OM / Villas-Boas : Dédé tronche pleine

29
mai
2019

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Catégorie : Ligue 1

André_Villas_Boas_Zenith

A Marseille, le vent du changement ne se sera pas fait attendre après l’épilogue du douloureux exercice 2018/2019. Face à la contestation grandissante et aux résultats en berne, le club phocéen a rapidement tourné la page Rudi Garcia et ouvert un nouveau chapitre de l’ère Mc Court en enrôlant le technicien portugais André Villas-Boas. Pourtant, l’heure est au scepticisme sur la Canebière suite à l’arrivée du jeune entraineur de 41 ans, sans poste depuis deux saisons et à la réputation quelque peu surfaite. Dans l’atmosphère irrespirable de la cité phocéenne, le temps est précieux et seuls les résultats lui permettront d’exister.

Relever le challenge marseillais après cette saison désastreuse est louable. Avec un effectif à rebâtir et des comptes à assainir, la tâche s’annonce ardue pour le directeur sportif marseillais Andoni Zubizarreta. C’est d’ailleurs de l’esprit de l’ancien gardien de but international qu’a semble-t-il germé l’idée de confier les clés de l’escouade olympienne au technicien portugais. Un choix entériné par le président Eyraud qui répondait sans doute aux critères d’expérience recherchés. Passé par l’Académica de Coimbra, le FC Porto, Chelsea, Tottenham et le Zenith St Pétersbourg, « Luis André de Pina Cabral e Villas-Boas » de son vrai nom n’a pas la réputation d’être un bâtisseur ou un homme qui dure dans un club. Resté une seule saison dans son club de cœur, le FC Porto, avec lequel il réalise le triplé Championnat du Portugal – Coupe du Portugal – Ligue Europa en 2011 (devenant à 33 ans et 213 jours le plus jeune entraîneur à remporter une compétition européenne), AVB semble même monnayer depuis cette réputation de « Special two » (en référence à José Mourinho autoproclamé « Special one »), sans toutefois confirmer pleinement les espoirs placés en lui.

Précoce, le natif de Porto reste un entraineur avec une certaine vision du football, perfectionniste, capable de donner une identité de jeu à son équipe, et adepte du jeu offensif. En Premier League cependant, ses expériences londoniennes chez les Blues de Chelsea et les Spurs de Tottenham se sont finalement avérées très décevantes après des débuts pourtant convaincants. Ses succès au Portugal, sur la scène continentale et en Russie portent la même marque. André Villas-Boas gagne lorsqu’il dispose du meilleur effectif mais semble avoir du mal à sublimer un groupe.  Ses convictions, faites d’audace et de verticalité, se sont estompés au fur et à mesure d’un parcours en dents de scie. Devenu au fil des saisons de plus en plus pragmatique, aura-t-il les épaules pour façonner durablement un club irrégulier et en proie au doute comme l’OM et redonner ainsi espoir à tout un peuple ?

Seules certitudes, AVB arrive à Marseille avec un palmarès, un salaire XXL, une solide expérience malgré son jeune âge et l’envie de réussir. Dans l’environnement sain d’un club où tout le monde devrait enfin tirer dans le même sens, ses chances d’obtenir des résultats sont grandes. En effet, certains paramètres incitent à l’optimisme. Tout d’abord, le technicien lusitanien arrive entouré d’un staff conséquent (l’ancien monégasque Ricardo Carvalho devrait être son adjoint), et sa proximité avec le basque Andoni Zubizarreta (enfin débarrassé de l’omniprésence décisionnaire de Rudi Garcia) peut s’avérer payante à l’heure de redessiner les contours de l’effectif olympien, et axer l’acte II du projet sur les jeunes et la formation. L’absence de Coupe d’Europe peut également constituer un atout dans une Ligue 1 de plus en plus faible où des concurrents directs de l’OM comme Lille ou St-Etienne n’offrent pas la garantie de pouvoir réitérer pareils parcours. Pour ne pas avoir de problèmes dans un club comme l’OM et avoir le temps de travailler, il est impératif d’avoir des résultats. Peu convaincu par l’arrivée du technicien portugais, le peuple olympien ne demande qu’à y croire. Le public marseillais est prêt à soutenir corps et âme AVB dans sa tâche. C’est un public avide de revanche après une saison décevante, qui veut voir cesser les humiliations face aux grosses écuries du championnat français comme Lyon et Paris.

Néanmoins, avec son allure de gendre idéal soucieux de son image, André Villas-Boas ressemble très peu à Marseille et aux marseillais, fiévreux, bordéliques et désinvoltes. Le jeune entraineur, souvent décrit comme un intellectuel du football, ressemble davantage à son président, le désormais très contesté Jacques-Henri Eyraud, qui insuffle au club phocéen cette image disciplinée, ordonnée et policée en totale inadéquation avec la mentalité marseillaise.

L’OM change. Le club marseillais a entamé une profonde métamorphose. Avec le recul, de nombreux supporters ne se reconnaissent plus dans cet OM à la sauce américaine. Le choix d’André Villas-Boas interroge, et semble s’inscrire dans cette fracture entre la direction et ses supporters. Même si sur le papier le technicien portugais dispose du bagage nécessaire pour ramener l’OM en C1, sa dernière expérience en Chine, au Shanghai SIPG, fut sans doute plus pécuniairement que footballistiquement intéressante, et son image de chasseur de contrats lui collera encore longtemps à la peau. Mais cette image de technocrate cache peut-être un côté passionnel compatible avec le sulfureux peuple marseillais, désireux de s’identifier à ceux qui défendent les couleurs de leur club et de leur ville. A mi-chemin entre « Dédé tronche plate » et l’illustre « DD » Didier Deschamps, qui avait su ramener l’OM au sommet et la fierté dans le cœur des fidèles du Vélodrome, « Dédé » Villas-Boas aura la très lourde tâche de raviver la flamme de la passion et ainsi gagner les faveurs d’un public exigeant, impatient et volcanique.

Comme l’écrivait si bien Izzo : ” C’était sans doute cela séduire. S’immiscer dans le cœur de l’autre, le faire vibrer pour se l’attacher “.

 

Crédit photo : André Villas-Boas par Вячеслав Евдокимов, le 27 septembre 2014 sous licence creative commons

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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