OM-PSG ou la fête gâchée

24
février
2017

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Catégorie : Edito

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Dimanche devait être une fête du football. Dimanche, le Vélodrome rugira sans doute. Dimanche près de 65 000 marseillais participeront à la longue procession qui les mènera des quatre coins du département au Vélodrome. Dimanche le PSG peut perdre le titre. Dimanche l’OM peut voir la qualification en coupe d’Europe s’éloigner. Dimanche c’est assurément un choc qui nous attend. Dimanche je retrouve mon virage sud pour mon premier Classique depuis trois saisons. Dimanche, après le match les mots de Shurik’n dans Après la fête résonneront sans doute très fort : « Après la fête tout s’estompe / Y a plus un bruit, on tourne la page / Les chaises se vident, au revoir tout le monde / La réalité revient, on peine à porter la charge ». Pourtant, dimanche soir la fête ne sera pas totale.

Dimanche, lorsque je poserai les yeux sur cette zone située en tribune Jean Bouin et proche du virage nord je verrai des chaises vides, désespérément vides. La zone dévolue aux supporters parisiens restera déserte, terriblement déserte, froidement déserte. Mercredi pourtant, l’Europe toute entière, et la France en particulier, s’est extasiée devant le spectacle magnifique donnée par les supporters de Saint-Etienne. Malgré cet apport aussi évident que magnifique au spectacle qu’est le football, les autorités ont décidé de priver les supporters parisiens de Classique en raison des « troubles dans les banlieues françaises ». Non vous ne rêvez pas, c’est la nouvelle excuse pour interdire les déplacements. Il va sans dire que j’attends avec impatience le jour où l’on nous dira que les déplacements sont interdits parce que « dimanche c’est knackis ». Certains diront que j’écris encore et encore sur le même sujet mais c’est tout simplement parce que nos dirigeants font encore de la merde.

 

Pour les ultras, l’état d’urgence est permanent

 

Récemment, Amnesty International a sévèrement épinglé la France. L’organisation reproche en effet à notre pays sa dérive inquiétante en matière de libertés fondamentales. Depuis le funeste 13 novembre 2015 et ses attentats douloureux, les Français ont découvert l’état d’urgence permanent. Cela fait en effet près d’un an et demi que nous vivons sous le régime d’exception. Perquisitions abusives, assignation à résidence, utilisation de l’état d’exception pour des raisons politiques, les dérives de l’état d’urgence sont légion. Il faut dire que les autorités ont eu tout le loisir de s’entrainer sur nous, supporters, avant d’utiliser l’état d’urgence sur l’ensemble des Français.

Le propos est peut-être fort mais je le crois juste : le supporter, en France, est un sous-citoyen. On ne compte plus les interdictions de déplacement arbitraires (parfois à quelques heures du match), les bâtons mis dans les roues de supporters qui participent à la valorisation d’une Ligue 1 bien morne. Le supporter français est le seul à être présumé coupable (avec les personnes issues des quartiers populaires faut-il rajouter si l’on veut être juste). Depuis des années la dérive inquiétante qui frappe les supporters gagne chaque fois en intensité. C’est bien simple, nos droits les plus fondamentaux (notamment celui de circulation) sont régulièrement foulés au pied par les autorités bien aidés par des clubs accommodants (ou craintifs de subir des sanctions). Combien de fois l’ensemble d’une tribune a-t-elle été punie en raison des actes d’une poignée d’abrutis ? C’est, il me semble, le propre du fascisme de punir la multitude pour les actes d’un nombre infime. De fil en aiguille nous avons vu nos libertés être rognées jusqu’à ce coup de grâce asséné aux supporters parisiens pour le Classique. La raison de leur interdiction de déplacement serait risible si la situation n’était pas si tragique.

 

Violence versus violence

 

Que s’agit-il de faire en regard de ce scandale qui nous frappe chaque week-end ? Commencer par comprendre ce qui nous frappe me semble être un préalable nécessaire si nous voulons réellement lutter de manière efficace. La violence très forte qui nous frappe n’est pas physique mais bien symbolique. Il n’y a rien de bien surprenant à ce constat : le foot étant devenu une marchandise comme une autre, la violence symbolique est naturellement devenue la manière de procéder favorite de ses autorités puisque le système politico-économique dans lequel nous vivons s’impose par la violence symbolique. Je crois comme l’écrivait brillamment Albert Camus que « la violence est à la fois inévitable et injustifiable ». Est-ce qu’il faut pour autant répondre à cette violence symbolique par une violence physique ? Je ne le crois pas.

Répondre par la violence physique nous condamnerait à l’échec, c’est précisément ce qu’ils attendent de nous. Nous serions comme Goldstein dans 1984 qui renforce Big Brother bien plus qu’il ne l’affaiblit. Je crois au contraire qu’il faut répondre à cette violence par de la violence symbolique, seule à même de faire vaciller le système institué. Récemment une information m’a heurté : l’Olympique Lyonnais a dénoncé un jeune supporter qui avait eu le culot de descendre prendre un selfie avec deux joueurs lyonnais, preuve que les clubs sont les alliés de cette logique répressive totalement folle. Il est grand temps de les frapper là où cela leur fait mal : au porte-monnaie et donc à l’attractivité de la Ligue 1. Les nombreuses banderoles réclamant la liberté pour les ultras ne semblent pas trouver d’écho dans les hautes sphères du football français. Peut-être est-il temps de passer à l’étape d’après et de déserter les tribunes aussi longtemps que nos droits ne seront pas respectés. Ils ont bien plus besoin de nous que nous n’avons besoin d’eux. « Je me révolte donc nous sommes » écrivait Camus dans L’Homme révolté. Pressons-nous de nous révolter afin de faire advenir le renversement. Dans sa lettre à Maurice Thorez, Aimé Césaire écrit : « C’est assez dire que pour notre part, nous ne voulons plus nous contenter d’assister à la politique des autres. Au piétinement des autres. Aux combinaisons des autres. Aux rafistolages de consciences ou à la casuistique des autres. L’heure de nous-mêmes a sonné ». Puissions-nous faire nôtre ces belles phrases.

Auteur : Marwen Belkaïd

Qui a dit que le foot et la culture étaient antinomiques ? Mon (humble) ambition est de réunir Camus, Jaurès et Shankly et de montrer que non le foot n'est pas un monde de débiles et de brutes

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