour finir, parmi les 5 membres fondateurs, on est 4 à avoir été abonnés en virage donc évidemment que si on doit donner notre avis on prône la reconnaissance du mouvement ultra.

Plus prosaïquement, à Marseille est-ce que la question financière ne va pas poser problème à votre mouvement ? Il y a certes une forte ferveur dans notre ville mais celle-ci demeure assez pauvre, tu ne penses pas que ça peut être un frein ? Pour rester sur les spécificités marseillaises, est-ce que l’impatience légendaire des Marseillais peut poser problème à un moment ?

Pour lancer au mieux le projet on a voulu parler le moins possible d’argent pour pousser le plus de monde possible à se lancer. Toutefois, la question économique on ne peut pas l’éviter puisque Marseille est un bassin plutôt pauvre. Pour autant, on a réalisé un benchmark sur ce qui se fait un peu partout en Europe et on a vu que plusieurs modèles existaient. Au MSC on est parti sur une adhésion de 80€ suivie d’une cotisation mensuelle variable (de 5 à 10€). Pour pousser un maximum de personnes à se lancer dans le projet, on a lancé une offre de pré-inscription de 30€. Cette manière de procéder permet d’une part de scinder le paiement en deux et d’autre part d’attendre que le projet soit acté par le nouveau propriétaire avant de s’engager pleinement (si le projet devait ne pas aboutir, les adhérents seraient remboursés de leur mise moins les frais bancaires d’environ 1€, ndlr). Après la question financière peut ne plus en être une à terme. On le voit en Allemagne, où l’actionnariat populaire est une obligation définie par la loi, des entreprises sont présentes aux côtés des socios physiques et dans certains clubs la santé financière est tellement bonne que les socios n’ont plus à mettre d’argent et ils demeurent les garants de la transparence financière. Quant à la question de l’impatience c’est vrai c’est un risque mais pour avoir le plus de poids possible il nous faudra le plus d’inscrits pour pouvoir négocier avec le club. Et surtout, il y aura des discussions avec le club pour se prémunir de ce risque d’impatience, le projet n’aboutira que si les socios sont d’accord avec ce que le club nous proposera.

Dernière question, comment tu expliques que l’émergence du mouvement socio en France se fasse aujourd’hui ? On est en plein règne du foot business, politiquement on nous promet du néolibéralisme pur et dur et y a ce modèle socio qui s’apparente à un modèle de coopératives qui naît, c’est paradoxal non ?

C’est vrai c’est très paradoxal mais de quoi a-t-on envie ? Marseille c’est quand même une ville particulière qui a sa propre âme et sa propre culture, c’est des gens qui s’entraident donc on trouve ça naturel de voir ce modèle émerger à Marseille. La question c’est vraiment celle de notre envie. Est-ce qu’on a envie d’un modèle de foot business ? Et si dans 5 ans les grandes fortunes désertent qu’est-ce qu’il y a derrière ? Un nouvel émir ? Des nouveaux Louis Dreyfus ? Un problème de divorce qui peut mettre en péril l’avenir du club ? Pour nous ce côté collaboratif colle tout à fait avec l’image que l’on se fait de notre ville. Et la chose la plus importante à nos yeux, c’est qu’on pense que c’est le modèle économique le plus sain. C’est certes un modèle collaboratif mais ça permet de pérenniser le club parce que dans 15 ou 20 ans les supporters seront encore là. C’est finalement la seule certitude qu’on a. Les présidents, les joueurs, les entraineurs, les investisseurs passent, les supporters restent. S’il y a une ville en France où ce modèle doit naitre c’est Marseille.

 

Crédit photo: Provence Booster©

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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