OM : Marseille et le temps des amours

18
avril
2018

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Catégorie : Ligue 1

OM-Leipzig

Pour la première saison pleine de l’américain Franck Mc Court à la tête du club, l’Olympique de Marseille a renoué avec une tradition qui a fait sa légende : l’épopée européenne. En atteignant le dernier carré de la Ligue Europa, conjugué à un parcours en championnat convaincant, les joueurs olympiens ont en effet rendu fierté et espoir à toute une ville et à tout un peuple. Les marseillais. Ce peuple exubérant, drapé d’écharpes bleues et blanches, avide de voir son OM retrouver les sommets. A l’instar de l’OM de Bernard Tapie au début des années 90, de l’OM centenaire de Rolland Courbis, de l’OM de 2004 conduit en finale par un Didier Drogba stratosphérique, l’OM de Rudi Garcia est de nouveau craint et respecté en Europe. Une victoire de taille pour le coach marseillais, si décrié en début de saison, et qui a réussi le tour de force de faire monter en puissance son équipe, mobiliser tout son groupe et ainsi jouer crânement sa chance dans une compétition chère à l’ADN du club phocéen et aux supporters. Depuis cette folle soirée face aux allemands de Leipzig, un doux soleil porteur d’espoir irradie de nouveau le cœur de la cité phocéenne.


Qu’il semble loin le temps de la nervosité liée au mercato estival, de la déroute à Monaco et du Vélodrome qui gronde son mécontentement au lendemain d’une défaite à domicile face à Rennes. Même la fameuse tisane de Jacques-Henri Eyraud apparaît désormais comme une lointaine et maladroite galéjade. En offrant à son public la joie de figurer dans un dernier carré européen pour la première fois depuis quatorze ans, l’équipe de Rudi Garcia a chassé de nombreux doutes et ravivé la flamme de la passion dans les travées du Vélodrome. L’engouement est de nouveau palpable autour de l’enceinte du boulevard Michelet, véritable agora grecque où s’exprime l’identité marseillaise. L’Europe est euphorisante et cette équipe de l’OM possède les valeurs et les traits de caractère essentiels auxquels est sensible le peuple olympien. Malgré les blessures et les organismes au bord de la rupture, l’abnégation de Luiz Gustavo, le professionnalisme et la combativité d’Adil Rami, la fraîcheur des minots Bouba Kamara et Maxime Lopez, la vista de Dimitri Payet et l’efficacité de Florian Thauvin et Kostas Mitroglou guident inlassablement le navire marseillais vers des objectifs inespérés il y a encore quelques mois. Le soutien total et immuable du douzième homme constitue un atout de poids pour le sprint final et les âpres joutes européennes. Le direction du club fait mine d’en avoir conscience. Malgré le manque de soutien face aux instances dirigeantes, la relative hypocrisie sur la question des fumigènes et la guerre ouverte dans laquelle s’est engagé la direction du club vis à vis du peuple des virages, l’heure doit être à l’apaisement, à l’union sacrée, en somme à l’amour que véhicule la douceur printanière qui s’abat ces jours-ci sur le Vieux Port.

« Le temps des amours » est le quatrième volet des souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Il relate des épisodes de sa vie de demi-pensionnaire au Lycée Thiers de Marseille panachés d’aventures de vacances dans ses chères collines. Dans cet ouvrage il met ses dons de poètes au service de son camarade Lagneau, le cancre héroïque, pour séduire une jeune demoiselle. Ainsi, comme il l’écrira si justement : « L’héroïsme, c’est comme les soufflets au fromage, ça ne supporte pas très bien l’attente ». L’analogie avec le parcours que réalise le onze ciel et blanc s’impose. Portés en héros par le public marseillais suite à leur performance face à Leipzig, Dimitri Payet et ses partenaires doivent maintenant confirmer, et valider les efforts consentis depuis le mois d’Août en saison réussie. La confiance est le ciment de toute histoire d’amour. Les bouillants supporters marseillais ont bien compris qu’en montrant leur amour indéfectible au maillot blanc ils pourraient transmettre aux joueurs la force et le courage de se transcender et de se sublimer face à l’adversité. « Pour que les gens méritent notre confiance, il faut commencer par la leur donner » écrivait d’ailleurs Pagnol dans «  Le temps des amours ». C’est chose faite. Mais l’effervescence du public marseillais n’a d’égale que son impatience à retrouver la place qui est la sienne en Europe et au sommet du football français. Aux hommes de Rudi Garcia de transformer ces espoirs en résultats probants sous peine de voir les larmes de joie se muer en amertume.

Grande cité portuaire cosmopolite, terre d’accueil fondée sur le mythe de l’histoire d’amour entre Gyptis et Protis, Marseille est propice à l’émotion, à l’attachement, à l’embrasement avec déraison. De l’amour, l’argentin Marcelo Bielsa en a énormément partagé avec le public marseillais. Dans l’histoire récente du club, aucun homme ne s’est mieux identifié à l’OM, à Marseille et à son peuple. « Le Vélodrome est un stade unique, très joli. Quand il est vide, il est majesteux, et quand il est plein, il est émouvant » avait-il déclaré. Le natif de Rosario avait, mieux que quiconque, compris l’importance de ces chaleureux supporters qui convergent inlassablement vers le Vélodrome ‪les soirs de matchs pour chanter à la gloire de l’Olympique et offrir aux yeux de tous une atmosphère unique en France et digne des glorieuses heures du club phocéen.

C’est donc le cœur léger et le vent en poupe que l’Olympique de Marseille amorce les premières échéances sportives importantes de l’ère Mc Court. Mais dans le football moderne et encore plus à Marseille, tout va très vite dans un sens comme dans l’autre. Les succès d’aujourd’hui doivent obligatoirement en appeler d’autres. Marcel Pagnol disait justement : « Telle est la vie des hommes, quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins. Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants. ». Dans cette atmosphère des grands soirs, les enfants du Vieux Port et la jeune génération de supporters qui peuple le Vélodrome a pu prendre conscience de ce qu’était réellement l’OM. Car à Marseille, passion rime toujours avec transmission. Rien de tel qu’un parcours européen pour perpétuer la légende olympienne et faire perdurer l’indéfectible amour du maillot. Comme pour donner raison à Pagnol, on constate que si la légendaire histoire de l’OM reste jalonnée de quatre finales européennes, la séance des tirs au but et les larmes de Basile Boli à Bari, la gifle face à Parme en 98/99, et l’arbitrage de Mr Collina en finale UEFA 2004 face à Valence restent à jamais douloureusement ancrés dans les mémoires.

Après tout, comme aimer l’écrire le célèbre romancier marseillais Jean-Claude Izzo : « A Marseille, aimer c’est comme partir à la guerre, on ne sait pas si on reviendra vivant ».

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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