OM / Balotelli : Total Kheops

23
janvier
2019

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Catégorie : Ligue 1

Balotelli promo par Puma

Le peuple marseillais rumine sa colère et retient son souffle. Cette saison 2018-2019, qui devait être celle de la confirmation du retour de l’OM au premier plan, s’avère totalement cauchemardesque. Comme de coutume, la valse des rumeurs bat son plein en ce mercato hivernal. Celle envoyant Mario Balotelli dans la cité phocéenne est revenue en moins de temps qu’il ne faut pour descendre une mauresque à la terrasse de l’Olympe un soir de match.

Après le rocambolesque échec de son transfert cet été et une première partie de saison calamiteuse chez les aiglons niçois, le fantasque Mario Balotelli devrait enfin prendre la direction de la Canebière pour devenir l’emblème offensif tant attendu du projet marseillais. Tout cela a de quoi laisser songeur et dubitatif, tant une idylle entre la sulfureuse cité phocéenne et le désinvolte Mario pourrait s’avérer tantôt explosive tantôt haute en couleur. Et si « Super Mario » à Marseille, c’était écrit ?

Sous le charme du Vélodrome

Total Kheops est le premier volet de la trilogie du célèbre auteur marseillais Jean-Claude Izzo. Total Kheops. « Bordel généralisé ». Cela reflète parfaitement l’atypique jungle urbaine qu’est Marseille ainsi que la tumultueuse carrière de l’attaquant transalpin. Et c’est de cette similitude que naît l’idée que la cité phocéenne et « Super Mario » sont faits pour s’unir et s’embraser. L’attaquant de 28 ans (il les a eu le 12 août), passé par l’Inter Milan, Manchester City, le Milan AC et Liverpool aime déjà l’atmosphère du Vélodrome, il ne s’en est jamais caché. De son côté, Marseille la rebelle aime s’amouracher des êtres fous, fiers et désinvoltes. Les supporters olympiens ont besoin de vibrer à travers l’OM, et pour rendre son fiévreux atmosphère au volcan endormi qu’est le Vélodrome, rien de tel qu’un joueur au fort tempérament à la pointe de l’attaque.

Impatient de renouer avec son glorieux passé, le peuple marseillais se cherche une nouvelle idole. Au Vélodrome, l’OM a toujours su porter haut ses avant-centres et vice-versa. Après Skoblar, Papin, Boksic, Drogba, Niang et Gignac, pour ne citer qu’eux, le futur numéro 9 marseillais aura la lourde tâche de marcher sur les traces de ses prédécesseurs et de faire exulter un public avide d’émotions fortes qui ne demande qu’à s’enflammer. D’incarner en somme le célèbre « Droit au But », devise du club phocéen. Pour cela, il faut du talent bien sûr, mais surtout beaucoup de caractère car le public marseillais est connaisseur et exigeant. Mario Balotelli est de cette trempe là. Mario l’écorché vif, l’enfant adopté des quartiers nord de Brescia, au caractère et à l’ego très développé dont il s’est servi pour affronter les difficultés de son parcours.

Quand on honore le maillot blanc, le public du Vélodrome sait vous le rendre au centuple. Aux côtés du talent offensif de joueurs comme Dimitri Payet et Florian Thauvin, l’association avec l’attaquant de la Squadra Azzurra inspire à la fois la crainte et l’envie. Qu’il évolue en retrait, un peu décalé ou en pointe, le natif de Palerme sait se montrer efficace et a tout pour devenir le nouvel enfant chéri des virages. Car Mario, motivé et au mieux de sa forme physique, sait tout faire ou presque, il n’est pas un simple point d’ancrage offensif, il aime toucher le ballon et son aptitude à décrocher et à mettre sur orbite ses partenaires d’attaque pourrait donner à l’équipe olympienne une palette d’animation offensive très variée. Né d’un coup de foudre un soir de Mai dans l’enceinte du boulevard Michelet, l’obsession de Jacques-Henri Eyraud et de nombreux observateurs de voir Mario Balotelli réussir sous le maillot blanc est-elle enfin en passe de devenir réalité ?

La maturité à 28 ans ?

À l’image du fantastique joueur que fut Eric Cantona, honni en son pays puis idole outre-manche, Mario Balotelli semble avoir atteint une maturité tardive – exception faite de sa désastreuse première partie de saison – en rejoignant l’hexagone. Avant de devenir le King d’Old Trafford, « Canto » avait lui aussi effectué, à l’âge de 26 ans, une belle saison à Leeds United, club au standing inférieur à celui de Manchester United. Il avait ainsi su trouver en Angleterre l’amour qu’on ne lui avait pas donné en France. Toute proportion gardée, la comparaison en est parfois troublante et alimente l’espoir de voir l’enfant terrible du football italien briller sous le maillot blanc. Amoureux de sa ville, Jean-Claude Izzo écrivait : “À Marseille, même pour perdre il faut savoir se battre“, et recruter Mario Balotelli est un pari audacieux et un risque à prendre.

Si les négociations ont été une nouvelle fois âpres avec son agent, le gourmand et peu scrupuleux Mino Raiola, Balotelli peut-il sortir l’OM du marasme actuel, venir confirmer ses belles dispositions entrevues à Nice, et relancer définitivement une carrière faites de hauts et de bas à laquelle il ne manque que sérieux et régularité ? Roberto Mancini, son « père spirituel », qui le fit venir à City et qui vient de lui redonner une chance dans le secteur offensif bien garni de la Nazionale, disait de lui dans une interview publiée il y a quelques années : “Mario est encore jeune, je pense que sa personnalité peut encore beaucoup changer. Mais attention, ça ne dépend que de lui.“. Sans doute Mario est-il en passe d’atteindre l’âge de la raison et par conséquent une forme de continuité dans ses performances.

 

Quartier du Panier à Marseille

 

Marseille la napolitaine

Mario Balotelli ressemble à Marseille. Sa relative nonchalance et son caractère rappelle le rapport nonchalant des marseillais aux règles et aux lois et leur culture de l’exubérance. Car Marseille est un petit bout d’Italie du Sud, comme aime le rappeler Izzo. La cité phocéenne partage avec l’Italie cette culture de la tchatche et cette folle passion pour le football. Adjacent au Vieux-Port, le quartier du Panier est le lieu phare de l’immigration napolitaine à Marseille. Son effervescence rappelle les étroites ruelles grouillantes d’humanité caractéristiques de Naples. Dans le roman d’Izzo intitulé Chourmo, Fabio Montale, de retour à Marseille après un exil forcé, redécouvre la cité phocéenne avec des yeux d’enfants : “Je me surpris à fredonner Chella Lla. Une vieille chanson napolitaine de Renato Carosone. Je retrouvais mes marques, et les souvenirs qui vont avec. Mon père m’avait assis sur la fenêtre du Ferry-boat et il me disait : Regardes Fabio, regardes. C’est l’entrée du port. Tu vois. Le fort Saint Nicolas. Le fort Saint Jean. Et là, le Pharo. Tu vois, et après c’est la mer. Le large.“.

L’ensoleillement du Vieux-Port semble être un reflet de celui qui irradie la magnifique baie de Naples. Mario Balotelli vit une relation particulière avec le peuple napolitain, sa proximité avec Lorenzo Insigne en sélection n’est un secret pour personne et sa fille y vit. La piste d’un transfert au Napoli a d’ailleurs longtemps été évoquée cet été. Marseille la napolitaine apparaît depuis longtemps comme une évidence pour le désinvolte Mario, l’OM, comme un club à la hauteur de sa folie, où nul doute qu’il sera rapidement adopté.

Izzo, auteur marseillais descendant d’immigrés italiens, écrivait : “Aimer, c’est comme partir à la guerre, on ne sait pas si on reviendra vivant.” Si les histoires d’amour finissent mal en général, la perspective de voir l’enfant terrible du football italien sortir le club phocéen de cette situation d’échec et ramener le Champion d’Europe 1993 vers les sommets est terriblement alléchante. Ce serait une fable méditerranéenne nourrie de l’union explosive d’un homme et d’une ville faits d’excès et de démesure. Un défi de taille pour le précoce et désinvolte Mario, une nouvelle idylle à écrire pour le club provençal.

 

Sources Images : Vidéo promotionnelle par Puma / Photo prise par Phgaillard2001

Auteur : Yannis Eleftheria

Méditerranéen rebelle et romantique baptisé à la religion footballistique. Le foot pour sa dimension sociale, la plume comme arme.

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