OM : Entre deux feux

17
décembre
2018

Auteur :

Catégorie : Ligue 1

OM-JHE

Marseille n’oubliera jamais ce morne hiver 2018. Au vieux Port, le mistral hivernal secoue énergiquement les mâts des bateaux, glace les organismes et diffuse son lot de mélancolie. Après l’euphorisante épopée en Ligue Europa la saison passée, l’Olympique de Marseille connaît une première partie de saison des plus poussives, pour ne pas dire complètement ratée. Le ressort psychologique du coach Rudi Garcia ne fonctionne plus, et au fil des matchs, le vestiaire marseillais n’affiche plus cette solidarité qui fit sa force au printemps. Le relatif recul du président Jacques-Henri Eyraud s’ajoute à cette période de doutes. L’étau se resserre autour de l’ancien directeur général d’Eurodisney. Entre une communication parfois hautaine et déconnectée, des résultats sportifs médiocres et une fracture grandissante avec le mouvement Ultras marseillais, l’avenir du tandem Eyraud-Garcia à la tête de l’OM s’est soudainement assombri. Aujourd’hui, tout le peuple olympien s’interroge sur la viabilité de l’« OM Champions Project » et sur la capacité de la nouvelle équipe dirigeante à ramener le club phocéen au sommet. Ambiance.

« Ici, c’est Mars, surface rouge la population panique / Histoire tragiques, atmosphère tendue, volcanique ». L’image de Jacques-Henri Eyraud récitant ces vers d’IAM dans les médias locaux avait conclu avec panache son opération séduction à son arrivée à l’automne 2016. Le nouveau boss olympien se donnait ainsi l’image d’un président « cool », conscient du quotidien des marseillais. Or, on ne s’improvise pas marseillais en un claquement de doigts. La cité phocéenne a beau être un mythe, son quotidien est une réalité qui ne se transgresse pas. On ne gère pas l’OM comme on gère une vulgaire start-up. Le club phocéen est un des socles du vivre ensemble des marseillais, un patrimoine local qu’il convient de respecter. De son expérience à Eurodisney, le diplômé d’Harvard a sans doute gardé son goût pour les marionnettes. Une stratégie de séduction claire, ayant pour objectif d’acheter une forme de paix sociale, s’attirer les faveurs de l’opinion et endormir l’esprit contestataire caractéristique du club phocéen. Mais on ne change pas l’ADN de Marseille la rebelle avec de la poudre de Perlimpinpin. Si le Vélodrome ne rugit plus comme par le passé, l’OM reste un totem, que ses nombreux fidèles ne laissent jamais s’effriter sans réagir.

Venus de l’amer pour affronter le feu

La douce euphorie du printemps semblent s’être totalement évaporée. Marqué par les gifles successives reçues dans les joutes hexagonales, le vestiaire olympien ne répond plus. Rudi Garcia s’empêtre dans des choix tactiques désastreux et une communication des plus absurde. La douloureuse et humiliante élimination en phase de poule de Ligue Europa vient s’ajouter à une série de revers en Ligue 1 indigne de l’histoire olympienne. L’ancien coach de la Roma a grillé tous ses jokers et semble à court de solutions. Le tandem Eyraud-Garcia récolte là les fruits d’une intersaison ratée, entre mercato décevant et absence de remise en question. Un été mené avec passivité par le board olympien qui avait alimenté le scepticisme et l’amertume de nombreux supporters. Car à Marseille, chaque saison apporte son lot de vérité, et rien n’est jamais acquis. En témoignent les saisons post-finales européennes toujours très compliquées de l’histoire de l’OM. Quand, à l’issue d’une énième humiliation face à Limassol, Jacques-Henri Eyraud bégaye aux supporters mécontents que l’OM vient de jouer une finale d’Europa League il y’a six mois, il apparaît totalement déconnecté de la réalité de la cité phocéenne et d’un club en perpétuelle effervescence, condamner à gagner. Comment a-t-il pu croire un seul instant que, sans renforts dignes de ce nom, ce groupe, dont Garcia a puisé la quintessence l’an passé, allait pouvoir réitérer pareils exploits au sortir d’une saison aussi éprouvante qu’exceptionnelle?

Comme souvent à Marseille quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, le peuple olympien affiche sa colère. Pour l’heure, certes, bien plus timidement que par le passé. En coupant la tête du groupe de supporters des Yankee en préambule du présent exercice, JHE a posé une épée de Damoclès au dessus de la tête des autres groupes et refroidit les ardeurs de ceux qui voudraient afficher leur mécontentement avec trop de virulence. Le président marseillais joue là avec le feu. Sa récente sanction financière infligée au CU84, groupe pionnier du mouvement Ultras en France et à Marseille et garant des valeurs olympiennes, est une déclaration de guerre. L’appel au boycott du match de Coupe de la Ligue face à Strasbourg marquera certainement un tournant dans la relation entre JHE et le peuple des virages. Un tournant synonyme de sortie de route pour bon nombre de dirigeants par le passé. Quand l’OM brille, la ferveur du peuple olympien vous porte, parfois jusqu’au sommet. Mais quand le maillot blanc est sali aux quatre coins de l’Europe, il faut affronter la ferveur ardente de ceux pour qui l’OM représente tout.

Marseille sait se donner sans compter. C’est une vaste cité propice aux idylles, une jungle urbaine qui s’offre très vite à l’autre pour peu qu’on en respecte la beauté et l’histoire, sans subterfuge. Un amour souvent très éphémère que savait si bien dépeindre Jean-Claude Izzo : « A Marseille, les belles journées n’existent qu’au petit matin. Les aubes ne sont que l’illusion de la beauté du monde. Quand le monde ouvre les yeux, la réalité reprend ses droits. Et l’on retrouve le merdier. »

Comment l’OM peut-il se sortir d’un tel marasme ? Comment l’escouade olympienne peut-elle trouver la force de rebondir sans un électrochoc ? Du capitaine Dimitri Payet au président Jacques-Henri Eyraud, chacun doit prendre ses responsabilités. Moins de trois ans après le début du projet McCourt, synonyme de renouveau et d’espoir, l’OM semble déjà en péril. Le journaliste d’investigation Romain Molina a récemment affirmé qu’Eyraud et Garcia étaient les deux faces d’une même pièce. C’est aujourd’hui une pièce lancée en l’air comportant dans sa chute les desseins sportifs de tout un club et la passion de tout un peuple. Comme on dit, le plus dur ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

 

© 6 November 2018; Jacques-Henri Eyraud, Président Olympique Marseille. Photo by Stephen McCarthy / Web Summit

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Les derniers articles de la catégorie Ligue 1

Plus dans Ligue 1
tribune-debout-sochaux
FC Sochaux : le lion ne rugit plus

Auteur d’un début de saison catastrophique, le FC Sochaux-Montbeliard  qui occupe la 18ème place de Ligue 2, vient de faire...

Bouba-Kamara-Illustration
Bouba Kamara : Comme un symbole

Aussi talentueux qu’insouciant, Boubacar Kamara est une des rares satisfactions du début de saison olympien. Humble et travailleur, le jeune...

Eyraud-McCourt-OM
L’OM condamné à perdre contre le PSG ?

Dimanche soir, comme à pareille époque, la montagne a accouché d’une souris et, malgré les tentatives médiatiques pour faire passer...

Fermer