OM : La furie et la foi

15
mai
2018

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Catégorie : Ligue 1

OM-illustration

Si le soleil irradie la cité phocéenne plus de 300 jours en moyenne par an, les printemps se suivent et ne se ressemblent pas au-dessus du Stade Vélodrome. Finaliste de l’Europa League, en course pour le podium en Ligue 1 jusqu’à la dernière journée, qui aurait pu avancer que l’OM en serait là il y a un an ? Que de chemin parcouru par Rudi Garcia et ses hommes depuis l’intronisation à la tête du navire phocéen de l’ancien coach de la Roma ! À l’aube de disputer sa cinquième finale européenne, ce que seuls dix prestigieux clubs ont réussi à faire depuis 1990, le club marseillais se prépare à écrire sa légende, armé sur le terrain de cette grinta inébranlable et sous la bienveillance de la Bonne Mère.

Comme lors des finales de C3 de 1999 et 2004 perdues respectivement face à Parme et au FC Valence, c’est une féroce opposition qui attend les marseillais en finale. L’Atletico de Madrid de Diego Simeone et Antoine Griezmann a tout d’un intouchable épouvantail. Pour espérer tenir son rang dans cette finale, l’Olympique de Marseille pourra compter sur des éléments d’expérience comme Adil Rami et Luiz Gustavo, qui ont déjà connu au FC Séville et au Bayern Munich le goût d’un sacre européen. Le groupe olympien – car il est important d’évoquer la notion de groupe plutôt que d’équipe tant Rudi Garcia a su concerner chaque élément de son effectif – semble habité d’un esprit de révolte qui lui permet de renverser les pires situations. En effet, depuis de nombreuses semaines, force est de constater que les joueurs marseillais ne s’avouent jamais vaincus. Très critiqué en début de saison, « Rudi le magnifique » semble s’être nourri de la pression populaire pour transmettre à son groupe certaines valeurs et une certaine identité de jeu. Transposé sur le terrain, lorsque cette équipe est face à l’adversité, quand le navire tangue et que les événements lui sont défavorables, elle trouve les ressources et le caractère nécessaire pour renverser la situation, produisant ainsi un jeu offensif percutant, illustré par la grinta de Lucas Ocampos et les dribbles du maestro Dimitri Payet. Pour espérer faire reculer et déjouer l’escouade madrilène sur la pelouse du Parc OL, c’est toute la furie marseillaise qui devra s’exprimer.

Ce qui caractérise également l’OM de Rudi Garcia cette saison, c’est bien évidemment sa capacité de mettre du cœur à l’ouvrage. Poussés par une immense ferveur depuis les tours précédents face à Leipzig et Salzbourg, les joueurs marseillais vont devoir mettre dans leur jeu l’ingrédient principal qui suscite l’adhésion du peuple olympien : le cœur. La générosité dans l’effort du onze phocéen trouve écho dans le cœur des supporters. Grâce à cette épopée européenne l’OM a ainsi retrouvé de sa superbe et le Stade Vélodrome est redevenu le cœur d’une ville qui vibre pour le foot. Comme de nombreuses villes du pourtour méditerranéen, Marseille se caractérise par une culture de la tchatche et de l’exubérance, un rapport nonchalant aux règles et aux lois, une pauvreté endémique et une folle passion pour son club de football. Depuis quelques semaines, l’amour du maillot blanc s’affiche de nouveau au grand jour à chaque coin de rue. Ici, l’amour de l’OM se vit, se partage et se transmet.

Vaste capitale méditerranéenne ouverte sur le monde, la cité phocéenne puise son particularisme dans le doux métissage des peuples du sud. Le peuple cosmopolite qui la compose porte en lui l’âpre destin des immigrés, entre dignité et fierté, fait de labeur et d’une inaltérable foi en l’avenir. Grâce au rayonnement de l’OM en Europe cette saison, le peuple marseillais a ainsi retrouvé la fierté qui le caractérise. De l’aveu du cinéaste italien Pier Paolo Pasolini : « le football est une valeur essentielle pour redonner la dignité à ceux qui n’ont rien ». Le parfum de l’Europe attise l’appétit du club marseillais. En somme, l’Europe est à l’OM ce que la rose est au jardin et l’amour au cœur des hommes, elle en exalte l’ivresse.

Cet OM 2018 est à l’image de la ville de Marseille, terre d’échange et de partage. Toujours bienveillante, Notre Dame de la Garde est la mère protectrice de tous les marseillais. Tous. Au bord de la méditerranée, la question des identités religieuses est l’une des plus sensibles parmi celles qui se posent au « vivre ensemble ». Il existe un phénomène peu connu du grand public mais justement très présent en méditerranée : les lieux saints partagés par des fidèles de religions différentes. « La Bonne Mère », comme l’appellent plus communément les marseillais, est un de ceux-là. A l’heure des débats concernant le « choc des civilisations », il est important de rappeler que la détestation de l’autre n’est pas une composante de l’interaction entre les religions à Marseille. En grande partie grâce au solide vecteur de cohésion sociale que constitue l’OM et grâce à un lieu saint partagé comme Notre Dame de la Garde. Jeune supporter, j’ai eu la chance de connaitre le triomphe olympien du 26 Mai 1993 et je garde à jamais en mémoire le pèlerinage à la Vierge de la Garde de Basile Boli, Alen Boksic, Abedi Pelé, Raymond Goethals et consorts avant de s’envoler pour Munich et y décrocher la Coupe aux grandes oreilles.

La réussite de cet OM version 2017/2018 tient de plusieurs paramètres. La grinta, la furie qui anime son identité de jeu et la foi en des valeurs et un destin commun. La camaraderie qui règne dans ce groupe est palpable et est à mettre au crédit d’un meneur d’homme comme Rudi Garcia. Grâce aux émotions transmises, cette équipe a d’ores et déjà conquis l’affection du bouillant public marseillais. Ce groupe a désormais une occasion unique de s’inscrire à jamais dans la légendaire histoire de l’Olympique de Marseille. A condition d’y mettre le cœur.

Car comme l’écrivait Jean-Claude Izzo : « A Marseille, si on a du cœur, on ne peut rien perdre où qu’on aille, on ne peut que trouver. »

Remerciements : Illustration par @MarsVeille

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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