OM : Sans âme et sans honneur

23
décembre
2018

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Catégorie : Ligue 1

OM-illustration

Au Vieux Port, dans un de ces matins pluvieux de décembre, les supporters olympiens se lèvent « le moral poissé dans la grisaille » selon la célèbre formule du romancier marseillais Jean-Claude Izzo. Leur si chère Olympique est en déliquescence. Après avoir si promptement ravivé la flamme de la passion au cours du précédent exercice, les résultats de l’OM se sont brutalement effondré d’Août à Décembre. Amer, désemparé, le peuple olympien réclame aujourd’hui la tête de ceux qui le mène en bateau depuis de longs mois à grands coups de PowerPoint et de langue de bois. Pourtant, impossible d’occulter la responsabilité de ceux qui rendent sur le terrain des copies indignes du prestigieux maillot qu’ils portent sur les épaules : Mandanda, Rami, Payet, Thauvin et consorts, les nouveaux marins perdus du port de Marseille.

Le football est bel et bien devenu le plus individuel des sports collectifs et cela ne se vérifie jamais mieux qu’à l’OM quand le navire tangue et que les résultats font défaut. D’une politique salariale délirante découle parfois les égos les plus surdimensionnés et les vestiaires les plus difficile à gérer. L’Olympique de Marseille est une institution qu’il convient de chérir et de respecter. Un monument du foot français en péril depuis 25 ans et la glorieuse ère Tapie. Dimitri Payet et Florian Thauvin sont les meilleurs exemples de cet OM à la dérive. Respectivement capitaine et meilleur buteur, revenus de leurs échecs anglais pour le soit disant « amour du maillot blanc », ils sont idolâtré par la jeune génération du public phocéen alors que leurs carrières sont aussi vierges de titres que les lèvres de ces petites aguicheuses qui fréquentent les bars du Vieux Port le week-end venu. Du haut de leur confortable salaire olympien, leur talent et leurs stats ne suffiront pas à faire d’eux des légendes de la grande histoire olympienne. Car on attend bien plus d’un joueur de l’OM que quelques « masterclass » face à des équipes insignifiantes. Déjà présents lors du naufrage de l’équipe d’Elie Baup en 2013, année du tristement célèbre zéro pointé en phase de poule de Ligue des Champions, les deux internationaux ont toujours failli dans leur mission de ramener le club phocéen au sommet. Le public marseillais est connaisseur, il a pu au cours des dernières décennies voir à l’œuvre des gagneurs tel qu’Enzo Francescoli, Chris Waddle, ou encore Lucho Gonzalez. Il souhaite voir ceux qui endossent le maillot blanc animés par la passion et la grinta, quand ceux-ci ne sont bien souvent en définitive animés que par femmes et argent.

Vaincre ou partir

Leurs aînés Steve Mandanda et Adil Rami ne sont pas en reste. Fiers capitaines de navire il y a encore peu de temps, ils apparaissent aujourd’hui en perdition sur le terrain. À chaque but encaissé, ils ont l’œil hagard de ces marins perdus que le sort a ramené à Marseille pour y couler de douces fin de carrière récompensant des années d’efforts. Mais l’OM n’est pas une maison de retraite ou un port de plaisance. Leur splendeur passée n’excuse pas leur rendement actuel. À Marseille, la vérité du jour n’est jamais celle du lendemain et vous êtes condamné à vaincre, saison après saison. On pourrait ainsi, à quelques exceptions près, passer au crible tout l’effectif olympien et n’y voir que déchéance et déceptions.

Dans les années de galère au purgatoire de la deuxième Division, Marcel Dib et Bernard Casoni avaient su sublimer leur fin de carrière en rendant à l’OM et à Marseille ce qu’elle leur avait donné. L’art de savoir jeter ses dernières forces dans la bataille au secours d’une institution en péril. « Quand on ne peut plus vivre, on a le droit de mourir et de faire de sa mort une dernière étincelle. » écrivait Jean-Claude Izzo dans Solea. L’OM est une question de prestige, de courage et d’honneur. Un club en perpétuelle effervescence où il est impossible de se reposer sur ses lauriers. Quand vous avez la chance de fouler la pelouse du Vélodrome soutenu par ce formidable public, vous êtes condamné à tout donner et ne jamais faillir.

 

Marseille-Vieux-Port

 

Marseille est une source d’inspiration, un moteur. Je puise souvent mon envie d’écrire dans la mélancolie du Vieux Port encore endormi, les cris des gabians et les effluves d’iode. Ma ville est une invitation à s’accomplir en tant qu’homme, elle vous porte. Elle sait rendre au centuple ce qu’on lui donne, elle vous berce par sa lumière et vous transcende. Ce matin, difficile de ne pas se remémorer 2010, si près et si loin, quand l’escouade de Gaby Heinze, Lucho et Mamadou Niang nous avaient ramené, après tant d’années de disette, à la place qui est la nôtre, la première. La fibre passionnelle omniprésente, ce Vélodrome hurlant sa joie de retrouver les sommets, ce supplément d’âme et de caractère, bien loin de ce que véhicule aujourd’hui la bande à Morgan, Dimitri, Florian et Valère.

On ne naît pas marseillais, on le devient. Joueurs, dirigeants, supporters, nous devenons tous des enfants de la cité aux 2600 ans d’histoire sitôt épousé la destinée de la divinité phocéenne qu’est l’Olympique de Marseille. Cette ville vous absorbe humainement. On peut s’y accomplir comme s’y égarer, mais nous y sommes tous de passage, tels des protagonistes de romans d’Izzo : « Il entendait distinctement les rumeurs de la ville. Coups de klaxon. Crissement de freins. Sirène de Police. Voix humaines. Battement d’ailes de pigeons, parfois. La même rumeur que dans tous les ports du monde, qui vous envahit après avoir couché avec une fille inconnue, qu’on ne reverra jamais. La rumeur de la nostalgie. Et qui rappelle que vous n’êtes pas d’ici. Seulement un étranger qui passe. Un marin perdu. »

Ce n’est qu’au rythme d’un OM de caractère, révolté et triomphant, fidèle à sa gloire d’antan, que Marseille continuera de vibrer et d’écrire sa légende. Actibus Immensis ou rien !

 

Sincères remerciements à Olympien25Alex pour l’illustration.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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