OM : Marseille in Wonderland

08
avril
2019

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Catégorie : Ligue 1

Jacques-Henri-Eyraud-President-Olympique-de-Marseille

La fine pluie qui s’abat ces temps-ci sur la cité phocéenne s’ajoute au désarroi de cette saison difficile à suivre pour les amoureux de l’Olympique de Marseille. Le ciel torturé qui surplombe le vieux port les soirs d’orages annonce-t-il un avenir des plus sombres pour le club au cent vingt ans d’existence ? Tant sur le plan sportif qu’extra-sportif, l’avenir de l’OM semble prendre un chemin teinté d’incertitude. Où va l’OM ? Faut il cesser de croire au monde imaginaire vendu à l’arrivée de l’américain Franck Mc Court ? C’est tout un peuple qui transpire d’inquiétude.

« À Marseille, les belles journées n’existent qu’au petit matin. […] Les aubes ne sont que l’illusion de la beauté du monde. Quand le monde ouvre les yeux, la réalité reprend ses droits. Et l’on retrouve le merdier. » racontait Jean-Claude Izzo. À l’embellie sportive véhiculée par l’arrivée de Mario Balotelli, déjà auteur de 7 buts sous le maillot blanc, a vite succédé une nouvelle période de doute et d’errance, marque de fabrique de l’exercice 2018/2019 des phocéens. Pourtant présenté à grands coups de PowerPoint avec la dextérité du professeur qu’est Jacques-Henri Eyraud, le projet censé refaire de l’OM une place forte du football français apparaît désormais comme un monde imaginaire totalement survendu. Les choix sportifs parfois lunaires de Rudi Garcia ne sont sans doute en définitive que le reflet de cette hasardeuse gestion en coulisse. Le président marseillais, novice dans le cruel monde du football mais ancré dans ses petites certitudes entrepreneuriales, subit cette saison un camouflet pas totalement immérité. Si sa fameuse tisane a pu endormir pour un temps les ardeurs et l’impatience du peuple olympien, le boomerang semble revenir actuellement fort dans sa direction, le désignant comme le principal responsable de la situation actuelle. Sa foi aveugle en son entraîneur, qu’il n’a pas hésité à prolonger jusqu’en 2021, sa méconnaissance des codes du milieu du foot, son immobilisme lors du dernier mercato estival alors que l’équipe avait besoin de sang neuf après une saison aussi forte émotionnellement qu’épuisante et sa communication parfois déconnectée de la réalité, sont autant d’arguments qui le présentent comme dépassé par la situation et indigne de la fonction de président de l’OM au bout de deux ans et demi seulement.

Trop de comm’ tue la comm’ comme on dit, et les dernières fantaisies made in Eyraud présentées lors de l’ OM Tour n’ont pas laissé de marbre les supporters qui voient l’authenticité de leur club s’effilocher au fil des jours. Énième couac d’une communication pas toujours bien maîtrisée, le tunnel du Vélodrome n’avait pas besoin d’inscriptions en tipographie d’Halloween pour inspirer la crainte. C’est l’aura du club phocéen, son prestigieux palmarès, son atmosphère volcanique ainsi que la hargne et la compétitivité de son équipe qui doivent inspirer naturellement la peur chez l’adversaire. Tous les amoureux du club marseillais ont bien évidemment envie de voir le Vélodrome devenir véritablement la maison de l’OM mais pas à n’importe quel prix.

Plus inquiétant encore, la surprenante fin de cycle annoncée maladroitement par JHE ressemble à un changement de braquet. Le symbole d’un club qui navigue au vue, rétropédale sans admettre ses erreurs. Dans un club de football sciemment géré, une fin de cycle s’accompagne bien souvent d’un changement d’entraîneur. Pas à l’OM, où le coach Rudi Garcia n’a pas été fragilisé outre mesure malgré les résultats indignes d’un club de ce standing. Depuis que Jacques-Henri Eyraud a dit qu’il ne faudrait pas plus de deux défaites dans le sprint final pour espérer retrouver la lucrative Ligue des Champions, l’escouade olympienne ne semble plus en mesure de s’imposer. Rudi Garcia alterne entre laxisme aux entraînements – en témoigne les nombreux jours de repos accordés aux joueurs – et mise en place tactique illisible ou remplacements incompréhensibles. Malgré le souhait de JHE de ne pas être un club qui doit vendre pour équilibrer ses comptes, nul doute que pour régénérer ce groupe et présenter un bilan honorable il faudra se séparer de plusieurs joueurs bankables cet été, au risque d’affaiblir l’équipe.

Se promener avec la réplique de la Ligue des Champions sous le bras ne fait pas de vous un vainqueur. Plutôt un marchand de rêves, ou un vendeur d’illusions. Même constat pour les propos de l’américain Franck Mc Court : il ne suffit pas d’annoncer vouloir concurrencer Paris pour que la magie opère. Il faut des choix stratégiques forts, ne pas hésiter à se séparer de l’entraîneur quand la situation s’enlise et que son équipe déçoit semaines après semaines. À moins que dans l’esprit du bostonien le sportif soit bien secondaire face à l’aspect pécuniaire. C’est encore une fois vendre un monde imaginaire à tout un peuple et toucher à ce qu’il a de plus cher. La passion de toute une ville et le plus puissant vecteur de cohésion sociale. Quant aux fidèles supporters que l’aseptisation guette et dont l’ADN rebelle est de moins en moins ardent, ils devraient se rendre à l’évidence. Eux qui aiment scander le fameux « L’OM c’est nous ! », il apparaît clair que l’OM s’adresse de moins en moins à eux mais de plus en plus à un public fortuné, consommateur de la marque OM. Il est grand temps de se réveiller, de se réapproprier ce qui peut l’être, car quand les amoureux de l’Olympique ouvriront les yeux sur le Wonderland qu’on leur a vendu, il se pourrait qu’il soit trop tard et qu’il ne reste du vainqueur de la C1 1993 qu’une maison hantée digne d’Eurodisney.

 

Crédits Image : BeSoccer.com

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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