OM : Demain c’est loin

05
janvier
2018

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Catégorie : Ligue 1

om

Marseille, 22 Octobre 2017 – 22h34 – Stade Vélodrome

Le corner, mal exécuté, est flottant, survole la surface de réparation parisienne et retombe au second poteau dans les pieds de Clinton Njie. Excentré, le camerounais part au duel avec Adrien Rabiot, s’arrache pour subtiliser la balle dans les pieds du milieu de terrain parisien et centre fort devant le but, où surgit Florian Thauvin qui propulse le cuir au fond des filets parisiens et redonne l’avantage à l’OM. 2-1. Le Vélodrome explose. A cet instant précis, ce vacarme assourdissant, cette force et cette folie qui se dégage des gradins rappelle à toute la France du foot pourquoi le club phocéen reste le plus grand club français et fascine de générations en générations.

Ce but symbolise à lui seul la première partie de saison du club marseillais. Il respire l’effort et le sacrifice, le dépassement de soi d’une équipe qui ne recule désormais devant aucun défi. D’une situation compliquée au départ, les joueurs au maillot blanc font preuve d’abnégation et de détermination pour atteindre leur but, non sans l’appui indéfectible de leur enthousiasmant public. Et si Cavani douchera les ardeurs olympiennes en égalisant sur coup-franc à l’ultime seconde, l’explosion de joie du banc parisien en dit long sur le match difficile et la soirée cauchemardesque qu’on fait vivre les hommes de Rudi Garcia aux superstars de la capitale.

“On marche dans l’ombre du malin du soir au matin / Tapis dans un coin, couteau à la main, bandit de grand chemin / Chemin, chemin, y’ en a pas deux pour être un dieu / Frapper comme une enclume, pas tomber les yeux, l’envieux en veut..” rappait Shurik’n d’IAM dans le titre “Demain c’est loin”. Des propos imageant le quotidien des rues de Marseille et appliqués à la lettre par les joueurs olympiens ce soir là. Disputé avec l’intensité des grands soirs d’Europe qui firent jadis la splendeur du club provençal, ce Clasico cristallise désormais toutes les attentes du peuple ciel et blanc. L’OM est de retour. Le maillot blanc est de nouveau craint partout dans l’hexagone et l’escouade olympienne a prouvé qu’elle savait hausser son niveau de jeu lors d’un grand rendez-vous. Après un début de saison chaotique, le club phocéen semble avoir trouvé une assise défensive fiable incarnée par un taulier tel qu’Adil Rami, ainsi qu’une continuité dans les performances qui laisse entrevoir des lendemains au ciel bleu azur comme un lendemain de Mistral. Solidement ancrés à la quatrième place derrière le trio de tête Paris-Monaco-Lyon, que manque-t-il désormais à l’OM pour retrouver sa place dans les cimes du foot français ? Bien que toujours à la recherche d’une victoire référence face à une équipe de tête en Ligue 1, la formule “forts contre les faibles et faibles contre les forts” apparaît un peu sévère. Cette équipe a prouvé qu’elle avait de la ressource et qu’elle se bonifiait avec le temps. Le temps, comme la patience des amoureux de l’OM, seront quoiqu’il arrive les alliés de cet OM en reconstruction. Car le club phocéen progresse à son rythme, bien loin des recrutements mirobolants du club de la capitale qui en font sans doute saliver certains. L’OM Champions Project tisse sa toile pour s’assurer les services des jeunes pousses les plus prometteuses de la région. Une bien jolie manière pour le club marseillais de pérenniser son avenir alors que son équipe première redore un blason bien trop souvent marqué par l’instabilité et les crises ces dernières décennies.

Si cette équipe suscite de nouveau l’enthousiasme et l’adhésion du public, c’est avant tout grâce à l’état d’esprit combatif qui la caractérise. Elle affiche tout simplement une mentalité qui colle à l’identité marseillaise. Bien que très critiqué en début de saison, et encore bien loin de faire l’unanimité, cette réussite est à mettre à l’actif de Rudi Garcia. Loin d’être le meilleur tacticien du monde, l’ancien coach de la Roma a le mérite de transmettre à ses joueurs une insatiable envie de se surpasser, et force est de constater qu’il excelle dans la gestion de son effectif en impliquant tout le monde. Il façonne en somme une équipe à l’image du joueur qu’il fut durant sa courte carrière, généreux et rempli d’altruisme. Symboles de cette hargne et de cette grinta tant appréciées par les fidèles du Vélodrome, l’apport d’un Lucas Ocampos métamorphosé et d’un Fuoriclasse comme Luiz Gustavo fait des merveilles. Bien loin de leur meilleur niveau en début d’exercice, des joueurs comme Morgan Sanson, Maxime Lopez ou Valère Germain refont surface au meilleur moment. Une victoire pour Rudi Garcia qui ne les a jamais lâchés.

A Marseille, plus qu’ailleurs, rien ne se passe jamais réellement comme prévu, et affronter le quotidien exige de faire preuve de caractère. Vaste cité bitumée en perpétuelle effervescence, Marseille ne se visite pas, elle se vit. Comme l’écrivait si justement le romancier Jean-Claude Izzo : “Marseille n’est pas une ville pour touristes. Il n’y a rien à voir. Sa beauté ne se photographie pas. Elle se partage. Ici, faut prendre partie. Se passionner. Être pour, être contre. Être, violemment”. Ainsi, “vivre Marseille” demande une forte personnalité, une remise en question quasi-quotidienne et des efforts permanents. Et c’est encore plus le cas lorsqu’on est un joueur de l’Olympique de Marseille. Ici, rien ne vous sera donné. Derrière ses images de calanques paradisiaques et ses cadres de vie idylliques, Marseille est avant tout une planète à part, un monde sulfureux à l’exagération débordante. Un bordel généralisé, peuplé de gens aussi rudes que chaleureux. Ceux-là même dont la ferveur poussent chaque week-end l’OM à se surpasser. Comme chacun sait, au pays des panisses dégustées entre deux galéjades, la vérité du jour n’est jamais celle du lendemain et tout va très vite dans un sens comme dans l’autre. On apprends vite à vivre au jour le jour comme le rappelle IAM dans son album phare “L’école du micro d’argent” : “Demain c’est loin, on n’est pas pressé, au fur et à mesure / On avance en surveillant nos fesses pour parler au futur”. Le projet marseillais est un projet à long terme, dont un des grands axe est la formation et l’éclosion de talents. Cela prendra du temps. C’est un travail de longue haleine dont le club provençal ne récoltera les fruits que dans plusieurs années. Pour l’heure, l’OM semble à sa place. Et si la patience n’a jamais été la qualité première du public phocéen, elle est pourtant la condition sine qua none au retour de l’OM au sommet.

À l’heure où s’ouvre le second mercato d’hiver de l’ère Mc Court, le navire marseillais semble avoir trouvé son rythme de croisière et navigue inlassablement vers des contrées plus conformes à son glorieux passé. Les olympiens ont désormais des certitudes dans leur jeu mais également dans le rôle qu’ils peuvent tenir dans ce championnat. Bien loin des recrutements clinquants de ses concurrents, le club phocéen trace sa propre destinée, faite de courage et d’efforts, valeurs si proches du quotidien du peuple marseillais. Et c’est sans doute là toute la force du projet olympien : proposer une alternative, un contre-pouvoir à la toute puissance financière Qatari qui écrase le championnat hexagonal. Tout cela colle tant à l’image que véhicule la cité phocéenne, terre d’accueil fondée par des accents venus d’ailleurs, rebelle, insoumise, et toujours prompte à bousculer l’ordre établi. Le célèbre romancier marseillais Jean-Claude Izzo aimait d’ailleurs dire : “L’important pour moi, c’était qu’on fasse des choses pour Marseille, pas pour séduire Paris”. Guidé par son étoile gagnée de haute lutte un soir de Mai 1993, l’OM poursuit sa progression sous l’œil toujours bienveillant de la Bonne Mère.

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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