OM : Sombres héros de l’amer

27
janvier
2019

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Catégorie : Ligue 1

Vélodrome_OM

Depuis de trop longs mois, l’OM navigue en eaux troubles. L’avenir sportif du club phocéen paraît aujourd’hui sombre comme le ciel bleu aubergine des soirs d’orage qui secoue frénétiquement les bateaux du Vieux Port. De ces périodes de doutes naissent la colère de tout un peuple. Quand l’OM se meurt, le douzième homme gronde. Et des travées du Vélodrome descends alors cette légendaire force populaire raisonnant avec fièvre et déraison. Celle-là même qui su jadis porter le club provençal au sommet du football européen. Les véritables héros de l’Olympique de Marseille ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Aux sombres héros de l’amer.

Du haut de son somptueux palmarès, l’OM exercerait-il la même fascination chez les observateurs sans ce légendaire soutien populaire qui a de tout temps fait son charme et sa particularité ? À l’évidence, on s’accordera à dire que sans ses fidèles et fiévreux supporters, l’aura du club phocéen ne serait pas ce qu’elle est. Devant la passivité de la direction à prendre les décisions qui s’imposent pour stopper cette spirale de défaites, la fronde ne s’est ainsi pas faite attendre. Mais cette grogne du peuple olympien n’est-elle pas contre productive ou au contraire s’avérera-t-elle salvatrice ? C’est une part de l’histoire olympienne qui se joue actuellement dans les travées du Vélodrome.

Dans un texte intitulé Marseille, la lumière et la mer, Izzo écrivait : “Marseille, à dire vrai, on ne peut l’aimer qu’ainsi, en arrivant par la mer. Au petit matin. A cette heure où le soleil, surgissant derrière le massif de Marseilleveyre, embrase ses collines et redonne du rose à ses vieilles pierres. On voit alors Marseille comme Protis le Phocéen la découvrit il y a deux mille six cents ans. Et qu’importe si c’est exagéré de dire ça. Marseille exagère toujours. C’est son fond.”. De cette exagération nait l’identité du peuple marseillais prompt à laisser exalter sa joie ou exploser sa colère dans l’enceinte du boulevard Michelet selon que son OM lui procure émotions fortes ou honte indescriptible.

En deux ans de présidence, le propriétaire américain Franck Mc Court aura ainsi goûté au meilleur et au pire que peut véhiculer la déraisonnable identité phocéenne. Des somptueux tifos lors du parcours de Ligue Europa à cet abject pétard jeté de la tribune Ganay sur Jordan Amavi lors d’OM-Lille, le public marseillais a montré tout ce qu’il a de meilleur et de pire à offrir. Le Vélodrome est unique. Dans la carrière d’un footballeur, y évoluer vous marque à jamais. Ce public peut vous porter comme vous enterrer en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. L’atmosphère de ce stade peut ainsi être galvanisante comme terriblement crispante. Il s’y exprime toute la part irrationnelle d’une ville et d’un peuple qui vibre intensément pour l’OM. “À la vie, à la mort” comme le scandent les fidèles du Virage De Peretti.

 

supporters_OM

 

Mais la colère légitime qui descend des travées depuis plusieurs semaines n’en finit elle pas d’achever une équipe olympienne aux résultats moribonds et en quête d’un sursaut et de la confiance qui l’habitait il y a un peu plus de six mois sur l’échiquier européen ? Le fameux Mouilles le maillot ou casses toi !, raisonnant inlassablement à chaque crise de résultats, n’est-il pas aussi simpliste que contre-productif ? Agit-il comme un électrochoc ou au contraire coupe-t-il les jambes des joueurs marseillais ? Certes, c’est aux joueurs sur le terrain de regagner la confiance et l’adhésion de ce tumultueux public. Car la versatilité du public marseillais n’a en définitive d’égal que son amour du maillot. Marcelo Bielsa disait d’André-Pierre Gignac qu’il ressemblait au peuple marseillais car comme lui, il savait “transformer la rébellion en grandeur“. C’est exactement ce qu’on attend des joueurs qui portent le prestigieux maillot blanc. Car à l’image de la métaphore du Champion d’Europe 1993 Franck Sauzée, l’OM est dans l’esprit des supporters olympiens comme un membre de leur famille, qu’on châtie volontiers lorsqu’il ramène de mauvaises notes mais qu’on est si prompt à prendre de nouveau dans ses bras pour le consoler et l’encourager. Une histoire d’amour passionnel dont seule la cité aux 2600 années d’histoire a le secret.

Pourtant, la Disneylandisation du club phocéen est en marche et les fidèles des virages se reconnaissent de moins en moins dans cet OM version Mc Court. Tout simplement car l’OM de Jacques-Henri Eyraud s’adresse davantage aux membres de l’OM Nation, plus consommateurs de la marque OM que supporters. C’est le pari culturel de la présidence Eyraud. Changer l’ADN du peuple marseillais, le diviser pour mieux y régner. Gérer l’OM de manière froide et rationnelle face à la ferveur irrationnelle de tout un peuple est un pari des plus audacieux. Marcelo Bielsa, resté dans le cœur de nombreux supporters olympiens, résume parfaitement à mon sens cette situation en citant Benacker : “Les hommes d’affaires qui s’emparent du foot pensent que les supporters sont comparables aux ouvriers qu’ils possèdent. Mais un supporter n’est pas un ouvrier. Un ouvrier travaille, un supporter ressent.

Dans Solea, troisième volet de sa célèbre trilogie, l’auteur marseillais Jean-Claude Izzo écrivait :  “Nous ne sommes beaux que par le regard de l’autre. De celui qui vous aime. Un jour, on ne peut plus dire à l’autre qu’il est beau, parce que l’amour a foutu le camp et que l’on n’est plus désirable.“. Et si, au delà des résultats sportifs décevants, cet OM à la sauce américaine marquait le début d’un véritable désamour ?

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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