OM : Rudi can’t fail

04
octobre
2018

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Catégorie : Ligue 1

Rudi-Garcia

À Marseille, le froid du mistral automnal balaie bien vite les rêves torrides de l’été. A l’OM, les espoirs nés de l’enthousiasmante saison qui vient de s’écouler ont ainsi bien vite laissé place au doute. Après deux mois de compétitions, l’équipe de Rudi Garcia cherche encore son équilibre. Le coach olympien doit en effet composer entre blessures, méformes et suspensions à l’heure où d’importantes échéances se profilent pour le club phocéen. Investi des pleins pouvoirs sportifs, ou du moins d’un pouvoir décisionnaire extrêmement fort dans l’organigramme, l’ancien coach de la Roma se savait attendu à l’entame de sa troisième saison à la tête de l’Olympique de Marseille. Dans ce club atypique où la pression populaire est omniprésente, où chaque décision est analysée et décortiquée, il n’a pas le droit d’échouer s’il veut poursuivre l’aventure à la tête du navire olympien. Comme le chantait « The Clash », mythique groupe de punk britannique cher au cœur du président Eyraud, « Rudi(e) can’t fail » ?

 

 

L’Olympique de Marseille connaît un début de saison chaotique. L’équipe de Rudi Garcia cultive en effet en ce début de saison un bien curieux paradoxe. Figurant parmi les cinq meilleures attaques du continent au ratio but par match, elle est aussi actuellement la seconde plus mauvaise défense du championnat de Ligue 1. Alors que blessures et méformes empêchent le plus souvent le coach olympien d’aligner son onze type, certains choix de ce dernier interrogent, comme celui de ménager son maître à jouer Dimitri Payet dimanche pour affronter un LOSC ambitieux, sensation de ce début de saison. Le fameux turnover instauré par l’entraîneur olympien, qui lui avait si bien réussi lors de l’exercice précédent, semble cette saison bien plus délicat à mettre en place. La faute sans doute à un peu de suffisance et de décompression apparue chez certains cadres de l’effectif ces derniers temps. À Marseille, si des victoires naissent la fierté de tout un peuple, les défaites font rapidement désordre, et la contestation est prompte à descendre des tribunes. Heureusement pour le club phocéen en pleine mutation depuis l’arrivée de Franck Mc Court, le pragmatique Rudi Garcia sait rester de marbre face aux critiques. Il a su le prouver lors des premiers vents contraires rencontrés en début de saison dernière. Le coach Champion de France 2011 avec Lille avait rapidement su renier certains principes de jeu et certaines dispositions tactiques fétiches pour façonner un OM conquérant sur la scène continentale et ainsi rendre au peuple olympien la fierté caractéristique dont il était sevré.

Rudi Garcia peut-il échouer à ramener l’OM dans la plus prestigieuse des compétitions, la Ligue des Champions ? Au vue de l’adversité présente dans l’hexagone, où ses principaux concurrents au podium – PSG mis à part – semblent eux aussi chercher une certaine continuité dans les résultats, on serait tenté de dire non. L’OM conserve dans son effectif suffisamment de talent pour se hisser dans les trois premières places du championnat en Mai prochain. Mais il faudra une rapide remise en question collective et cravacher dur pour obtenir des résultats dès cette semaine face à Limassol et Caen, sous peine de voir la contestation grandir. Une fronde venue des tribunes si souvent fatale aux entraîneurs de l’OM par le passé. Car c’est un secret pour personne, le natif de Nemours est aujourd’hui le véritable patron sur le plan sportif. En cas d’échec, il devra répondre de ses choix. Dans l’histoire moderne du club phocéen, même s’il est important de tenir compte de l’inflation galopante, aucun entraîneur n’a pu disposer d’autant de moyens pour façonner son équipe. Ni Eric Gerets, ni Didier Deschamps, ni Marcelo Bielsa – pour ne citer qu’eux – n’ont disposé d’autant de pouvoir au niveau sportif pour imposer leurs hommes et leurs idées.

« Rudi le magnifique » comme le surnommaient les tifosi de la Roma est le choix d’un homme : le président Jacques-Henri Eyraud. À l’heure où la prolongation de contrat du coach olympien est sur toutes les lèvres, nul doute que le boss marseillais assure à son entraîneur tout son soutien, avant de logiquement le conforter dans ses fonctions. Car s’en séparer serait une forme de désaveu. Néanmoins, si Rudi Garcia a su remettre l’OM sur de bons rails, il doit désormais confirmer et continuer de grandir avec son équipe. Le coach marseillais, qui n’a jamais fait l’unanimité dans les travées du Vélodrome, doit prouver cette saison qu’il a les épaules assez larges pour faire franchir à son équipe ce palier psychologique face aux grosses cylindrées du championnat de France et en Europe. Un défi que la vindicte populaire le pense, pour l’heure, incapable de réaliser. Le mois d’Octobre qui s’annonce verra l’OM affronter Nice, la Lazio Rome et Paris et servira de révélateur. Pour assurer la progression et la pérennité du projet marseillais, Rudi n’aura pas le droit d’échouer.

Comme l’écrivait l’auteur marseillais Jean-Claude Izzo,

« Marseille est ville de lumière. Et de vent. Ce fameux mistral qui s’engouffre dans le haut de ses ruelles et balaie tout jusqu’à la mer »

La rudesse du climat marseillais en automne n’a d’égal que la mentalité de ceux qui y vivent. Sur les rives du Lacydon, de Bonneveine jusqu’aux Aygalades, l’OM représente tout ou presque. La réussite du club phocéen influe directement sur le quotidien des marseillais. Ce peuple passionné, constamment dans la démesure, et qui, fidèle à sa réputation, ne laissera jamais son OM dépérir sans réagir. Des supporters au tempérament volcanique qui feront souffler le vent de la colère pour réclamer la peau de Rudi Garcia si les désillusions et les contre-performances venaient à s’enchaîner.

Dans une interview parue dans le journal Libération de février 2017, à la question « La chanson ou le morceau de musique qui vous fait toujours pleurer ? », le président marseillais Jacques-Henri Eyraud avait répondu : « Le Chant des partisans. L’esprit de résistance, c’est très marseillais, non ? ». Il n’imagine sans doute pas à quel point.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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